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« Il faut être indépendant pour vivre mais unis pour gagner » Thierry Marx

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Par Anais Richardin - 23 février 2017 / 00H00 - mis à jour le 22 mars 2018

Numa organise régulièrement des « Founder Story », des rencontres avec des entrepreneurs inspirants avec lesquels les startuppers passés par ses bancs peuvent discuter et échanger. Désormais, l’accélérateur de la rue du Caire donne rendez-vous chaque trimestre au Silencio, le club de David Lynch, a une poignée de privilégiés pour rencontrer une personne à part, un profil différent. Pour cette première « édition spéciale », rendez-vous était donné début février avec Thierry Marx, chef émérite qui s’est assis face à une salle comble pour raconter son parcours de vie, pas toujours simple, son succès mais aussi ses échecs et son combat pour en arriver là où il en est aujourd’hui.

Naissance dans le quartier de Belleville, compagnon du devoir en pâtisserie, puis service militaire et 5 ans de « para », Thierry Marx revient en France à l’âge de 23 ans, incertain devant son destin. Habitué des cages d’escalier, il passe son brevet des collèges à 24 ans et se met en tête de se former chez les plus grands. Échec sur réussite, réussite sur échec, il trace sa voie « solitaire mais solidaire. »

«  À chaque fois que j’ai attendu quelqu’un pour m’aider, ça s’est tari, parce que les gens sont rarement sur le même projet que toi. En revanche c’est l’énergie de ton projet qui fait que l’on te fait confiance », confie-t-il à son auditoire attentif. Silhouette carré, sourire aux lèvres, Thierry Marx s’est révélé au fur et à mesure de son récit un véritable maître de la punchline.

Mais qu’est-ce qu’un chef peut apprendre à des entrepreneurs qui ne sont pas dans le secteur food ? Si la question avait effleuré les esprits, elle se dissipe des les premières minutes. Modèle de combativité et véritable force de la nature, Thierry Marx parle management et leadership avec tant d’humanité et de passion qu’on ne peut faire autrement que boire ses paroles.

« On s’accroche à des projets, pas à des personnes. N’oubliez jamais qu’il faut être indépendant pour vivre mais unis pour gagner, souffle-t-il, citant Bonaparte. L’entreprise c’est pareil. » Celui qui avoue « être d’une grande lâcheté avec les ressources humaines » révèle ce qui lui donne envie chez les autres « je m’attache à la petite mention sport en bas du CV et j’ai le syndrome du cancre.« 

 » Les questions que je pose sont simples : pourquoi voulez-vous travailler avec moi ? Où vous voyez-vous dans deux ans ? Il faut un projet. Je m’en moque de quelqu’un qui me dit vouloir grandir à mes côtés. Ce que je cherche ce sont ceux qui font naître le désir . Alors là j’aime prendre du temps et prendre de ma vie pour côtoyer cette personne « 

Sa marque de fabrique ? « Faire des gentlemen au service de gentlemen. » Les profils qui le font chavirer ? Des professionnels bien sûr mais aussi des comédiens, des personnes qui apprennent à être des gentlemen. Mais surtout, des individus qui n’avaient pas forcément le bon CV ni la bonne scolarité. Son modèle managérial, il l’a créé sur-mesure en puisant des enseignements dans la pratique du judo. Lorsqu’il reprend les rênes du Mandarin Oriental en 2010, il embauche un professeur de Tai-chi et un professeur de yoga. « Les collaborateurs se mêlent autrement quand ils font du sport, ça permet de dédramatiser, de se parler et de se connaître autrement. »

Le but ? Faire d’individus isolés un groupe soudé, uni, recréer une fraternité d’armes, qu’il  a bien connue à l’armée, et qui apprend à respecter sa parole, le sens de l’honneur et la loyauté. Le plus important ? Faire que ce groupe soit capable de livrer une émotion. Pour « donner de la mémoire à l’éphémère » et offrir aux clients la meilleure expérience possible.

Tombé plusieurs fois au cours  de sa vie, -notamment lorsqu’en l’espace d’un an il obtient une étoile Michelin avant de voir l’établissement couler- aujourd’hui à la tête d’une marque forte, Thierry Marx dit abhorrer deux mots : échec et réussite. « ce qui importe c’est le chemin, pas l’échec, pas la réussite. » Et le chemin du chef, on ne peut plus sinueux, l’a aujourd’hui conduit à transmettre son savoir-faire aux jeunes sans diplôme et aux personnes en réinsertion via sa formation gratuite « Cuisine mode d’emploi(s) » et à ouvrir aux entrepreneurs présents au Silencio, une petite fenêtre sur ce que des années de vie de voyages, de combats et de passion lui ont enseigné.

 

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Anais Richardin

23 février 2017 / 00H00
mis à jour le 22 mars 2018
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