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Les émotions, la « boite noire » de la prise de décision entrepreneuriale

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Par Iris Maignan - 09 octobre 2019 / 14H01

Une récente étude de la Cass Business School révèle que les équipes liées par une forte amitié étaient plus susceptibles de se montrer persévérants dans une situation délicate.

Ça n’est pas une surprise : sur le nombre d’entreprises créées, beaucoup ne passent même pas la première année d’existence. L’échec fait partie intégrante du jeu de l’entrepreneuriat. Mais si les études se multiplient sur l’impact qu’un échec entrepreneurial peut avoir sur un entrepreneur ou un salarié, qu’en est-il de la phase qui précède celui-ci ? Vos salariés ont-ils un impact sur la réussite ou l’échec de votre entreprise ? Certaines émotions ressenties en interne sont elles capables, à elles-seules, de vous fait arrêter ou continuer l’aventure ?

Les chercheurs Tori Yu-wen Huang et Vangelis Souitaris de la Cass Business School et Sigal G. Barsade de la Wharton School, de université de Pennsylvanie, se sont penchés sur la question.  Ceux-ci, qui ont analysé les données de 66 équipes entrepreneuriales réparties sur 569 phases de prise de décision, ont ainsi pu étudier comment les équipes entrepreneuriales réagissent lorsque leur entreprise commence à rencontrer des problèmes financiers, et surtout le rôle des sentiments dans l’entrepreneuriat.

« Nous nous sommes concentrés sur l’influence de la peur et de l’espoir du groupe car, par rapport à d’autres émotions, la peur et l’espoir sont davantage associés à l’incertitude, qui est un élément inhérent à la décision de poursuivre son investissement dans une entreprise », expliquent les chercheurs. « Nous comparons la peur d’une équipe d’entrepreneurs que les pertes financières d’une entreprise en faillite augmentent à leur espoir que l’entreprise puisse s’en sortir, recouvrer ses pertes et devenir rentable. »

«L’espoir l’emporte sur la peur»

Le résultat ? L’espoir des collaborateurs de sauver leur entreprise aurait un impact bien plus important que la peur de la voir couler. En d’autres termes : la relation entre l’espoir du groupe et l’engagement croissant envers une entreprise défaillante est plus forte que celle entre la peur et la chute de cette même entreprise. Une conclusion qui s’explique notamment par le poids de l’engagement du groupe face aux problèmes, lui même porté par les relations entretenues en interne, expliquent les chercheurs.

En somme : plus les liens internes entre salariés sont importants, plus ceux-ci s’engageront à vos côtés, et plus vous avez de chances de sauver une société en difficultés. Un entrepreneur qui sera soutenu par ses salariés aura donc bien plus envie de continuer à investir dans son projet qu’un entrepreneur qui, seul face à ses problèmes, décidera la grande majorité du temps de baisser les bras.

« Nos résultats montrent l’importance pour les entrepreneurs de comprendre et de gérer les émotions au sein de leur équipe pour prendre les meilleures décisions possible », expliquent les chercheurs, avant d’ajouter « Cela explique également l’investissement continu des équipes entrepreneuriales qui, même lorsqu’elles ont peur, ne perdent pas espoir. »

En témoignent l’intérêt toujours grandissant des entreprises pour les applications et services dédiés à la QVT (qualité de vie au travail). Des bureaux aménagés à la possibilité de ramener son animal de compagnie au bureau ou encore l’organisation de séminaires pour rapprocher ses équipes, tout est aujourd’hui mis en place pour rendre ses salariés heureux…. et impliqués.

Persévérer, oui, mais pas tout le temps

En revanche, pas question de se jeter tête la première dans le sauvetage d’une entreprise en grande difficultés sous prétexte d’avoir une équipe prête à vous suivre coûte que coûte. La poursuite d’investissement dans une entreprise dite en faillite peut être coûteuse, et doit être mûrement réfléchie : « Distinguer la poursuite d’investissement « problématique » de la persévérance « fructueuse » est tout un art ; et c’est une compétence que les entrepreneurs doivent développer », déclare le professeur Vangelis Souitaris. Un échec est parfois un mal pour un bien, et peut vous permettre de rebondir avec succès, par la suite.

Par

Iris Maignan

09 octobre 2019 / 14H01
mis à jour le 09 octobre 2019
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