Portfolio#Portrait
20 avril 2016

Oliver du Rieu, fondateur de La Mule, le BlaBlaCar australien

Oliver du Rieu est de ces entrepreneurs au parcours aussi impressionnant que particulier. Cofondateur du site de covoiturage australien La Mule, il compte aujourd’hui 6 000 utilisateurs actifs sur sa plateforme. Portrait. 

Grandir en Australie à 300 km de toute ville

Trajet d’école en bateau, éducation libre et chasse au Kangourou… Oliver nait en 1992 en Australie du Sud. Élevé pendant 15 ans dans le bush, à 300 kilomètres de toute ville, il se forge un caractère singulier et très indépendant. Ses parents l’éduquent à une grande indépendance, le laissant responsable de son linge, sa cuisine, le nettoyage de sa chambre.

Papa et Maman m’ont très tôt considéré comme une grande personne. J’avais juste le droit à un brossage de dent au savon de temps en temps, pour m’apprendre la politesse !  

Dès 12 ans, il descend chaque matin la rivière à toute vitesse sur son petit bateau de course. Les 3 heures de trajets quotidiens passent mieux, et déjà un journal local publie un article sur ce jeune garçon qui va à l’école seul sur son bateau ! Il excelle dans l’art de la chasse aux kangourous : “ C’est une sale bête qu’il ne faut pas laisser frapper en premier ! Tu la repères grâce aux phares de ton pickup qui font briller ses yeux dans la nuit. Alors tu t’élances pour lui attraper la queue pendant que ton chien lui mord le cou. Elles ne savent pas se retourner : Tant que tu restes bien accroché derrière, tu ne crains rien. Et au moment opportun, tu frappes d’un bon coup de dague bien placé ”.

Cette autonomie aurait pu faire de lui un émancipé volage, inapte au travail et à l’apprentissage. Mais Oli avait soif.

J’ai essayé la vie normale. Je n’ai pas réussi

Profondément dyslexique, il ne lit pas un seul livre en entier avant l’âge de 20 ans.  Son but dans la vie : Piloter des avions de chasse “comme dans TopGun” pour y trouver des sensations fortes. Mais la perspective de devoir 10 ans de sa vie à l’État l’en dissuade. Il continue donc d’étudier, sans but réel, fi de sa dyslexie. Comme tout paumé, il envisage l’école de commerce, qu’il voit cependant comme une perte d’argent et de temps : les étudiants y entrent sans projet réel pour leur vie. Oliver ne se reconnait pas dans ces personnes. Il est en recherche, et compte bien trouver de quoi.

Très pratique, manuel, débrouillard et dyslexique, il est un adepte du “learning by doing” et  enchaine les boulots tels qu’électricien, logisticien, etc. Cette vie flexible et bien rémunératrice lui permet de voyager beaucoup, surtout à l’intérieur de son propre pays si vaste. Il a 19 ans. L’australien normal travaille sans cesse et dépense 30% de son revenu dans  du divertissement. Donnez lui un barbecue, une bière, des copains et une planche de surf et il sera comblé. Il lui en faut peu. La vie est facile en Australie. On obtient toutes ces choses assez rapidement. J’ai essayé cette vie normale pendant 2 ans, mais je n’ai pas réussi à y trouver satisfaction « , explique t’il. 

«  Il y a en moi une soif de créer, de laisser une marque, de donner un sens à ma vie

lamule.com.au le Blablacar australien

Il comprend que c’est dans l’entreprenariat qu’il trouvera son “ pourquoi ”. Il intègre le groupe Entourage School. Il pense à 2 industries auxquelles il a accès, par son réseau : le design de mobilier avec 2 copains charpentiers, ou le lancement d’un baume à lèvre contre les coups de soleil. Aucun lien entre ces idées. L’idée d’entreprendre prime sur l’idée de l’affaire à lancer.

Lui vient alors l’idée du covoiturage. En pleine brousse, on peut avoir besoin d’optimiser ses allées venues en villes : déposer un paquet, récupérer ses enfants, faire ses courses, etc. Il teste alors le marché en lançant une page Facebook proposant des trajets Adelaide/Rendmark.

portrait olivier la mule

Très vite, 1 à 3 trajets sont proposés, ce qui n’est pas grand chose en soi mais suffisant pour détecter un marché réactif. Il lance un forum wordpress. C’est l’échec. Ça ne fonctionne pas. Mais il apprend beaucoup de ses premiers utilisateurs et obtient de nombreux retours. Il investi alors 2 000 dollars dans le lancement d’un prototype à Melbourne, et continue l’animation de sa page Facebook en parallèle de la construction de son produit.

Lors d’un voyage en Europe, où BlaBlaCar lui montre brillamment le chemin à suivre, il rencontre le développeur français Antoine Berton avec qui il s’associe. Membre de la communauté YORK BUTTER FACTORY, où il trouve beaucoup d’énergie, il fonde alors lamule.com.au, 1ere plateforme australienne de covoiturage.   

Promettant à ses utilisateurs de planter un arbre par trajet offert sur le site, il axe sa marque sur l’écologie, les communautés… et une communication attractive ! Aujourd’hui et après deux ans d’existence, Lamule compte 6 000 utilisateurs actifs et a conclu 9 partenariats avec des festivals de musique dont Splendour in the grass, le plus important en Australie dont 3 en Afrique du Sud.

la mule

Ce qui intéresse tant Oliver en France

De passage en France, Oliver prend un mois pour se former avec son cofondateur français Antoine Berton, vivre l’expérience Blablacar chaque fois qu’il voyage d’une ville à l’autre, et rencontrer cette semaine la direction de Blablacar.

Ce pays a vu naître son cofondateur et le concept même de covoiturage. Chaque année depuis 2004, le nombre d’européens explose en Australie. Ces européens, et particulièrement les français, y voyagent beaucoup et ont le réflexe du covoiturage, d’autant plus que le coût de la vie y est très élevé.

Sur l’édition australienne de  Shark Tank, Oliver fait impression en avril 2015. L’investisseur Steve Baxter parle ainsi d’Olivier dans son blog comme d’un “ exemple fantastique “ d’entrepreneur qui a “ tout à fait compris ce qu’était l’entreprenariat (…) : il a vendu sa voiture et laissé un salaire à 6 chiffres pour lancer sa Mule. “ 

«  Peu de gens sont prêt à faire ces sacrifices. Et qui peut les blâmer ? Mais si l’Australie doit effectuer une transition de son économie conduite par les tech startups, nous avons besoin de plus de fondateurs comme Oliver, prêts à choisir les chemins difficiles « 

Steve Baxter, entrepreneur et investisseur