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2 — Propriété et contrôle dans une coopérative
3 — Se moquer des conventions en dirigeant de façon collégiale
4 — Éduquez-vous : connaissez les règles sur le bout des doigts... pour mieux les enfreindre
5 — De l'importance du storytelling
6 — Cherchez de l'aide auprès de la communauté
7 — Pour aller plus loin
Business

Comment créer une coopérative (solide et pérenne)

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Par Austin Robey - 10 février 2020 / 14H00

Austin Robey est le cofondateur d'Ampled, une plateforme web directement financée par sa communauté d'artistes, de travailleurs et de soutiens. Il partage son expérience sur la création d'une coopérative.

Article original à retrouver ici. Traduction et localisation par Maddyness. Republication du 27 février 2020

Au cours des deux dernières années, j’ai travaillé avec mon équipe à la construction d’Ampled, une plateforme web d’artistes et de travailleurs qui soutient directement des musiciens. En appliquant un modèle économique coopératif au web, nous créons une plateforme détenue et contrôlée par sa communauté, plutôt que par les investisseurs. Notre espoir est qu’en développant ce modèle, il puisse être une source de transformation : idéalement un nouveau système économique pour que la communauté devienne un soutien durable.

Au-delà de l’idéalisme, la création d’une entreprise coopérative n’est pas facile. Peut-être en raison d’une aversion, héritée de l’époque de la Guerre froide, pour tout ce qui ressemble à une critique du capitalisme ; les alternatives aux entreprises détenues par des investisseurs sont à peine évoquées dans la grande majorité des écoles américaines de commerce et de droit. Quand j’ai commencé à faire des recherches sur la façon dont je pourrais en créer une moi-même, je suis allé au Business & Career Center de la Brooklyn Public Library et j’ai trouvé… zéro livre sur la création des coopératives. Il y avait quelques livres poussiéreux sur les coopératives dans les archives du sous-sol mais, faites-moi confiance, ils n’ont pas été d’une grande aide. C’est étrange, parce que les coopératives ne sont ni nouvelles ni inhabituelles, encore moins rares. Des noms reconnaissables comme The Associated Press aux États-Unis ou Caisse d’Épargne, Banque Populaire ou encore le Groupe Up en France sont tous des coopératives. À bien des égards, les modèles de propriété coopérative sont plus anciens que les sociétés détenues par des investisseurs. Ils sont partout autour de nous bien que parfois invisibles.

Dans le livre Everything for Everyone: The Radical Tradition that Shaping the Next Economy, le professeur Nathan Schneider qualifie les coopératives de « tradition radicale ». Dans le même esprit de transmission des idées, j’aimerais partager ce que j’ai appris sur la création d’une coopérative à travers ce guide. Ce qui suit n’a pas pour but de fournir une liste technique prescriptive pour créer une coopérative. Si c’est ce que vous recherchez, les Unions régionales de Scop, Bpifrance ou le mouvement Colibris disposent d’importantes ressources en la matière. Au lieu de cela, dans ce guide, je transmets les attitudes et les croyances qui ont guidé notre processus dans l’espoir qu’elles puissent être utiles.

D'abord, c'est quoi une coopérative ?

Une coopérative est une entreprise détenue collectivement qui sert les intérêts de ses membres. Cela signifie une entreprise détenue par ses travailleurs, ses clients ou les deux.

Les coopératives sont des entreprises privées à but lucratif

Il est souvent erroné de penser que les coopératives sont des organisations à but non lucratif. Ce n’est pas vrai. Comme les entreprises traditionnelles, les coopératives sont des entreprises privées à but lucratif qui agissent dans l’intérêt de leurs actionnaires. La principale distinction est que les actionnaires des coopératives sont ses travailleurs ou ses clients, pas ses investisseurs ou ses fondateurs. Cela signifie que les bénéfices de l’entreprise sont redistribués à ses membres, au lieu d’être distribués à un propriétaire unique ou à un groupe de dirigeants.

