L’interview pipeau de Mark Zuckerberg

Le très attendu Mark Zuckerberg a manqué son rendez-vous avec son public parisien. Dans une interview passe-plat d'une heure sur la scène principale de VivaTech, le CEO de Facebook a enchaîné les lieux communs, prenant même quelques libertés avec la réalité.

C’était censé être le clou de cette première journée à VivaTech. La venue de Mark Zuckerberg sur la scène principale de l’événement a pourtant tourné à l’autopromotion. Une heure de rédemption durant laquelle le CEO de Facebook a eu à coeur de faire montre de sa bonne volonté après le scandale Cambridge Analytica. Et une heure de poncifs et d’approximations qui ont fait bondir les journalistes spécialisés en salle de presse.

Cela n’avait pourtant pas trop mal débuté, avec un plaidoyer pour laisser la chance aux nouvelles technologies d’améliorer notre quotidien. « La technologie permet des choses fantastiques, comme lorsque les gens ont pu dire à leurs proches qu’ils étaient en sécurité après les attentats de Paris. Les entreprises embauchent et créent des emplois grâce aux outils technologiques« , s’est ainsi enthousiasmé Mark Zuckerberg. Qui a cependant reconnu qu’avec l’avènement des fake news et des commentaires haineux, il n’était plus possible de voir les plateformes technologiques comme des eldorados de la liberté.

Après cette entrée en matière pas très disruptive, ça n’a été qu’une suite de lieux communs : le conseil qu’il donnerait à un entrepreneur qui se lance ? « Se concentrer sur le fait de construire quelque chose qui marche. » Comment analyse-t-il l’évolution de la technologie ces dernières années ? « Les outils technologiques donnent plus de pouvoir aux gens, cela leur donne voix au chapitre. » Et soudain, le dérapage, avec un magnifique point Godwin, lorsque Maurice Lévy s’aventure à lui demander ce qu’il pense du RGPD. « Tout le monde tient à sa vie privée, pas seulement les Européens, même s’il y a peut-être quelques spécificités historiques ici, on se rappelle de la Stasi… »

Bullshit bingo

Le créateur du plus grand réseau social au monde a ensuite défendu le choix d’un modèle économique pourtant toujours plus discuté. « Le principe du gratuit est qu’en contrepartie, vous avez de la publicité, a rappelé Mark Zuckerberg, oubliant au passage qu’il existe d’autres modèles possibles. Les utilisateurs doivent avoir le contrôle sur leurs données. Ils peuvent choisir d’ouvrir leurs données pour améliorer leur navigation ou décider de nettoyer leur historique. » Et s’est ensuite mué en chantre de la régulation – « nous devons être proactifs pour supprimer les contenus indésirables » – alors même que la modération reste un point noir pour Facebook.

Après une question ambiguë de Maurice Lévy qui souhaitait mettre Mark Zuckerberg en porte-à-faux avec Elon Musk, qui s’était publiquement inquiété des dérives possibles de l’intelligence artificielle, le CEO de Facebook a tenu à rappeler son « optimisme« , dans une tirade dégoulinante de bons sentiments ménageant la chèvre et le chou. « Aucune technologie n’est anodine et nous devons être pionniers dans le fait d’encadrer correctement l’intelligence artificielle. Nous ne devons pas être trop négatifs sur ce point parce que c’est trop facile d’utiliser une erreur individuelle pour dénigrer une technologie dans son ensemble. L’IA va permettre d’accélérer la recherche médicale et de maintenir les gens en sécurité, c’est très positif ! Je suis très optimiste même si nous devons nous préoccuper des effets négatifs. »

Et de conclure, après avoir été encensé par Maurice Lévy sur son engagement philanthropique, sur le meilleur conseil que lui ait jamais prodigué Bill Gates : « si vous voulez être un bon investisseur philanthrope, vous devez vous entraîner« . Voilà voilà.