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Changement de vie : et si on attendait avant de tout envoyer valser ?

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Changement de vie : et si on attendait avant de tout envoyer valser ?

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Par Matthieu Langeard - 13 mai 2020 / 14H00

Et si plutôt que de tout plaquer et de changer radicalement de vie, on laissait infuser nos envies, on cultivait nos désirs de changements pour voir ceux qui, finalement, se réaliseront ?

Le télétravail, la lenteur et le printemps réveillent l’envie de changer de vie ? Cette immense pause, cette retraite imposée donnent l’accès aux besoins profonds ? Elles permettent le recul nécessaire à l’analyse de l’essentiel ? Le temps long nourrit l’impulsion ? S’installer en région, acheter une résidence secondaire, quitter son conjoint ou son manager tyrannique (ou anémique), mettre ses enfants dans une école Montessori, stopper une addiction, créer le job de ses rêves et la vie qui va avec ?

Je crois peu aux stratégies de rupture, plus aux bifurcations graduelles. Rien ne presse. Le design de vie suggère de prototyper simultanément plusieurs versions nouvelles de soi. C’est plus ludique, efficace et prudent. L’expérimentation informe. Le vrai changement est plus fort que soi. Il pousse de l’intérieur et finit par nous submerger. Quand le fruit est mûr, il se détache naturellement.

L’art du jardinier, les valeurs du cultivateur sont à méditer :

  • patience et persévérance,
  • respect des besoins, rythmes et saisons,
  • travail bien fait,
  • interdépendance (permaculture),
  • repos (jachère),
  • art de trancher / tailler / élaguer,
  • incertitude et humilité,
  • fertilité et moisson.

« L’envergure de l’arbre dépend de la profondeur des racines. »

La patience et la persévérance

Ce premier pôle de valeurs du cultivateur est favorable à la connaissance de soi : au temps nécessaire pour sentir, écouter ce que l’on veut vraiment (centration). Au temps nécessaire à la stratégie des petits pas, car un changement de vie, ça se prépare, ça se mâture, dans le calme et la sensibilité.

La précipitation, elle, révèle un manque d’auto-autorisation : j’y vais à fond, d’un coup, par manque de confiance en ma détermination, ou comme un enfant qui fait une bêtise, ou à cause de mes représentations erronées, c’est maintenant ou jamais.

La patience nourrit la détermination. Elle rend l’action calme et sûre. Elle permet de cranter, d’éviter le jeu épuisant et déroutant d’un pas en avant, deux pas en arrière / deux pas en avant, un pas en arrière.

La patience est structurante. L’énergie récupérée intériorisée rend plus fort, car plus lucide. Surtout, plus c’est long, plus c’est bon : pourquoi se priver du plaisir et des saveurs des préparatifs ? Le changement, le bonheur, c’est maintenant !

Alors, seulement, l’auto-discipline de la persévérance (père sévère) est utile. Il faut se faire plaisir pour réussir ? Il faut aussi cultiver l’exigence et le goût de l’effort. Ça, pour le coup, ça ne changera pas.

Le respect des besoins, rythmes et saisons

Laisser travailler la nature en soi, et pour soi, sollicite l’intelligence naturaliste (Gardner) et l’attention à la croissance naturelle. L’accueil intérieur des impulsions gagne à dialoguer en continu avec le sens des réalités afin de prendre en compte les peurs. C’est le temps de l’écoute sensible des chemins de réalisations et des stratégies de jardinage.

La précaution nourrit la détermination. Elle permet d’expérimenter en limitant les risques. La précaution optimise les chances d’atteindre son but. « Trust the process. »

Le candidat à l’entreprise de soi se soumet au maître ultime, Chronos, dieu du temps linéaire. Tout projet ambitieux s’inscrit dans la progressivité et le séquençage. Et plus il y a de talent, de créativité et de vitalité, plus l’obéissance à Chronos est exigeante.

