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Arlan Hamilton, l’audacieuse investisseuse déterminée à réduire les inégalités dans la tech

Crédits: Sarah Deragon
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Par Héloïse Pons - 05 novembre 2020 / 14H00

Première femme noire lesbienne à avoir créé un fonds d'investissements aux États-Unis, Arlan Hamilton milite depuis cinq ans pour plus d'inclusivité dans la Tech et l’entrepreneuriat. Portrait.

« Je suis venue pour le gâteau, pas pour les miettes » , rappelle souvent Arlan Hamilton à ses collègues et concurrents. Il faut dire que cette capital-risqueuse a du batailler pour se faire une place dans le milieu de l’investissement, généralement masculin et blanc. Très loin de ce stéréotype, elle est la première femme noire et lesbienne à avoir créé un fonds d’investissements aux États-Unis. Depuis 2015, elle dirige Backstage Capital, dédié aux entrepreneuses et entrepreneurs sous-représentés : les femmes, les personnes noires et LGBT.

L’objectif qui anime cette femme de 40 ans ? Tout faire pour les disparités de financement des startups en investissant dans les entrepreneuses et entrepreneurs à qui on ne donne pas leur chance dans le milieu de la Tech. Et lutter contre les « boys’ club » de la Silicon Valley. L’idée germe dans son esprit en 2012. Arlan Hamilton est alors manageuse sur des tournées musicales, et commence à s’intéresser au monde de l’investissement. « J’ai trouvé ça fou que 90% des fonds de capital-risque allaient à des hommes blancs, alors que, dans le monde réel, l’innovation, l’intelligence et le dynamisme ne sont répartis comme tel » , s’indigne-t-elle. « Si les autres VC peuvent voir cela comme un problème, j’y vois les plus grandes opportunités d’investissement !  »

En témoigne d’ailleurs la composition de son portefeuille : les startuppeurs et startuppeuses y sont à 80% des personnes de couleur, 68% de femmes et 13% de LBGTQ. Aujourd’hui, Backstage Capital compte près de 40 employé·e·s et a déjà investi dans plus de 150 entreprises. Arlan Hamilton travaille aussi avec un réseau de 500 co-investisseur·euse·s porté·e·s par la même cause et a créé en 2018 Backstage Studio, quatre programmes d’accélération à Détroit, Philadelphie, Los Angeles et Londres.

Autodidacte fauchée

« Nous investissons dans diverses industries parce que les entrepreneurs sous-estimés couvrent tous les domaines d’activité » , explique-t-elle. Un des premiers investissements importants de Backstage Capital a été alloué à Healthy Roots, une société de jouets qui lutte contre les normes de beauté de la société sur les jeunes filles de couleur. « Yelitsa Jean- Charles, sa fondatrice, voulait apporter de la diversité dans l’allée des jeux en magasin. Elle n’avait jamais eu une poupée qui lui ressemblait quand elle était enfant, alors elle a développé la poupée Healthy Roots, avec des cheveux bouclés conçus pour être lavés et coiffés comme de vrais cheveux » .

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Autre pépite soutenue par le fonds d’investissements : Promise, une entreprise qui crée des logiciels pour les agences de justice pénale. Des outils qui permettent aux individus de naviguer plus facilement dans le système de justice pénale américain, avec une application fournissant des rappels et supports entre autres. L’objectif est de réduire la récidive, minimiser les coûts, autonomiser les clients et promouvoir la sécurité publique. « Promise croit que les alternatives à l’incarcération peuvent créer des communautés plus sûres et plus fortes » , résume fièrement Arlan Hamilton.

Pour arriver à la tête d’un fonds de 7 millions de dollars, sans réseau ni diplôme, cette afro- américaine a tout donné, jusqu’à ses dernières économies. Des années avant de lancer son projet, elle passait déjà des heures dans les libraires Barnes & Noble à lire des ouvrages sur la finance parce qu’elle ne pouvait pas se les offrir. C’est aussi à coup de podcasts sur l’investissement et de vidéos Youtube et Vimeo qu’elle s’est auto-formée dans sa chambre d’adolescente. « Et, un jour, j’ai eu l’occasion d’assister à un cours à l’Université de Standford (un programme qui a réuni 34 investisseurs en formation pour un atelier de deux semaines, ndlr). J’ai acheté un aller simple pour San Francisco, c’était le moment de lancer mon entreprise » , assène, déterminée, la Texane.

Après quelques jours dans un appartement loué sur Airbnb, elle n’a plus les moyens de payer et se retrouve à la rue. S’enchaînent de longs mois où la capital-risqueuse jongle entre conférences, réseau et réunions avec de potentiels investisseurs le jour, et nuits à dormir sur le sol de l’aéroport de San Francisco.

