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Un marché estimé à 2,4 milliards d’euros et qui devrait progresser de 7% par an

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Par Audrey Serra - 18 mai 2015 / 00H00 - mis à jour le 22 mars 2018

À l’occasion du congrès Doctors 2.0 & You qui aura lieu à la Cité Universitaire à Paris, les 4 et 5 juin prochain, Denise Silber, fondatrice de cet événement, fait un point sur le secteur de la santé et du digital. Son métier ? Accompagner les acteurs de l’industrie de la santé dans leur transformation numérique depuis 1995.


Quelles sont les grandes lignes de l’évolution de l’e-santé depuis ses premiers balbutiements ?

Les premiers logiciels destinés à la santé datent des années 60. Ils ont été créés par des professionnels de santé dans leurs hôpitaux et laboratoires. On parlait déjà du dossier médical électronique. Mais malheureusement, près de 50 ans après il n’est toujours pas disponible de manière universelle. Il y a eu ensuite l’émergence de la télémédecine utilisée de façon ponctuelle. Elle est née du besoin de rapprocher un patient d’un médecin, sur les champs de bataille, dans l’espace, dans les prisons, dans des régions inaccessibles. Puis, avec l’amélioration de la prise en charge des maladies chroniques est arrivé le télémonitoring, le suivi régulier de certains patients chroniques, par exemple de suivre la consommation en oxygène du malade en insuffisance respiratoire.

L’internet a apporté une vraie rupture au milieu des années 1990 avec la démocratisation de l’accès à l’information santé avec le terme e-santé qui date de 1997. La profession médicale en France a mis un certain temps avant d’accepter que les patients puissent se servir d’internet. Près de 20 ans en fait. Entre temps, de nombreux usages se sont développés ailleurs, tels que des communautés en ligne, des applications mobiles et des serious games pour améliorer la compréhension des maladies. Cela fait déjà quelques années que l’objet connecté est utilisé pour mesurer de façon régulière notre activité. Ce qui nous conduit à parler de la santé connectée.

Quelles sont les tendances aujourd’hui en matière d’innovation ?

Nous sommes aujourd’hui témoins de ruptures plus importantes que toutes celles que nous avons vécues jusqu’à présent. Par exemple, le Do It Yourself. Il est possible aujourd’hui, grâce à une société californienne qui l’a inventé, avec quelques gouttes de sang, de réaliser trente tests de laboratoire de biologie chez soi. Des imprimantes 3D permettent de fabriquer chez soi des prothèses. A un stade un peu plus lointain de quelques années, il y aura des organes « on a chip ». Des scientifiques travaillent sur des puces destinées à remplacer des organes. C’est est encore à un stade expérimental mais cela progresse. Il y a aussi l’exosquellete motorisé qui permet aux handicapés de remarcher ; nous savons communiquer de cerveau à cerveau, par la stimulation magnétique craniale, chose pratiquée à MIT. L’ordinateur IBM Watson qui combat le cancer à partir de l’analyse du génome de chaque patient….

Quel regard portez-vous sur l’industrie de la santé actuelle?

Tous les acteurs de la santé sont destinés à modifier leur position et à se transformer rapidement, sans quoi ils sont appelés à disparaître. Les segments les plus prometteurs sont la prévention, la pharmacie du futur, avec ses objets connectés et ses applications.

Pourriez-vous développer ?

Le premier facteur de notre bonne santé est la prévention avec ses piliers : activité physique, alimentation, sommeil et « mindfulness ». Grâce aux nouveaux outils et objets connectés, chacun pourra progresser significativement sur ces plans et allonger son espérance de vie en bonne santé.

Le pharmacien a un énorme potentiel dans le domaine de la prévention, d’être le professionnel de santé facilement accessible et pouvant proposer un accompagnement. Le médecin généraliste exercera de plus en plus à distance car il n’est pas toujours nécessaire d’être en face-face. Le diagnostic étant quasiment automatisé, le médecin sera davantage une personne d’accompagnement et d’orientation.

Les industriels chercheront davantage de solutions hybrides, des médicaments et dispositifs qui seront accompagnés d’applications et d’objets connectés, et qui à terme disparaîtront en faveur de manipulation génétique…

Quelques chiffres pour le marché de l’e-santé ?

Xerfi Precepta estime le marché de l’e-santé à 2,4 milliards d’euros, qui devrait progresser de 4 à 7% par an d’ici à 2017.

L’e-santé intéresse les Français, même si la réalité de ces services reste limitée. La e-santé peut, pour 81% des Français, améliorer la coordination des professionnels de santé et permettre pour 77% de mieux suivre les indicateurs biologiques de santé, comme le pouls, la tension, le poids. La e-santé peut aussi limiter les coûts liés aux transports sanitaires et aux déplacements des patients pour 74% des Français et améliorer la qualité de la prise en charge médicale et des soins délivrés par les professionnels pour 72%. Enfin elle peut permettre pour 66% des Français de lutter contre les déserts médicaux, c’est-à-dire contre le manque de médecins dans certaines régions françaises.

[quote]On voit bien que le marché de l’e-santé est un véritable enjeu à la fois sociétale et économique.[/quote]

Quelles sont les startups les plus prometteuses de ce secteur ? et selon vous, quelles sont leurs forces ?

On reste startup longtemps dans le domaine de la santé. Les sociétés françaises les plus prometteuses se lancent très tôt dans la course internationale. La société Voluntis qui a été créée en 2001, développe des logiciels de suivi des maladies chroniques en France et aux Etats-Unis.

Withings existe depuis 2008 et a lancé la balance connectée qui a fait sa notoriété en 2009 de façon internationale. Ils ont osé lancer l’idée que l’on allait tweeter son poids. Umanlife s’attaque au créneau du bien-être moyennant un tableau de bord qui permet de rapprocher tout le suivi des objets connectés en un seul lieu. Ils ont également lancé tôt une approche internationale.

Quels conseils donneriez-vous aux entrepreneurs ?

La première est d’intégrer une réflexion concernant les marchés internationaux dans la conception des nouveaux services. C’est primordial. Pour ce faire, il est nécessaire d’aller à la rencontre des acteurs étrangers chez eux. Il faut réaliser une étude des attentes, cela va de soi.

Il est essentiel d’être bien accompagné afin de ne pas se lancer sans les moyens financiers adéquats ou les perspectives de les obtenir. Il y a des sociétés compétentes en matière d’accompagnement avec un réseau international solide tel que FrenchTechHub qui a des bureaux à Boston et à San Francisco et qui sera présent en tant que partenaire au congrès Doctors 2.0 & You.

[quote]Code de réduction de 10% sur la billetterie : « maddyness@doctors20″[/quote]

Crédit photo : Shutterstock
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Audrey Serra

18 mai 2015 / 00H00
mis à jour le 22 mars 2018
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