Actus#TicketForChange
3 septembre 2014
entreprendre innovation

Entreprendre sans diplôme, changer le monde grâce à l’entreprise

Maddyness a déjà abordé le sujet dans une chronique le mois dernier : le Ticket for Change Tour a été officiellement lancé cette semaine. Après une soirée de lancement qui a fait salle comble mardi dernier au Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE), l’anti-conférence du 28 août affichait également complet.


Les 50 jeunes « pépites » ont eu l’occasion pendant la phase d’inspiration du programme à Paris, de bénéficier du coaching de Jacques Attali (PlaNet Finance), Jean-Baptiste Roger (La Fonderie), Catherine Berthillier (Shamengo), Mathieu Baudin (IFS), le philosophe Patrick Viveret et Rémi Tricart (Emmaüs Défi)… Tout cela en à peine deux jours ! Les ateliers de team-building et de réflexion sur « comprendre le monde d’aujourd’hui pour inventer celui de demain » ainsi que leur visite d’Emmaüs Défi pour développer leur empathie et découvrir l’importance de la réinsertion par l’emploi, font partie intégrante du processus « apprendre à désapprendre » prônée par Ticket for Change.

L’anti-conférence « apprendre à désapprendre » de la Halle Pajol s’inscrivait dans la suite logique des choses pour déconstruire les préjugés sur l’entrepreneuriat et surtout donner l’occasion de faire intervenir des pionniers en la matière et de partager avec la salle leurs parcours.

Gilles Vermot Desroches

[quote] »Apprivoiser ses doutes est l’un des moyens d’en faire une force pour oser » [/quote]

Ingénieur de formation et titulaire d’une licence en philosophie, scout de France, Gilles commence sa carrière dans les ONG, puis devient conseiller ministériel avant d’intégrer Schneider Electric en tant que Directeur du Développement Durable. En 2008 il lance avec la Fondation Schneider Electric le programme BipBop dont le but est de donner accès à l’énergie pour la base de la pyramide.

Gilles souligne l’importance du rôle de l’entreprise, « il n’y a pas de progrès sans entreprise » et explique que c’est une erreur de penser de façon anticapitaliste. L’entreprise a les moyens financiers de prendre un risque pour créer de la richesse, des emplois, ce qui n’est pas forcément le cas de tout le monde. Cet aspect ne doit pas pour autant arrêter l’envie d’entreprendre car « ce ne sont pas les autres qui vont nous apporter les moyens de nous réaliser« . L’idéal étant de ne pas avoir peur de l’incertain tout en ayant une vision de ce qu’on aimerait être à long terme. « Apprivoiser ses doutes c’est l’un des moyens d’en faire une force pour oser ». A ce titre, il conseille comme lecture l’ouvrage Petite poucette de Michel Serres.

Thierry Marx

[quote] »Apprends à vivre sans ennemis » [/quote]

Autodidacte, issu d’un milieu modeste, membre des Compagnons du devoir, ancien parachutiste dans l’armée, pionnier de la cuisine moléculaire en France, chef doublement étoilé au Guide Michelin, Thierry est un cuisinier engagé qui décrit la cuisine comme « un lien naturel et social qui peut rassembler les hommes ».  Revenant sur ses débuts où il était discriminé à cause de ses origines sociales, Thierry explique que c’est sa détermination à sortir de cette case et sa positivité qui l’a fait rencontrer les bonnes personnes, dont le chef Joël Robuchon, « on m’a donné ma chance sans vérifier mon CV ».

Cette deuxième qui lui est accordée, il ne l’oubliera jamais. Il construit sa carrière en ayant dans la tête que personne n’est construit pour l’échec, peu importe ses origines et son histoire, tout en accordant aux autres la deuxième chance dont il a bénéficié. Aujourd’hui Thierry intervient en milieu carcéral pour y transmettre son savoir faire, la cuisine ayant la magie de « nourrir les autres tout en créant un lien de confiance matériel« , et assure également une formation gratuite aux métiers de la restauration grâce à son école Cuisine, mode d’emploi(s) pour les jeunes sans diplôme ou les personnes en réinsertion.

Thierry revient sur les raisons de son succès, il a su sortir de sa zone de confort et miser sur l’innovation, « oxygène de l’entreprise », grâce à la cuisine moléculaire,  mais aussi parce qu’il a misé sur l’engagement. « Ce qui fait la force de l’entreprise est sa dimension sociale qui permet de croitre les uns avec les autres et non les uns contre les autres« . De son séjour au Japon, Thierry retient une phrase qu’il essaye d’appliquer tous les jours « apprend à vivre sans ennemis » et qu’il a transposée au monde de l’entreprise. Chaque matin il prend le café avec ses collaborateurs et il a introduit au sein de ses équipes au Mandarin Oriental Paris la pratique du tai-chi-chuan pour lutter contre le stress et souder les équipes.

Thanh NGHIEM

[quote] »C’est la vulnérabilité qui permet de créer, c’est la mesure du courage car on prend un risque » [/quote]

Ingénieure des Mines de Paris, première femme partner en France de McKinsey, Thanh est une ancienne golden girl qui a tout quitté pour se lancer dans le secteur ONG en créant l’Institut Angenius qui incube des projets d’intérêt général. Aujourd’hui professeure à HEC en Alternative Management et conférencière TED, elle revient sur son parcours qu’elle ne regrette pas. Après avoir passé sa vie à gagner beaucoup d’argent, un drame personnel lui fait voir la vie sous un autre angle. Elle se rend compte qu’elle ne vit pas vraiment, que sa vie ne reflète pas au fond qui elle est, elle a besoin de se recentrer sur elle-même.

Elle rédige l’ouvrage Des abeilles et des hommes sur la pollinisation des idées en opensource. De son expérience elle retient que c’est souvent plus facile de stigmatiser les autres plutôt que de s’intéresser à soi. « l y a du bon en chacun de nous, on est tous quelqu’un mais on ne le pas. La clef c’est de le trouver. Chercher son vrai champs, être en cohérence avec soi-même. Il n’y a pas besoin d’avoir des ennemis, votre ennemi c’est vous-même ». En tant que carriériste, le plus gros des préjugés qu’elle a dû combattre est celui de sa vision de la faiblesse, de la vulnérabilité. Aujourd’hui elle sait que « la vulnérabilité permet de créer, c’est la mesure du courage car on prend un risque ».

Conseils à retenir pour entreprendre :

  • Personne n’est construit pour l’échec, faites de l’échec un tremplin
  • Ne jamais rejeter ce qu’on a été
  • Ayez un projet solide, fort, ayant du sens pour vous, soyez vrais avec vous-même
  • N’abandonnez jamais, il n’y a que la mort qui est irréversible
  • Regardez devant vous comme ca vous n’aurez pas peur de votre ombre
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