Il est clair qu’aujourd’hui l'IA n'est plus une technologie à la mode mais elle façonne notre quotidien et transforme les entreprises et les sociétés. « L'IA est la plus grande transformation que le monde ait connue », a ainsi déclaré le vice-premier ministre britannique Oliver Dowden lors de l'Assemblée générale des Nations unies à la fin de l'année 2023.

L’ÈRE DE L’IA A COMMENCÉ, SANS RETOUR EN ARRIERE POSSIBLE

Rendue possible par la combinaison des technologies installées par la révolution digitale (web, cloud, mobile, réseaux sociaux), il aura fallu attendre le point de bascule que représente l’avènement de l’IA générative. Dépassant les 100 millions d’utilisateurs en 2 mois, ChatGPT a démocratisé l’usage de l’IA en un temps record. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, l’IA couvrant aussi la robotique, les objets intelligents, le machine learning ou le deep learning.

Il n’y aura pas de retour arrière, mais au contraire une croissance exponentielle, alimentée par des investissements sans précédents : ils sont passées de 6,3 milliards de dollars en 2015 à un chiffre impressionnant de 68,8 milliards de dollars en 2021 et l’IA a capté en 2023 le quart de l’investissement mondial auprès des fonds de venture capital.

Les 3 "super pouvoirs" de l'IA ouvrent la voie du progrès

L'impact transformatif de l'IA est sans précédent, et s'étend à tous les secteurs ainsi qu’aux politiques publiques. Nous devons appréhender l’IA avec optimisme, au regard de ses promesses de progrès via ses 3 « super pouvoirs ».

L’augmentation sans précédent des capacités humaines : L'IA aide les humains à prendre les bonnes décisions et à effectuer des calculs et des raisonnements qui étaient auparavant impossibles dans le temps imparti. Cela conduit déjà à des découvertes révolutionnaires dans le développement de médicaments. Un exemple notable est la capacité de Moderna à identifier, isoler et séquencer l'intégralité du virus Covid-19 en seulement 41 jours.

La capacité de quasiment “lire l’avenir” : L'apprentissage automatique peut être utilisé pour prédire l'avenir et la probabilité d'un résultat, ainsi que pour prévoir les besoins futurs ou effectuer des analyses de simulation. L'éventail des démonstrations est large. Si nous prenons le secteur du private equity, des fonds d’investissements sont équipés d'outils d'IA qui analysent les données du marché pour repérer les entreprises qui pourraient avoir besoin de ressources financières. Pour aller encore plus loin, certains fonds de venture capital ont développé un algorithme capable de prédire la probabilité de lever une Série A pour les fondateurs à partir de l'analyse de 5.000 mots sur les réseaux sociaux.

L’automatisation de tâches à grande échelle : L'IA a le pouvoir de faire gagner un temps précieux et d'améliorer l'efficacité et les conditions de travail. Accenture estime que jusqu'à 40 % de l’ensemble des heures de travail seront prises en charge par l'IA. Par exemple, PWC a investi 1 milliards de dollars pour déployer des capacités d’IA dans le but notamment d’automatiser le traitement de milliers de documents dans les domaines de la due diligence, ou de la conformité réglementaire.

Quel que soit le domaine (santé, éducation, information, …), les champs d’application sont sans fin et induisent un changement tel, que nous allons devoir transformer des concepts fondamentaux de notre société, y compris la façon dont nous devons accompagner cette mutation. Jusqu’à présent, chaque révolution industrielle a été menée avec un certain laisser-faire, confirmant les préceptes de Darwin avec des acteurs émergeant, s’adaptant et disparaissant. Pour la première fois, la suprématie humaine est challengée par une technologie qui pourrait devenir autonome et échapper à notre contrôle. Ainsi, une fois n’est pas coutume, il semble légitime vu notre manque de compréhension et la vélocité de l’IA, de promouvoir une régulation a priori.

L’IA : une révolution copernicienne pour les dirigeants

Pour s’assurer qu’elle serve au mieux les intérêts des êtres humains, l’IA pose aux dirigeants le défi de la responsabilité globale et collective, dans une période d’extrême tension géopolitique et de tensions économiques.

Nous allons devoir repenser un monde où coexistent positivement êtres humains et IA, le réguler et veiller à ce que le progrès puisse bénéficier à tous. Ainsi, nous devrons réinventer des modèles établis ou encore faire évoluer les organisations des entreprises et administrations notamment face aux automatisations. Dans des domaines comme l'éducation, il ne s'agit pas de remplacer le personnel pédagogique, mais de se réorganiser pour une collaboration humain-machine efficace permettant de repenser la transmission du savoir. Dans d’autres cas, cela signifiera même de réinventer les modèles d'affaires. Par exemple, le principe de responsabilité en assurance devra être repensé lorsque des machines prenant la place des humains.

L’IA ne doit pas être vue comme une destruction d’emplois, elle doit soutenir une vision politique : l’IA au service de l’humain, le citoyen comme le client, et qui améliore les rapports humains. Le FMI prévoit que 66 % des emplois seront touchés par l’IA. Quelques métiers disparaitront, d’autres seront créés. La grande majorité devra s’adapter et travailler avec l’IA. Cela pose un enjeu majeur de formation des actifs, et un défi d’éducation des citoyens.

Enfin, et c’est inédit, nous allons devoir apprendre à nous protéger de menaces opérées par des IA, qu’il s’agisse de cyberattaques ou encore de manipulations de l’information. C’est d’ores et déjà un enjeu en 2024, avec de nombreuses élections majeures qui peuvent être impactées.

Les élites mondiales l’ont bien compris, conscientes du potentiel et des menaces de l'IA. Bien plus qu’un saut technologique, c’est un changement sociétal majeur plaçant l’humanité face à un défi dual : bénéficier d’un progrès sans précédent et … préserver sa durabilité !