Décryptage#medtech
Temps de lecture : 03'30''
29 mars 2021

E-Santé : La France est le pays européen le mieux doté en fonds d’investissement

Selon un recensement réalisé par la société de capital-investissement Karista, la France est le pays d’Europe occidentale qui compte le plus de fonds investissant dans l’e-santé. Le domaine devrait voir son financement conforté dans les pays étudiés en raison de la crise du Covid-19 mais bien des efforts devront être fournis pour rattraper l’Amérique du Nord.

C’est une première. La société française de capital-investissement Karista s’est livrée à un recensement des fonds impliqués dans l’e-santé – qui regroupe les outils numériques et robotiques destinés aux professionnel·le·s de santé – en Europe de l’Ouest. Il s’agissait, pour celle qui dispose d’un véhicule dédié à cette thématique, de faire « une veille pour savoir avec qui co-investir ». Le sous-domaine de la santé numérique reste relativement nouveau sur le Vieux Continent. Le flux de transactions y est majoritairement constitué d’entreprises âgées de moins de 10 ans. Pour rappel, les startups européennes actives dans la santé numérique ont levé au troisième trimestre 2020 près de 2,3 milliards de dollars (2 milliards d’euros) – un chiffre s’approchant du record établi en 2019, avec 2,9 milliards de dollars (2,5 milliards d’euros) investis sur la même période.

Le domaine compte, selon Karista, quelque 626 sociétés à travers l’Europe. Pas moins de 63 % d’entre elles auraient moins de 5 ans. « L’intérêt est récent et il n’y a pas tant d’acteurs que cela par rapport au secteur du numérique en général, explique ainsi à Maddyness Catherine Boule, directrice générale de Karista. Nous avons effectué des études sectorielles et épluché le Web. » Le seul critère pour qu’un fonds apparaisse : avoir réalisé trois investissements au moins dans l’e-santé. « Cela permet de s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un simple hasard. »

27 fonds français, dont 6 spécifiques

Ce « mapping » des 84 fonds européens actifs dans la santé numérique doit devenir un outil pour les startups du domaine qui cherchent à se financer. Karista prévoit de le mettre à jour annuellement. Cette première mouture révèle notamment que la France se place en tête du classement des pays les mieux dotés : 27 fonds y sont basés, dont 6 spécifiques à l’e-santé. Suivi de près par le Royaume-Uni, où l’on recense 24 structures, dont 4 dédiées. « Tous pays étudiés confondus, ces fonds font état d’une capacité d’investissement de 50 millions d’euros en moyenne » , précise Catherine Boule, qui note l’intérêt grandissant des grands comptes pour le domaine. La situation devrait évoluer dans les prochains mois selon la spécialiste.

L’état des lieux réalisé par Karista se veut le miroir de la jeunesse des sociétés du secteur, encore en phase de consolidation. « On constate qu’il existe déjà beaucoup de fonds early stage. La poignée de fonds late stage qui sont en place s’intéressent, pour l’heure, moins à l’innovation. D’autre part, les fonds américains ont encore peu investi dans le domaine » , observe Catherine Boule, qui estime toutefois que ces derniers « vont arriver à mesure que les sociétés vont mûrir ». La crise liée au Covid-19 devrait catalyser les efforts financiers réalisés. « Si la santé numérique est une évidence aujourd’hui, cela n’était pas le cas il y a cinq ans » , assure la directrice générale, citant l’exemple du fonds mis en place par XAnge il y a « seulement quelques mois avec des mutuelles ». Selon l’experte, « les investisseurs ont compris, avec la crise, qu’on peut faire de l’argent sur ce créneau ».

De premières sorties sont imminentes

Pour autant, lever un fonds prend plusieurs mois… voire plusieurs années. « Nous sommes en train d’en monter un nouveau pour investir au-delà de l’early stage, affirme Catherine Boule, qui juge cruciale l’expertise des fonds spécifiques. Bien-être, éducation, solutions médicales… L’e-santé est un secteur très large, qui embrasse plein de sujets. On a parfois l’impression que c’est plus facile que pour la santé ‘normale’, mais ce n’est pas forcément vrai » . 

À en croire la directrice générale, les critères d’investissement diffèrent selon que l’investisseur·euse vienne du numérique ou de la santé. D’où l’importance, aussi, de voir émerger des véhicules qui se saisissent très spécifiquement de ces enjeux – en France, en plus de Karista et XAnge, on note la présence de Bpifrance et Majycc eSanté Invest. Et Catherine Boule d’ajouter : « Une nouvelle ère en matière d’investissement arrive et offrira de grandes opportunités. Les premières sorties dans l’e-santé interviendront très bientôt » , prédit-elle. Mais la marche reste haute pour rattraper l’Amérique du Nord. « C’est le jour et la nuit entre l’Europe et les États-Unis » , affirme ainsi l’investisseuse qui, sans avancer de chiffres, confie sa volonté d’établir un comparatif. Outre-Atlantique, des statistiques sont publiées depuis une dizaine d’années.