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Cédric O dévoile une feuille de route confuse

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Cédric O dévoile une feuille de route confuse

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Par Geraldine Russell - 03 avril 2019 / 14H30

Lors de son premier déplacement, le nouveau secrétaire d’État chargé du numérique Cédric O a encensé les GAFA, tout en précisant que la France devait créer ses propres géants. Un travail d’équilibriste.

Il avait à cœur de bien faire, mais n’a pas franchement convaincu. Pour son premier déplacement, le nouveau secrétaire d’État chargé du numérique, Cédric O, a choisi de visiter les locaux de la toute nouvelle licorne Doctolib. Avec 800 salariés, dont plus de 500 à Paris, l’entreprise relève aujourd’hui davantage de l’ETI (entreprise de taille intermédiaire, ndlr) que de la jeune pousse, tout un symbole pour celui qui milite pour l’émergence de « champions » tricolores.

Alors que le gouvernement s’enlise dans la crise des « gilets jaunes », pas question pour le nouveau ministre de sembler distant : durant plus d’une heure, il a pris le temps de saluer les salariés, de serrer des centaines de mains, de se renseigner sur la feuille de route de la figure de proue des medtech auprès de Stanislas Niox-Chateau, président et cofondateur de la licorne habitué à recevoir les politiques dans son antre. Au risque de forcer le trait : comment imaginer que celui qui conseillait Emmanuel Macron sur les questions numériques ne connaissait pas déjà le nombre de salariés de Doctolib ou n’avait pas reçu un mémo sur la stratégie internationale de la scaleup ?

Le grand flou

Tout juste nommé en remplacement de Mounir Mahjoubi – parti à la conquête de la mairie de Paris, Cédric O était un homme de l’ombre. Cette première sortie sous les feux de la rampe a rappelé qu’une lumière trop crue ne met pas spécialement le sujet en valeur. Attendu au tournant, le nouveau secrétaire d’État au numérique s’est montré plutôt vague sur les chantiers à venir. Il a bien cité la loi Avia, qui doit lutter contre les contenus haineux en ligne et la future loi de régulation de l’audiovisuel qui, elle, avait été annoncée à l’automne par l’ex-ministre de la Culture Françoise Nyssen.

Le seul dossier propre à l’économie numérique qu’il a abordé a été celui de l’inclusion numérique – bien qu’il n’ait jamais utilisé le terme. « Le numérique apparaît aujourd’hui comme un facteur de fracture, notamment en matière d’accès aux services publics, a-t-il constaté. Nous y avons peut-être été un peu fort en la matière et il y a des choses à corriger. » Le ministre a ainsi cité les maisons de service au public qui doivent essaimer sur l’ensemble du territoire et permettre aux personnes peu habituées à Internet de se former. Mais, là encore, Cédric O est resté très en surface : s’il a tenu à rappeler, maladroitement, que 13 millions de Françaises et de Français étaient éloignés d’Internet et qu’un certain nombre d’entre eux « ne seront jamais capables d’utiliser un clavier et une souris », il n’a pas précisé comment ces personnes pourraient être prises en charge pour résorber la fracture numérique.

Admiratif des GAFA

Rien de neuf sous le soleil, du moins du côté des annonces concrètes. Car Cédric O avait rôdé son discours quant à la vision de l’écosystème qu’il souhaite porter : créer des géants humbles. Il a d’un côté encouragé les entrepreneurs français à avoir de l’ambition : « il faut être meilleurs que les autres et pas seulement que les autres Français : meilleurs que les autres au niveau mondial. Et même être LE meilleur. Soyez ambitieux, n’ayez pas honte ! » Et n’a pas hésité à citer Mark Zuckerberg, président-directeur général de Facebook, ou Brian Chesky, fondateur d’Airbnb, en exemples. « J’adorerais que Mark Zuckerberg soit français », a-t-il d’ailleurs lancé. Les détractrices et détracteurs des plateformes apprécieront.

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Dans un deuxième temps, Cédric O a tenu à rappeler que « la réussite oblige », paraphrasant le discours de l’oncle de Spider-Man qui estimait qu’un grand pouvoir impliquait de grandes responsabilités. « Il faut rester humble face à la réussite. Ceux qui réussissent ont l’obligation d’emmener les autres avec eux. Ce n’est pas un voyage solitaire, vous ne pouvez pas surfer sur le reste de la société. » Et de souligner l’absurdité de la Silicon Valley où « des clochards dorment au pied des tours des GAFA ».

Une obsession : créer des géants

Le ministre a insisté sur le fait que la France devait ouvrir une troisième voie entre le modèle américain et le modèle chinois, rhétorique prisée par Emmanuel Macron. Néanmoins, il n’y a pas de doute sur le fait que les références du nouveau secrétaire d’État sont davantage du côté occidental qu’oriental. Après avoir égrené les noms de dirigeants des GAFA qu’il avait rencontrés, il a loué ce « quelque chose en plus » qu’ils avaient en commun. « Ils veulent être les meilleurs et changer le monde », a-t-il admiré. Il a aussi tenu à rappeler à plusieurs reprises que « la moitié des créations nettes d’emplois aux États-Unis viennent de la tech ». « Pour réduire le chômage, on doit créer des entreprises, les faire grossir et les rendre performantes », a-t-il enchaîné.

Une manière quelque peu maladroite de démontrer que la puissance est aujourd’hui du côté des Américains et que la France va devoir sérieusement travailler pour rattraper son retard. Car si d’autres licornes devraient voir le jour dans les années à venir – Cédric O a notamment cité ManoMano, Dataiku ou Mirakl – les GAFA ont une sacrée longueur d’avance. « Ce que les GAFA décident change notre vie, ils portent leur propre modèle de société », a souligné le secrétaire d’État, lequel s’est réjoui que Doctolib « ouvre la voie aux autres » en devenant une licorne et en recrutant des talents étrangers. « La France doit devenir le centre du monde », a-t-il martelé. Comment ? L’homme politique n’a pas donné davantage de précisions.

Par

Geraldine Russell

03 avril 2019 / 14H30
mis à jour le 03 avril 2019
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