Actus#Finance
2 octobre 2020

Après les fintechs, les banques sous la menace des néobanques vertes

Après les startups très orientées sur la technologie, les banques traditionnelles risquent une nouvelle secousse avec l'arrivée de néobanques vertes décidées à rendre la banque militante et transparente pour leurs clients.

La saison bancaire automne-hiver sera plus verte en France avec l’arrivée de trois banques mobiles fondées par des « millenials »: Green-Got, Helios et Onlyone. Grande nouveauté sur le secteur, elles proposeront toutes un compte bancaire payant (6 euros par mois en moyenne) dotés des dernières fonctionnalités technologiques mais avec en prime un engagement environnemental assorti d’une promesse de transparence totale. Toutes promettent que l’argent confié sera cantonné et utilisé uniquement
pour financer des projets respectueux de l’environnement. « L’utilisation opaque des dépôts par les banques aggrave la crise climatique » , déclarait Maeva Courtois, co-fondatrice d’Helios, lors de la présentation à la presse de son « ecobanque » actuellement en phase de test. D’où un sentiment d’urgence à agir pour ces nouveaux banquiers.

« La finance se transforme mais c’est super lent et très peu ambitieux avec des horizons à 20-30 ans pour espérer un vrai changement » , déplore la dirigeante d’Helios, ex-trader algorithmique, prête à se lancer début
novembre avec quelque 8 000 clients préinscrits. Onlyone la talonnera avec un lancement au plus tard fin novembre, selon son co-fondateur Kamel Naït-Outaleb interrogé par le site d’information bancaire MoneyVox. Green-Got, avec aujourd’hui près de 6 000 préincrits, annonce son arrivée pour janvier 2021.

N’ayant pas de licence bancaire — dont l’obtention est soumise à des exigences réglementaires sévères — ces néobanques passent par des sociétés technologiques financières qui leur fournissent des services bancaires clés en main en marque blanche. Onlyone s’appuie sur la fintech Treezor, détenue par Société Générale ; Green-got sur une nouvelle venue, Swan, tandis qu’Helios est adossée à l’allemande Solarisbank, dotée d’une licence bancaire.

Chacune ses promesses

Onlyone se veut le « premier compte à impact positif » basé sur un algorithme maison mesurant l’empreinte carbone de chaque dépense ce qui lui permettra de suggérer des alternatives de consommation à ses clients pour réduire leur impact écologique. Green-Got associera ses clients à un projet de reforestation et proposera uniquement des investissements labellisés Greenfin, centré sur l’économie verte et excluant le nucléaire et les énergies fossiles. Helios veut construire avec ses clients les listes des secteurs à exclure
et à inclure.

Pour garantir l’adéquation entre ses objectifs environnementaux et ses pratiques, la néobanque est devenue société à mission. Chacun brandit ses conseillers : chez Green Got, on évoque le spécialiste de l’environnement François Gemenne; Helios comptera dans son comité de mission, sorte de conseil d’administration, Lucie Pinson, dirigeante de l’ONG Reclaim Finance et Alexandre Poidatz d’Oxfam France.

Aujourd’hui excpetion, demain la règle ?

« On ne peut que se réjouir de ce mouvement« , déclare Lucie Pinson, mais « il va falloir regarder la destination et l’utilisation des fonds » par ces néobanques et s’assurer de leur « autonomie réelle dans la gestion et l’orientation des flux financiers » par rapport à leurs fournisseurs de prestations bancaires, prévient-elle. Cette promesse de clarté n’est pourtant pas nouvelle.

La NEF, première et jusqu’ici seule banque totale éthique en France, âgée de 35 ans, regarde avec circonspection ces nouveaux arrivants.  « Dans un premier temps, cela va être compliqué pour le grand public de savoir où est placé le curseur pour les uns et des autres » , estime Philippe Pascal, responsable marché des particuliers, sollicité par l’AFP. La banque, qui n’a pas de licence bancaire mais espère proposer prochainement un compte bancaire de paiement, « a deux métiers: la collecte d’épargne et l’octroi de financement » sur lesquels elle veut « avoir la main de A à Z » pour garantir la transparence et un circuit court des financements, explique-t-il.

Outre le fait de ne pas avoir un statut coopératif, accordant une voix à chaque sociétaire, ces néobanques vertes « n’ont pas de positionnement sur la dimension ‘sociale’ qui est chère à de nombreuses banques éthiques » , relève la NEF dans une lettre à ses sociétaires. Philippe Pascal constate quoi qu’il en soit un engouement avec sa collecte d’épargne qui « explose des records » en 2020 après une belle année 2019. Il salue l’arrivée de ces nouveaux acteurs qui va amener les « groupes établis à se questionner » .

« Demain on sera l’exception mais on aimerait bien devenir la règle », espère de son côté Maud Caillaux, co-fondatrice de Green-Got, interrogée par l’AFP.