Persévérance et créativité

Des centaines de mails envoyés, et des centaines de refus en retour… Jusqu’au jour où elle reçoit un SMS de Susan Kimberlin, investisseuse qui a fait ses armes chez Salesforce et PayPal : « J’en suis » . Un chèque de 25 000 dollars plus tard, Backstage Capital est lancé. « Lorsque j’ai rencontré Arlan, j’avais déjà remarqué un manque de diversité dans le secteur de la technologie. J’ai tout de suite vu l’impact positif que pourrait avoir cette initiative sur ces entrepreneurs souvent négligés et les nouveaux produits et services qui pourraient naître sur le marché, s’enthousiasme-t-elle. La seule chose dont Arlan avait besoin pour la rendre réelle était de l’argent, chose que je pouvais lui fournir. »

Convaincue, Susan Kimberlin en profite pour louer les qualités de celle qu’elle a aidé à percer : « Le plus fort chez elle, c’est sa créativité face à l’adversité, elle innove pour contourner les obstacles auxquels elle fait face. La persévérance est probablement ce qui lui a le mieux servie tout au long de sa carrière. Au début de Backstage Capital, beaucoup d’investisseurs lui faisaient faux bond à la dernière minute, ça peut devenir décourageant… Mais elle a toujours continué et travaillé dur pour développer les connaissances, les ressources de son portefeuille d’activités et entretenir son réseau.« 

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Un fonds pour les afro-américaines

Si une autre personne est tout aussi convaincue de la force de caractère d’Arlan Hamilton, c’est bien sa compagne, Anna Eichenauer. « J’admire sa capacité à rester fidèle à ses valeurs, quoi qu’il en coûte. Elle n’abandonne jamais ses opinions, même face à un rejet complet, et c’est grâce à cela qu’elle en est là aujourd’hui » . Un épisode de sa carrière en témoigne d’ailleurs. En 2016, à l’approche des élections, elle n’a pas hésité à tweeter qu’elle n’encouragerait plus les startups à postuler pour l’incubateur Y Combinator, parce que Peter Thiel, l’un de ses partenaires, venait d’affirmer son soutien au candidat Donald Trump. Plus tard, elle a aussi refusé une offre de plus de 250 000 dollars de la part d’un investisseur qui défendait Thiel.

Grand sweater floqué de l’inscription « Black Wall Street » sur le dos, elle préfère investir son temps et son argent dans ce qui lui tient à cœur. Ainsi, en 2018, elle a lancé un fonds de 36 millions de dollars, exclusivement réservé aux entrepreneuses afro-américaines. « Le fonds qu’il était sacrément temps de créer » (it’s about damn time fund, en anglais) comme elle aime à le surnommer, injecte depuis un million de dollars dans chaque projet sélectionné par l’investisseuse.

« Il est vraiment temps »

Dans son livre « It’s about damn time » sorti en 2020, l’afro-américaine revient sur son parcours, de sa vie sans domicile à sa carrière de directrice d’un fonds de capital-risque en Californie.  « Le livre d’Arlan s’adresse à tous les futurs entrepreneurs et rêveurs. Elle apporte une perspective unique qui lui a permis de voir des opportunités que les autres ne perçoivent pas. Son message est simple : ceux d’entre nous qui sont différents peuvent diriger le monde des affaires et personne ne peut nous arrêter » , résume Mark Cuban, milliardaire et homme d’affaires américain.

Et, quand on parle du futur à cette entrepreneuse chevronnée, elle répond, humblement, « je veux continuer à investir, voir plus de fondateurs dénigrés réussir, jusqu’à ce que leur succès ne soit plus sous-estimé » . Plus expansive, sa compagne affirme qu’elle « investira à beaucoup plus grande échelle » . « Elle change le monde tous les jours et continuera de le faire » , assure-t-elle. Quant à Susan Kimberlin, la première à avoir cru en elle et investi dans son projet, elle imagine Arlan dans dix ans « conférencière invitée à la London School of Economics ou en train de gérer sa nouvelle propre cryptomonnaie pour investir dans de nouveaux projets » .

Arlan Hamilton, elle, préfère rester concentrée sur ses problématiques actuelles : « En termes de diversité, nous sommes sur la bonne voie, mais ça ne va pas se faire du jour au lendemain. De nouveaux fonds comme Backstage Capital naissent en ce moment. Cet écosystème va permettre aux entrepreneurs lésés de se faire connaître et de se diriger vers un avenir plus inclusif.« 

Par

Héloïse Pons

05 novembre 2020 / 14H00
mis à jour le 05 novembre 2020
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