Décryptage#Étude
21 septembre 2018

L’ambition n’a pas de sexe… à moins que ?

L'ambition est-elle une qualité masculine par essence ? Les femmes sont-elles moins ambitieuses que leurs pairs ? Autant de questions auxquelles le think tank "Women and ambition" de PWN Paris a voulu répondre avec sa dernière enquête. Et les résultats sont loin d'être aussi manichéens.

L’égalité professionnelle réelle entre les hommes et les femmes ne sera pas atteinte grâce à la seule législation. C’est ce constat qui a mené le think tank « Women and ambition » de PWN Paris à lancer une vaste enquête sur la relation des femmes et des hommes à l’ambition professionnelle. Son objectif : faire émerger les similitudes et les différences de comportement et de perception selon que l’ambition est incarnée et évaluée par un homme… ou une femme.

Si les résultats de l’enquête, menée au deuxième semestre 2017 auprès de 5.363 personnes majoritairement diplômées et salariées, âgées de 40 ans en moyenne, sont à prendre avec des pincettes tant la différence entre le nombre de femmes et d’hommes interrogés est importante (4.809 femmes vs 554 hommes) , ils n’en restent pas moins intéressants. Premier constat : si les femmes assument aujourd’hui leur ambition et s’évaluent, au même titre que les hommes, comme personnes ambitieuses, elles légitiment davantage l’ambition pour les hommes que pour elles-mêmes.

Ainsi, 90% des femmes et des hommes pensent que l’ambition est un moteur important pour la carrière, mais les femmes l’affirment moins franchement pour elles-mêmes (86%) que les hommes ne le font à leur égard (94%). De fait, les femmes semblent sur-valoriser l’importance de l’ambition comme moteur de carrière pour les hommes, puisqu’elles sont deux fois plus nombreuses à penser que c’est un moteur très important pour la carrière des hommes (64%), que pour elles-mêmes (38%).

Les hommes ambitieux ont la cote

Les femmes sont aussi plus élogieuses dans leur commentaire sur les hommes ambitieux. 89% pensent que l’ambition est un commentaire positif pour les hommes, alors qu’elles ne sont plus que 73% à en faire un commentaire positif pour les femmes.

« Peut-être les 27% qui parlent d’un commentaire négatif pour les femmes font-elles référence à un vécu personnel plus difficile ? Ont-elles des modèles négatifs en tête ? Ou ont-elles trop bien intégré les lieux communs négatifs ou « biais inconscients » sur l’ambition au féminin ? »

Elles sont en tous cas 77% à affirmer que l’ambition est encore un tabou, contre seulement un homme sur deux. Une divergence d’opinion qui se retrouve aussi dans le rapport à l’expression de l’ambition : pour 74% des femmes celle-ci serait différente selon le sexe, alors que les hommes sont à nouveau partagés (50%). Des données surprenantes alors que dans le même temps, les sondés affirment que l’ambition n’a pas de sexe.

Quelque soit leur avis sur l’ambition, les femmes et les hommes interrogés s’accordent, à plus de 90%, à dire que leur ambition professionnelle les pousse d’abord vers deux objectifs principaux : s’épanouir personnellement et faire progresser leur carrière. Viennent ensuite la reconnaissance, le management et l’envie de faire progresser leur équipes, la maitrise du temps, la capacité d’influence, et la recherche de postes à « hautes responsabilités » (plus de trois quart des répondants).

La visibilité du poste et le gain financier (60%), la quête de pouvoir ou d’indépendance (50%) semblent, en revanche, moins importants. L’enquête révèle que si des divergences existent selon le sexe – l’ambition des femmes les pousserait plutôt vers leur développement personnel, quand les hommes seraient plus attirés par le pouvoir et ses attributs concrets – elles restent minimes. Il existe cependant un réel décalage dans la perception qu’ont les répondants d’un sexe sur les réponses de l’autre : les femmes ont notamment tendance à surévaluer (jusqu’à 30%) l’effet du pouvoir et de ses attributs sur l’ambition des hommes.

Ambitieux oui, mais ni trop ni trop peu

Le regard sur le niveau d’ambition pour chacun des sexes est assez critique : d’après l’enquête, les femmes ne seraient pas assez ambitieuses, quand les hommes le seraient trop. Si les femmes ont un regard très affirmé sur elles-mêmes (trois quarts des sondées partagent cet avis), elles ont aussi une vision plutôt claire de ce qui leur manque pour développer leur ambition professionnelle : de la confiance en soi (56%), de l’assertivité (oser 50%, savoir m’imposer 35%), du réseau (42%) et un mentor (34%).

Les hommes mettent, eux, légèrement plus en avant que les femmes des éléments plus « aspirationnels » pour développer leur ambition: le fait d’éprouver du plaisir au travail, aimer leur métier, poursuivre un rêve qui leur tient à coeur sont des points sur lesquels ils aimeraient travailler. « A croire que chaque sexe rêve de sortir des stéréotypes qui lui sont traditionnellement associés !« , relèvent les auteures de l’enquête.