Les coopératives sont contrôlées par leurs membres

Au-delà de la participation aux bénéfices, les sociétaires de la coopérative s’expriment dans les décisions d’entreprise. Cela ne signifie pas s’asseoir dans un cercle pour prendre des décisions consensuelles. Une coopérative peut concevoir des systèmes complexes et transparents pour la prise de décision qui répondent aux besoins de l’organisation.

Les coopératives sont une alternative constructive

En 2020, malgré l’augmentation de la productivité des travailleurs, nous constatons une inégalité croissante des richesses ; un système économique qui sert de plus en plus les ploutocrates et à faire stagner les salaires. En tant que travailleurs et citoyens, il est clair que nos besoins ne sont pas satisfaits par les progrès technologiques. Dans la Silicon Valley en particulier, des fortunes sont créées en puisant de la valeur dans nos idées, notre art, notre travail, nos relations et nos données. Nous sommes devenus des métayers numériques : nous labourons sur des terres que nous ne possédons pas et nous donnons notre récolte.

Historiquement, les coopératives ont émergé lorsque les marchés n’ont pas répondu aux besoins d’une communauté particulière ou pour corriger les marchés qui ont évolué en monopoles ou monopsones. Lorsque le gouvernement ou le marché privé ne parviennent pas à apporter des solutions, des actions collectives sont nécessaires.

Les coopératives sont une réponse. Par exemple, l’électricité a été acheminée dans les fermes rurales américaines dans les années 1940 par des coopératives communautaires lorsque les compagnies d’électricité existantes ont déterminé qu’elles n’étaient pas suffisamment rentables pour le faire.

Les coopératives sont une réponse au capitalisme de plateforme

Lorsque vous créez une entreprise ou une organisation, la poursuite d’un modèle coopératif peut être un excellent choix, si vous cherchez à permettre aux travailleurs de conserver toute richesse générée au sein de leur communauté et à protéger la valeur générée par ces travailleurs plutôt que de la voir exploitée par d’autres. Les coopératives peuvent créer des richesses locales, être plus productives et créer des emplois de qualité qui ont tendance à mieux payer que les entreprises détenues par des investisseurs.

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Parce qu’ils sont plus difficiles à financer, les modèles d’entreprise coopératifs sont souvent plus faciles à mettre en œuvre lorsqu’il y a peu de capital en jeu à l’amorçage et lorsque les travailleurs apportent leur main-d’œuvre physique ou indépendante. C’est notamment le cas des plateformes qui s’appuient sur un réseau de travailleurs ou de producteurs de contenus créatifs ; la coopératif est toute indiquée pour elles !

Cependant, dans le secteur technologique, où les entreprises peuvent avoir besoin de plus de capital d’investissement pour croître et se développer, les modèles coopératifs ne sont souvent même pas considérés comme des options. Cela s’explique en partie par le fait qu’il est conseillé aux fondateurs de gonfler leurs objectifs et modèles commerciaux afin d’attirer les investisseurs traditionnels en capital-risque. C’est aussi parce que les biens culturels communautaires sont un angle mort pour la Silicon Valley et les autres grands hubs technologiques. Bien sûr, les investisseurs en capital-risque peuvent parfois flirter avec l’idée d’une propriété ou d’une gouvernance distribuée… mais seulement s’il s’agit d’une sorte de jeton blockchain qui peut les rendre riches.

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Nous devons nous libérer de la monoculture des startups et de la sagesse conventionnelle favorable au marché. Nous n’avons pas à nous engager dans l’appariement des modèles en fonction de ce que les investisseurs en capital-risque nous disent être bankable. Les capitalistes de l’investissement sont les idiots les plus intelligents de la planète. Nous n’avons pas à nous abonner à leur vision du monde.

