Décryptage#Étude
10 septembre 2019

Les levées de fonds pénalisent les entreprises fondées par des femmes

Une étude menée par le mouvement Sista en partenariat avec le Boston Consulting Group révèle l'ampleur de la discrimination à l'égard des femmes entrepreneures lors du processus de recherche de fonds.

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Pour combien est-ce que vous seriez prêt·e·s à monter une boîte 100% féminine ? Ne vous bradez pas : faites monter les enchères ! Parce que la tâche s’annonce ardue. Selon le baromètre du mouvement Sista réalisé avec le Boston Consulting Group sur les conditions d’accès au financement des femmes dirigeantes de startups, fonder une jeune pousse entre femmes est le meilleur moyen de ne jamais voir l’ombre d’une levée de fonds. En effet, si 5,4% des startups fondées en France depuis l’an dernier l’ont été uniquement par des femmes, seules 3,8% des startups financées via une levée de fonds ont à leur tête une équipe 100% féminine. Soit un écart de… 30%. Quand les startups 100% masculines – qui représentent 85% des startups françaises – raflent au contraire 87,5% des tours de table. Les équipes féminines sont donc fortement pénalisées auprès des investisseurs, de façon consciente ou non.

Cela pourrait être directement lié aux plus gros tickets des scaleups, raflés par des équipes d’hommes. Que nenni : certes l’écart se creuse à chaque tour mais il existe dès les premiers tours et s’aggrave à partir de la série A. L’écart entre le nombre de startups existantes fondées par des femmes et celles qui sont effectivement financées se creuse ainsi à 40% en série A, grimpe à 80% en série B et atteint le sommet de 100% en série C. En effet, si 4% des startups pouvant prétendre à ce tour de financement ont été fondées par une ou plusieurs femmes, aucune n’a levé de fonds auprès de capital-risqueurs.

Financées… mais bradées

Mais peut-être que les startups fondées par des femmes qui ont, malgré tout, réussi à lever des fonds sont particulièrement bien loties par rapport à celles de leurs collègues masculins ? Non plus ! Lorsqu’elles réussissent à convaincre un VC, les femmes récoltent en moyenne 2,5 fois moins de fonds que des équipes certifiées 100% testostérone. Et, une fois encore, la tendance s’observe dès les premières levées et l’écart s’accroît au fur des tours de table : en série A, les femmes obtiennent 20% de moins que les hommes, puis 80% de moins dès la série B.

Les écarts de valorisation entre les startups fondées par des femmes ou des hommes sont eux aussi importants : en amorçage, les boîtes fondées par des femmes présentent une valorisation 2,6 fois moins importante que celles fondées par des hommes. Un écart qui grimpe à 3,4 fois dès la série A. Alors ces startups sont-elles moins bien financées parce que leur intérêt – et donc leur valorisation – est moindre ou leur valorisation est-elle moindre parce qu’elles sont moins bien financées ? Le paradoxe de l’oeuf et de la poule version startup…

Des fonds encore très masculins

Le baromètre de Sista et du BCG répond néanmoins en partie à la question. Comme l’avait déjà souligné une étude de Deloitte sur la question, les fonds sont peu féminisés. Sur les 29 principaux fonds français étudiés par les deux structures, 16 ne présentent aucune femme à des fonctions dirigeantes (managing partner, managing director, general partner…), soit plus de la moitié. Et en-dehors de deux fonds à la direction 100% féminine, aucun fonds n’atteint ne serait-ce que la parité. En moyenne, 14% des fonctions dirigeantes dans les fonds sont occupées par des femmes.

Si l’on veut être particulièrement cynique, on peut souligner que le problème des conditions d’accès au financement pour les startups dirigées uniquement par des femmes concerne un nombre très réduit d’entrepreneures puisque seules 5% des startups sont concernées. Bien sûr, leur nombre augmente chaque année. Mais, selon le baromètre, il faudra attendre 2090 pour qu’une majorité de jeunes pousses soient fondées ou co-fondées par des femmes en France (21% de startups 100% féminines et 58% de startups dont au moins l’un des cofondateurs est une femme).

En revanche, l’histoire ne dit pas quand les femmes réussiront à lever autant que les hommes. C’est probablement mieux pour ne pas décourager celles qui ont suffisamment de cran pour s’essayer à l’aventure entrepreneuriale. Sista a d’ailleurs lancé, mi-septembre, une campagne de publicité mettant en scène des entrepreneures françaises et dont le message est clair : si elles étaient des hommes, elles auraient davantage de chances de lever des fonds…

Article écrit par Geraldine Russell
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