Enfin, l’intelligence de contexte fiabilise la réussite du changement : prendre en compte la saison, les rythmes des parties prenantes et les forces en présence permet de poser l’acte juste au moment juste. Kaïros l’instinctif, frère de Chronos, est le dieu de l’opportunité. Être créateur de son temps, c’est pouvoir accélérer quand tous disent de ralentir, et ralentir quand tous disent d’accélérer.

Le travail bien fait, où l’art du jardinier rejoint l’artisanat d’excellence

Le plaisir de bien faire ce qu’on aime faire devient le fil d’or. Le plaisir dédramatise les enjeux et protège l’esprit de jeu.  La soif d’apprendre nourrit la quête d’excellence, cette compétition avec soi-même, la meilleure. La beauté (du geste) ensoleille l’existence.

Notre force est d’assumer notre vulnérabilité et de fuir les abris mensongers : fausses définitions de nous-mêmes, vaines sécurités, intérieures et extérieures.  Notre vie est un processus – qualitatif, et non quantitatif – non industrialisable, qui s’aboutit dans notre métier : ce que chacun fait le mieux. L’échelle humaine est respectée, valorisée, addictive.

L’artisanat est un état d’esprit et un mode de vie (sauvage). Il n’y est plus question de management ou de leadership mais de réalisations personnelles sans compromis, au service du progrès collectif, technique, écologique, artistique et humain.

Nous sommes fidèles à notre sensibilité, et sensibles à la fidélité. Fondamentalement, nous sommes libres et indomptables. Complémentaires.

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L’interdépendance (permaculture)

L’extension, la dilatation de son réseau, c’est la vie. J’active donc mes relations, je cultive mon jardin. Je dispose de mes ressources pour les investir là où ça veut, là où ça prend, là où ça m’aime. Bref, je concentre mon énergie là où ça vit.

Quand l’envie est bien présente, je suis généreux par choix, avec discernement et en l’évoquant souplement : je donne en conscience. Je partage du sens et je rends service. Et je connecte et recycle mes contacts.

Je provoque le contact, j’encaisse les coups et je tire les enseignements des ratés. Je n’insiste pas quand la rencontre ne se fait pas. Je laisse toujours la porte ouverte : les situations évoluent et les gens changent.

Je verrouille mon agenda de rendez-vous fraternels, récurrents et mensuels (amis, collègues et partenaires) : se mouiller, s’écouter, s’entraider, et analyser ensemble nos défis de vie, professionnels et personnels.

Je prends le temps d’organiser la célébration de mes réussites avec gratitude, et avec mes proches, mes clients, mes partenaires. Ensemble. Le temps pour la joie nous est rarement donné, il faut le prendre.

Le repos (jachère)

La capacité passive est au cœur de cette super-efficacité qu’est l’efficience. Là où l’efficacité donne la priorité à l’atteinte des objectifs et risque toujours le passage en force, l’efficience recherche l’optimisation des ressources. Elle est très adaptée aux prototypages simultanés de nouvelles activités.

Les individus hautement créatifs et productifs – artistes et entrepreneurs à forts impacts, prix Nobel, etc. – travaillent peu, mais leurs activités secondaires (repos, loisirs et divertissements) sont pensées et disposées dans l’agenda pour nourrir et régénérer le travail.

Leur rapport au repos est très élaboré, comme la jachère pour le cultivateur raisonné est bien plus active que le simple repos des champs.

Là où les hyperactifs (masculin tracteur) s’épuisent et détruisent de la valeur en ne faisant que donner, voire imposer, l’entreprenant efficient alterne « donner et recevoir », « émissivité et réceptivité », « push et pull. » Il cultive sa capacité passive et savoure son féminin attractif.

Réceptif aux signaux faibles, l’entreprenant reposé peut jouir de son intelligence de contexte, celle qui permet d’activer mystérieusement la « propension des choses » (François Jullien) : le potentiel latent des forces en présence.

L’art de trancher, tailler, élaguer

L’enfant de cuivre, dit Robert Bly, devient un adulte conducteur : une main sur le coeur de son parent instable, l’autre posée au sol, tel un paratonnerre. Il ne s’autorise pas à confronter et se protéger, contrairement à l’enfant de fer qui deviendra un adulte à l’épée tranchant là où il faut, quand il faut.

