Décryptage#MaddyMoney
3 janvier 2019

3,2 milliards d’euros levés en 2018, le ticket moyen atteint des sommets

2018 a-t-elle été un bon cru ? Avec plus de 3,2 milliards d’euros levés l’année dernière, les startups françaises ont, comme attendu, à nouveau battu le record établi l’année précédente. Et démontrent que l'écosystème n'est pas encore à bout de souffle.

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Alors, bonne ou mauvaise année pour les levées de fonds ? La question devient presque rhétorique, tant l’écosystème startup est habitué aux records. Et 2018 n’a pas failli à la tradition, avec un nouveau record à la clé. Selon le décompte que nous tenons toutes les semaines dans notre MaddyMoney, les startups françaises ont levé un total de 3,203 milliards d’euros l’année dernière, explosant le précédent record de 2,3 milliards établi en 2017. En revanche, et c’est là que réside la véritable surprise, le nombre d’opérations a, lui… baissé. L’écosystème s’est contenté de 657 tours de table (dont 612 dont le montant a été dévoilé), contre 689 l’an dernier.

Mécaniquement, le ticket moyen est donc en forte hausse : 4,8 millions d’euros, contre 3,3 millions l’an dernier. Un chiffre à nuancer, l’année ayant été marquée par trois levées à plus de 100 millions d’euros qui gonflent artificiellement la moyenne. Si l’on exclut ces trois opérations, le ticket moyen reste cependant élevé, à 4,2 millions d’euros. La tendance est également confirmée par une inflation des opérations majeures : pas moins de 22 opérations égales ou supérieures à 30 millions d’euros, contre seulement 12 l’an dernier. Et par la baisse drastique des opérations inférieures à 1 million d’euros, qui ne représentent plus que 24% des tours de table – contre un peu plus d’un tiers en 2017.

La maturité des startups, que nous avions déjà soulignée l’an dernier, leur impose de lever des sommes plus conséquentes pour réaliser des projets qui le sont nécessairement aussi. Et, face à la concurrence intérieure comme internationale, les entreprises les plus récentes sont contraintes de lever davantage que ce dont elles auraient eu besoin il y a quelques années.

Trois startups ont conclu des opérations à plus de 100 millions d’euros

Avec un tour de table de 171 millions d’euros bouclé en mai, l’éditeur de jeux vidéo pour mobile Voodoo a réalisé l’opération la plus importante de l’année. Une opération atypique puisque la grande banque américaine Goldman Sachs est seule à entrer au capital de la startup via son fonds West Street Capital Partners VII.

Derrière, ce sont deux poids lourds de l’écosystème startup – devenus scaleups – qui s’imposent sur les deuxième et troisième marches. Deezer, d’abord, qui avec une levée de 160 millions d’euros annoncée en août, a été la première entreprise innovante à être doublement présente dans le top 10 des levées de fonds historiques (après son opération à 100 millions d’euros bouclée en 2016). C’est du côté de l’Arabie saoudite que la scaleup est allée chercher les fonds pour devenir une licorne, réalisant son tour de table auprès de Kingdom Holding Company et Rotana, sous la direction de Son Altesse Royale le Prince Al-Waleed bin Talal bin Abdulaziz Al Saud, Access Industries, Orange et LBO France.

BlaBlaCar a imité la scaleup musicale en novembre, devenant ainsi la deuxième entreprise à être deux fois représentée dans le top historique, grâce à un nouveau tour de table de 101 millions d’euros, trois ans après sa méga-opération à 176 millions d’euros. Et c’est en très grande partie auprès de la SNCF que l’entreprise a choisi de financer sa croissance.

Les autres levées du top 10…

Evaneos : 70 millions d’euros

Ledger : 61 millions d’euros

OpenClassrooms : 51 millions d’euros

Recommerce : 50 millions d’euros

Scality : 48,5 millions d’euros

Dynacure : 47 millions d’euros

Quantum Surgical : 42,4 millions d’euros

À noter : la startup InnovaFeed a levé un total de 55 millions d’euros sur l’année mais en deux opérations distinctes (15 millions d’euros en février et 40 millions d’euros en novembre).

… et celles d’au moins 30 millions d’euros

Klaxoon (42 millions), Back Market (41 millions), Cityscoot (40 millions), Enyo Pharma (40 millions), Meero (39 millions), Finalcad (35 millions), ContentSquare (34 millions), Enterome (32 millions), Lendix (32 millions), Aledia (30 millions) et Dreem (30 millions).

Les secteurs en vogue…

Comme l’an dernier, les technologies médicales tiennent le haut du pavé, avec pas moins de 538,91 millions d’euros rassemblés – 308,5 millions par les Biotech et 230,41 par les Medtech. Signe particulier : le ticket moyen est particulièrement élevé dans le secteur (6,5 millions d’euros), ces entreprises ayant besoin de fonds importants pour développer des technologies de rupture. Cinq de ses représentantes entrent dans le rang fermé des entreprises ayant levé 30 millions d’euros ou plus (Enterome, Quantum Surgical, Enyo Pharma, Dreem et Dynacure).

Les ressources humaines ont elles aussi eu la cote en 2018, rassemblant 365,36 millions d’euros. Signe particulier : c’est un foisonnement de levées – pas moins de 53 ! Seules les technologies marketing font mieux avec 55 opérations – qui ont permis au secteur de s’imposer, puisqu’une seule startup RH s’est hissée dans les levées de 30 millions d’euros ou plus (Klaxoon).

Derrière, les technologies marketing se distinguent pour la deuxième année consécutive avec 264 millions d’euros rassemblés ; les Greentech ont eu le vent en poupe, les 30 opérations annoncées ayant rassemblé 188 millions d’euros. Et les Fintech font un retour en force avec près de 168 millions d’euros levés. La mobilité profite, elle, de la méga-levée de BlaBlaCar (220 millions rassemblés au total).

… et les autres

Le retail est à la dérive, avec 46 petits millions d’euros rassemblés et seulement 26 opérations annoncées. La levée de Selency (15 millions d’euros) n’a pas suffi à faire décoller le secteur, qui cherche un second souffle après l’âge d’or de l’e-commerce.

La FoodTech reste elle aussi dans le rouge, n’ayant rassemblé que 68,9 millions d’euros. Surpeuplé après le lancement d’une kyrielle d’acteurs lors de sa période faste il y a quatre ans, le secteur se restructure depuis autour de quelques poids lourds. Ceux qui n’en font pas partie peinent à trouver des fonds, les investisseurs étant d’autant plus exigeants que la concurrence est rude. Mais certains segments, comme les fermes urbaines et les alternatives à la viande, pourraient tirer leur épingle du jeu.

Les objets connectés sont eux aussi dans le collimateur des investisseurs pour la deuxième année consécutive. Avec 67 millions d’euros rassemblés au travers de 25 opérations, le secteur confirme sa perte de vitesse. Nous posions l’an dernier la question de savoir si le secteur subissait un bad buzz passager ou voyait carrément sa bulle éclater, le doute ne semble plus permis.

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