Nous devons avoir l’imagination de considérer que les plateformes sont bien plus que des machines d’arbitrage financier ; plutôt des organisations durables servant de véhicules permanents à la prospérité de la communauté. Nous pouvons créer des organisations détenues et gouvernées par la communauté qui répondent à nos besoins et nous permettent de capter et de conserver la valeur que nous créons, plutôt que de nous en laisser être dépossédé·e·s. Les modèles coopératifs peuvent fournir l’alternative constructive dont nous avons besoin.

Propriété et contrôle dans une coopérative

Il est important de se rappeler que lorsque nous parlons de coopératives, plus que d’entités commerciales ou de modèles, nous parlons de valeurs culturelles fondamentales qui nous rappellent à notre humanité. La principale fonction d’une coopérative est de démocratiser la propriété et le contrôle. Les coopératives sont des regroupements de personnes !

Les sociétaires partagent la propriété et le contrôle de la structure. Lorsque nous évoquons les coopératives, nous devons nous souvenir de ces concepts fondamentaux. Les coopératives sont un moyen de donner aux communautés la propriété et le contrôle. Les cadres techniques et les instruments opérationnels tels que les statuts ou la structuration des dividendes servent à mettre fin à l’actionnariat et au contrôle des travailleurs, sociétaires ou clients. Lorsque vous lancez votre propre coopérative, vous devrez d’abord définir avec qui vous partagez la propriété et le contrôle, puis travailler ensemble ou avec une aide extérieure pour établir un cadre sur la façon de déterminer cela.

Se moquer des conventions en dirigeant de façon collégiale

Les outils du maître ne démoliront jamais la maison du maître. Ils peuvent nous permettre temporairement de le battre à son propre jeu mais ils ne nous permettront jamais d’apporter un véritable changement.

Audre Lorde

L’un des défis les plus difficiles à relever dans la création d’une coopérative est d’oublier les biais liés aux modèles et comportements centrés sur la notion de marché. Ces biais peuvent être subconscients et vraiment puissants. Les processus, systèmes et règles du statu quo sont présentés tout au long de notre vie comme des vérités intemporelles. Les conventions et pratiques pour intégrer et financer des entreprises traditionnelles sont largement comprises et standardisées.

Cependant, lorsque nous cherchons un autre chemin, nous devons créer notre propre boussole et ne pas utiliser la carte de quelqu’un d’autre simplement parce que ce serait plus facile. Notre boussole doit être notre ensemble de valeurs partagées. Nous devons nous montrer critiques vis-à-vis des vérités générales en les filtrant à travers nos valeurs communes.

Posez-vous les questions suivantes :

  • Est-ce la seule manière de le faire ?
  • Qu’est-ce qui nous semble juste ?
  • Sommes-nous sûrs de devoir le faire ?
  • Pour qui faisons-nous cela ?
  • Quelles autres options avons-nous ?
  • Quel est notre objectif final ?

Nous devrions être à l’aise pour remettre en question les pratiques acceptées des entreprises et des startups. Nous devrions faire preuve de scepticisme à l’égard des énoncés creux des missions d’entreprises technologiques et des modèles logiques du « capitalisme conscient ». Nous devons réévaluer les définitions culturelles de la création d’entreprise ou de la réussite.

En nous opposant aux conventions, nous pouvons définir de nouvelles unités de mesure de la réussite, basées sur nos valeurs, et créer notre propre contre-culture axée sur l’impact. Les valeurs sont les fondations d’une organisation centrée sur l’humain et doivent présider à toutes les autres décisions.

Éduquez-vous : connaissez les règles sur le bout des doigts... pour mieux les enfreindre

Pour construire une alternative constructive, nous devons comprendre le statu quo. De même, si nous voulons créer un nouveau moteur économique, nous devons regarder sous le capot des entreprises traditionnelles et apprendre à démonter leurs pièces. Cela implique de commencer par bien connaître le cadre de référence et la manière dont les entreprises traditionnelles sont financées, intégrées et structurées.

