Les aides régionales financent (aussi) les innovations de service

Avant de postuler à l’aide de sa région, le co-fondateur de la startup Quatre Épingles, Julien Van Hœylandt, craignait que son dossier ne soit pas retenu car son projet n’était pas purement technologique. Son innovation de service, aux croisements de l’économie collaborative et de la conciergerie d’entreprise et urbaine, a pourtant su faire la différence.

Courir en sortant du travail pour arriver avant la fermeture de son pressing : ça ne se fait plus. Derrière Quatre Epingles, l’idée d’une conciergerie digitale basée sur un assistant personnel par Chat et s’appuyant sur un écosystème collaboratif de “Qorners”, des lieux de dépôts près de chez soi ou de son travail.

La startup permet ainsi de passer commande facilement d’un service du quotidien (pressing, repassage, cordonnerie ou retouche…) et de récupérer cette dernière à tout moment chez un artisan partenaire. Le souhait de son co-fondateur Julien Van Hœylandt : permettre aux actifs en milieu urbain d’améliorer leur équilibre vie pro – vie perso : une réelle nécessité face à l’accélération du rythme de travail. Nous l’avons rencontré pour qu’il nous en dise plus sur le rôle de la Région Île-de-France dans le développement et la diversification de sa startup.

Quand, pourquoi et comment vous êtes-vous lancée dans cette aventure ?

J’ai créé Quatre Epingles avec mon associé Paul en mars 2014. Si nous avons décidé de nous lancer, c’est tout d’abord parce que nous ne comprenions et n’acceptions pas que l’accès aux commerçants de quartier et autres services du quotidien puisse être une contrainte. D’autre part, nous avions le sentiment que la conciergerie d’entreprise n’était réservée qu’aux grands sièges sociaux.

Nous avons donc décidé de lancer une solution accessible au plus grand nombre, en nous appuyant sur la force du digital. C’est une fierté pour nous aujourd’hui de compter des sociétés de 20 personnes comme des grands groupes de plusieurs milliers de collaborateurs parmi nos clients.

Quelles ont été les grandes étapes de la création de votre startup ?

Au départ, nous avons expérimenté notre solution en nous concentrant sur la livraison collaborative de pressing en entreprise. Par la suite, nous avons décidé de développer une solution complète de conciergerie digitale, incluant assistant personnel par Chat, livraison de commerçants de quartier, services à la personne notamment à domicile, et organisation en entreprise d’activités (ateliers, yoga, sport, beauté, bien-être…). Les étapes sont nombreuses pour en arriver là : un bel équilibre à trouver entre des opportunités à saisir, et un focus à garder sur le client et le produit. Notre produit de conciergerie digitale a ainsi aujourd’hui vocation à couvrir les besoins de conciergerie d’entreprise mais aussi de conciergerie résidentielle, conciergerie de quartier et conciergerie hospitalière.

Comment la Région Île-de-France vous accompagne-t-elle ? Qu’en attendez-vous ?

C’est justement sur cette diversification que la Région nous accompagne. Nous avons développé un projet de conciergerie en gare Transilien avec la SNCF. Grâce au dispositif Innov’up, la région Île-de-France nous subventionne pour expérimenter un concept hybride entre conciergerie en gare et conciergerie via chatbot. L’objectif est que le voyageur pendulaire puisse échanger par Chat avec un concierge pour commander les services du quotidien dont il a besoin et qu’il utilise sa gare comme un point relai dans lequel il retrouve ce fameux concierge. Mais comme une seule personne présente à temps partiel en gare ne peux répondre à tout, notre objectif est de soutenir cette relation conversationnelle via un chatbot, tout en gardant la fluidité de l’échange.

La Région nous donne la capacité d’investir sur un concept qui n’a pas de garantie de succès mais dont le potentiel est très fort. Sans cette subvention, nous ne pourrions sans doute pas prendre le risque d’explorer d’autres pistes au-delà de notre service de base.

Qu’est-ce qui d’après vous a fait la différence dans votre dossier ?

L’innovation technologique est importante mais il n’y a pas besoin de développer une « deeptech » pour être éligible. C’était notre crainte en amont en tant qu’acteur de l’innovation technologique de service. Or, c’est justement le fait d’expérimenter un service concret de la vie quotidienne, et sur un territoire aussi important que le réseau SNCF, qui a sans doute pesé dans la balance. Certaines innovations sont parfois assez abstraites en terme d’usage ce qui n’était pas notre cas. Nous avons dû monter un dossier très concret sur les différentes étapes que nous envisagions en matière d’expérimentations terrains mais aussi en terme de R&D.

Quels sont selon vous les avantages à passer par une aide publique pour développer son projet ?

J’avais toujours été sceptique sur les aides publiques car elles me paraissaient assez peu efficaces dans le rapport temps investi / intérêt financier. La Région Île-de-France et la BPI nous ont montré tout l’inverse. Une fois le dossier de financement envoyé, les étapes suivantes ont finalement été assez rapides et nos interlocuteurs se montrent toujours très à l’écoute de la situation. Enfin dans notre cas, l’aide Innov’up est une subvention : elle n’implique aucune dilution de notre capital. C’est un vrai plus qui nous permet d’investir avant même de clôturer notre série A.

Quelles sont les perspectives de Quatre Épingles ?

Nous sommes très fiers d’avoir pu prendre une place pertinente et crédible sur les secteurs de la conciergerie d’entreprise et de la conciergerie de quartier. Nous avons de très belles opportunités à saisir dans les transports mais aussi dans l’immobilier résidentiel et tertiaire pour le service aux résidents et ce, pas seulement en France. Maintenant que nous avons trouvé notre modèle, nous allons accélérer !

Maddyness, partenaire média de la Région Île-de-France