Portfolio#Portrait
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6 décembre 2022

Pia d’Iribarne, entre goût du voyage et goût du risque

À sa façon, Pia d’Iribarne répond à l’idée que l’on peut se faire d’une globetrotteuse. Expatriée à plusieurs reprises, cette capital-risqueur n’a pas hésité à sortir des voies tracées devant elle pour suivre ses envies et épauler les entrepreneurs ambitieux.

La trentenaire ne manque pas de caractère et sait depuis longtemps se donner les moyens d’obtenir ce qu’elle veut. Franco-hollandaise, l’ainée d’une fratrie de quatre voit le jour en Allemagne où vivent ses parents pour raisons professionnelles : « Mon père a été expatrié pendant 15 ans pour un grand groupe du CAC 40, ce qui nous a amenés à beaucoup bouger ». Allemagne, Angleterre, Belgique, ce mouvement perpétuel a encouragé la jeune Pia à s’ancrer en France pour ses études.

Studieuse tout en restant un électron libre, elle occupe aisément le haut du tableau et se voit encourager à rejoindre un cursus en vue de décrocher une école de commerce. Ce sera la prépa Sainte-Geneviève à Versailles puis HEC Paris avec un master en management international pour lequel elle passe la moitié de l’année à Lisbonne. Elle profite aussi d’une année de césure pour s’envoler six mois vers Hong-Kong d’abord puis six mois vers New-York.

Chercher sa voie

Consciencieuse sous des allures strictes, Pia d’Iribarne esquisse quelques sourires francs en évoquant des moments forts de son parcours. Son passage chez McKinsey, où elle restera presque trois ans, est de ceux-là. « Cette expérience a été formatrice mais elle m’a aussi montré que je ne ferai pas carrière en tant que consultante ». En 2013, elle s’intéresse à un écosystème naissant, celui de la tech et des startups, se souvenant qu’il n’y avait pas encore de licorne en France. « Des scale-up américaines levaient de l’argent pour se développer en France. Plusieurs de mes collègues de chez McKinsey sont partis chez Stripe ou encore Airbnb. J’ai vu qu’il se passait des choses mais je ne m’interessais pas encore au venture capital ».

Des interrogations naissent. Alors que la majorité de ses anciens camarades se dirigent vers un MBA, elle associe la démarche à une fuite en avant qui repousse l’échéance de ceux qui ne savent pas quoi faire et décide de s’accorder une année de réflexion, sans salaire. Son appétence du risque se manifeste déjà.

Bosser dans la tech

Pour envisager rejoindre l’univers des nouvelles technologies qui l’attire, Pia d’Iribarne sait qu’elle doit enrichir son parcours. Elle se forme alors au codage au Wagon mais comprend qu’elle ne sera pas développeuse. Curieuse, elle échange avec des capital-risqueurs mais ne se projette pas dans cette carrière jusqu’à ce que certains, comme Frédéric Court de Félix, pointent du doigt les qualités de son profil. Son sens de l’analyse, sa capacité d’adaptation sans doute influencée par son parcours international et son goût du risque (maitrisé), contribuent à la démarquer. Un stage chez Félix à Londres finira de la convaincre. « J’ai adoré les relations que l’on est amené à créer avec les entrepreneurs, la variété des sujets, la stimulation intellectuelle mais j’aime aussi gagner. Faire un bon investissement c’est trouver la perle rare ».

La voie est trouvée, Pia d’Iribarne va y exceller. Elle débute alors chez Accel ; « l’un des meilleurs fonds du monde », en septembre 2015. Pendant trois ans, elle participe aux investissements autour de Doctolib, PayFit ou encore Shift Technology. « Mais je me suis rendue compte que je voulais faire du seed. Pour moi, c’est le stade d’investissement le plus intéressant, le plus dur aussi où le ratio risque-retombée est le plus important. Dans la hiérarchie des investisseurs, le seed, c’est celui qui croit dans les entrepreneurs quand ce n’est pas évident, qu’il n’y a pas de signes clairs mais c’est aussi le moment où on a le plus d’impact ».

Chaque chose en son temps

Un premier échange avec Jean de la Rochebrochard autour de la gestion d’un fonds arrive à la conclusion que le moment n’est pas approprié. Elle poursuit donc son parcours à Londres chez Stride VC en tant que partner. En décembre 2020, le projet refait surface. Pia d’Iribarne s’associe à Jean de la Rochebrochard pour donner naissance au fond New Wave avec 80 millions de dollars. « Nos investisseurs sont des entrepreneurs et des investisseurs. On ne voulait pas juste lever des fonds mais avoir des investisseurs qui pourraient servir de modèle, nous aider et initier un cercle vertueux ». Xavier Niel rejoint l’aventure tout comme Tony Fadell ou Nicolas Julia.

Une chance réciproque

Avec New Wave, Pia d’Iribarne n’utilise pas son œil averti dans le but de multiplier les investissements. Le fonds n’en réalise d’ailleurs que sept ou huit par an. « On cherche à avoir les entrepreneurs les plus ambitieux. 90 % du succès d’un projet repose sur l’entrepreneur et on a de la chance que certains choisissent de travailler avec nous ». Au-delà de la rencontre, Pia d’Iribarne se montre attentive aux éventuels succès précédents mais ne s’arrête pas là. « On étudie le marché, le timing et le potentiel. On regarde si dans des scénarios, le projet peut valoir plus de dix milliards d’euros ». BeReal, Sweep et Dagger font ainsi partie des 16 élus qui ont obtenu le soutien de New Wave au cours des deux dernières années. Capable de se laisser absorber par ses pensées, à 34 ans Pia d’Iribarne n’en reste pas moins une conseillère de choix tant pour ses jeunes pousses que pour son entourage, à condition d’arriver à la suivre entre Paris, Londres et le reste du monde.