Les coopératives n’ont pas de formations standardisées comme les SAS ou les SARL. Il n’y a pas d’équivalent LegalStart ou CaptainContrat pour créer une coopérative. Nous devons apprendre les règles pour les contourner.

Les règles à connaître

Structures d’actionnariat : vous devez tout connaître de la manière dont les entreprises traditionnelles partagent la propriété. Il s’agit notamment de comprendre : les actions ordinaires par rapport aux actions de préférence, les BSPCE, les stock options, les actions gratuites, les BSAR, pour commencer.

Financement des entreprises : apprenez comment les entreprises se financent. Cela comprend la levée de fonds, les obligations convertibles, l’auto-financement, l’entrée en Bourse, les BSA-Air, le financement participatif, etc.

Gouvernance d’entreprise : à vous de savoir comment les entreprises prennent des décisions. Cela comprend la compréhension du rôle d’un conseil d’administration, mais aussi l’appréhension de théories de gestion alternative comme l’holacratie et la sociocratie.

Pour bon nombre des concepts énumérés ci-dessus, la meilleure façon de se renseigner est de plonger dans la littérature sur les startups. C’est aussi une bonne idée d’apprendre comment d’autres ont plié les règles du capitalisme pour créer leurs propres modèles (non coopératifs). Par exemple :

  • Alan n’est pas une coopérative mais préfigure de nouvelles normes de transparence des entreprises.
  • Les entreprises à mission ne sont pas des coopératives mais oeuvrent pour un but social ou environnemental.

De l'importance du storytelling

Créer une coopérative exige d’organiser les gens et de vendre des idées qui peuvent être inconnues ou contre-intuitives pour certains. Alors, quand vous créez votre propre coopérative, utilisez la narration comme tactique pour susciter l’enthousiasme des gens à propos de ce que vous êtes en train de construire.

En mobilisant les communautés autour d’un objectif commun et d’une vision partagée de la copropriété, nous pouvons développer des réseaux et dégager d’énormes avantages concurrentiels. Les coopératives gagnent en plantant leur drapeau, en exprimant haut et fort ce qu’elles défendent et en amplifiant les histoires de travail digne.

Nous pouvons encourager les gens à rejoindre ce mouvement en exprimant une vision convaincante. Nous pouvons amener les travailleurs et la communauté sur le devant de la scène, et partager les récits des personnes que nous servons et du changement que nous cherchons à créer. Grâce à la narration, nous pouvons accroître la sensibilisation et attirer les talents. Dans un monde où le malaise des entreprises est latent et où les « jobs à la con » pullulent, les gens cherchent à optimiser leur temps, leur énergie et leurs compétences et à les utiliser à quelque chose qui leur semble important.

Un récit convaincant peut libérer d’énormes avantages concurrentiels :

  • Diminution des coûts d’acquisition des utilisateurs grâce à des taux de conversion plus élevés
  • Réduction des coûts de démarrage opérationnel grâce à des efforts collectifs
  • Recettes supplémentaires grâce aux cotisations et aux dons
  • Motivation accrue à participer à un objectif commun, une appropriation, une vision partagée et une adhésion
  • Favoriser la diffusion du bouche-à-oreille

Cherchez de l'aide auprès de la communauté

Créer une coopérative demande une vision et un travail acharné pour réussir mais vous n’avez pas besoin de porter tout cela seul·e. Si vous souhaitez créer une coopérative, il existe des groupes et des personnes-clés pour vous aider. Dans un premier temps, recherchez celles qui se trouvent dans votre région : des consultants peuvent vous soutenir dans la création de votre structure. Renseignez-vous sur les réseaux de Scop ou de SCIC. Il en existe même au niveau mondial, à l’instar de l’Alliance coopérative internationale.

Pour aller plus loin

Par

Austin Robey

10 février 2020 / 14H00
mis à jour le 09 juin 2020
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