Le design de vie requiert la même aptitude : orienter son énergie, orienter la sève là où ça veut, là où ça m’aime. Savoir se retirer là où ça ne prend pas. L’adulte total n’existe pas, nul ne coche toutes les cases. Il y a un deuil à faire, et trois contraintes existentielles : l’imperfection, la finitude et la responsabilité.

L’art de la taille, jamais parfaitement maîtrisé, repose sur le « non joyeux » : à quoi je dis oui quand je dis non. Choisir c’est renoncer, et surtout… choisir.

Le respect n’est pas toujours tendre. Les mises au point désagréables aussi sont vitalisantes de nos relations.

La peur et la colère se reconnaissent et s’apprivoisent, pour des actes suffisamment mesurés, expliqués, ou du lâcher-prise, c’est selon.

Après, il faut gérer la « gueulle de bois » du lendemain de la confrontation : culpabilité, remords, scrupules et au final, risques d’auto-sabotage et d’illisibilité comportementale.

L’incertitude et l’humilité

Je propose une « Échelle graduée de la vie » : d’un côté la sécurité, de l’autre la liberté. Plus je déplace le curseur vers la liberté, plus l’insécurité augmente. Plus je mets de sécurité dans ma vie, moins j’ai de liberté.

La santé serait dans de la mobilité sur une vaste zone centrale ? Et à moyen terme, la loi de rééquilibrage dans la nature oblige à travailler une équivalence d’amplitudes dans chaque direction. Plus j’étire en direction de la liberté, plus je vais devoir étirer en direction de la sécurité à un moment ou un autre, et vice versa. (Sauf à me crisper sévèrement dans une posture.)

Les aléas de la vie nous délogent de nos excès de sécurisation. Inversement, trop de liberté trop vite provoque une peur paralysante.

Ce paradoxe est mystérieux, il exige l’humilité, dont l’étymologie renvoie à l’humus, la terre : le sens des réalités, l’enracinement et la patience.

Comment cultiver un rapport suffisamment tranquille à l’incertitude, le grand sujet ? Comment l’agriculteur peut-il dormir alors qu’une tempête peut détruire le travail d’une année ?

Grâce à la neuvième intelligence, existentielle et spirituelle : l’abandon intérieur fait passer de la menace à la grâce (Marion Muller-Colard), vraie source de l’audace.

La fertilité et la moisson

Mon dispositif est-il vraiment fertile ? J’en suis où de mon rapport au succès ? Quelle profondeur d’auto-autorisation à la réussite ? Ai-je repéré mes schémas d’auto-sabotage et d’auto-sacrifice ? Il n’y a rien de plus compliqué que d’amener quelqu’un à choisir la réussite : la réalisation pleine et entière de son souhait profond. L’argent va à ceux qui le respectent. L’économie est globalement à jeu à somme positive (et non à somme nulle) : tous peuvent gagner beaucoup. A minima, la réussite des uns n’est pas volée aux autres !

Soyez-vous même, les autres sont déjà pris, dit Oscar Wilde : trouvez votre positionnement singulier, votre originalité : vous n’aurez pas de concurrents. Détermination, concentration et ténacité font le reste.

L’abondance est un phénomène acyclique pour une TPE ou PME innovante : à cette échelle, on est vite repu. Et l’innovation adresse une communauté informelle de précurseurs, « early adopters » acycliques.

Alors je suis plein de gratitude, je remercie, et je me libère de cette toxine qu’est le sentiment de propriété. Alors taxes et impôts deviennent une contribution naturelle et heureuse : nos talents réunis enrichissent notre peuple et protègent les plus fragiles.

Par

Matthieu Langeard

13 mai 2020 / 14H00
mis à jour le 15 mai 2020
« Accro » à la transformation personnelle, Matthieu a eu, pendant 15 ans, un parcours d’autodidacte dans une banque de réseau le jour, et de psychothérapeute le soir. Il a ensuite réalisé des recherches en psychologie entrepreneuriale au sein des fonds « Talents » d’Axa Investment Managers avant de créer son activité en 2008.
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