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25 juin 2021

L’application Yuka doit faire face à la fronde des charcutiers

La première audience qui oppose le producteur de charcuterie Le Mont de la Coste à Yuka s’ouvre ce 25 juin. Ce procès n’en est qu’un parmi une dizaine d’autres, intentés par des professionnels du secteur, qui dénoncent un "acte de dénigrement" de l'application utilisée par 20 millions de personnes.

Ce 25 juin, au tribunal de commerce de Brive-la-Gaillarde, s’ouvre le procès qui oppose l’entreprise corrézienne Le Mont de la Coste, qui produit la marque Auvernou, à Yuka. l’une des applications françaises les plus utilisées par le grand public. Même Emmanuel Macron a utilisé la notoriété de l’entreprise pour inciter à développer un « Yuka du carbone » . Créée en 2016, Yuka, qui permet de connaître la composition des produits de consommation et de repérer allergènes et substances potentiellement dangereuses mais aussi graisses saturées ou niveau de sucre, revendique 20 millions d’utilisateurs. Le producteur de charcuterie, soutenu par la profession, accuse la startup d’avoir mené contre lui une campagne de dénigrement.

À l’origine de cette fronde des professionnels de la charcuterie : un lien diffusé par Yuka qui renvoie vers une pétition pour réclamer l’interdiction de sels nitrités, affirmant le caractère cancérigène de ces produits. Cette pétition a également reçu le soutien de la Ligue contre le Cancer et FoodWatch.

Problème pour Yuka : ce n’est pas la première fois qu’elle est attaquée sur le sujet. Fin mail, elle a même été condamnée par une décision de justice dans un procès l’opposant à la Fédération française des industriels charcutiers traiteurs (FICT). Le Tribunal de Paris a donné raison aux plaignants et a condamné Yuka à verser 20 000 euros de dommages et intérêts pour « dénigrement » et « pratiques commerciales déloyales trompeuses » , ainsi que 10 000 euros pour rembourser les frais d’avocats.

Julie Chapon, co-fondatrice de Yuka, explique à Maddyness : « Nous faisons appel de cette décision car nous contestons formellement l’analyse du tribunal de commerce de Paris. Nous regrettons que les arguments des lobbies industriels aient primés sur l’information et la défense des consommateurs. Cela peut donner le sentiment que les intérêts économiques des industriels ont primé sur la santé des consommateurs » , rétorque-t-elle tout en citant un rapport parlementaire qui contient la phrase suivante : « il existe aujourd’hui une certitude scientifique : la charcuterie nitrée est cancérigène pour l’Homme » .

Une dizaine de poursuites de producteurs de charcuterie

Ces poursuites ne semblent pas isolées, puisqu’une dizaine de professionnels du secteur -dont ABC et le Mont de la Poste- attaquent également l’application à titre individuel, selon les informations des Échos. Julie Chapon y voit une tentative de faire couler leur initiative : « Certains industriels ont décidé de faire de Yuka leur bouc émissaire. Les procédures judiciaires dont nous faisons l’objet montrent une vraie tentative d’acharnement du lobby de la charcuterie et de certains charcutiers qui, pour des raisons économiques, cherchent à nous empêcher d’informer les consommateurs sur ce qu’ils consomment, précise-t-elle. Nous ne sommes cependant pas étonnés de ces attaques : nous savons que Yuka dérange les lobbies et, depuis le lancement de Yuka, nous savons que nous y sommes exposés« .

Yuka va donc devoir se défendre d’être la cause de la chute des ventes de l’entreprise Le Mont de la Coste, qui incombe à l’application la crainte de ses 80 salariés de perdre leur emploi. Une menace qui ne tient pas selon la co-fondatrice de Yuka, qui ajoute : « proposer des produits plus sains et maintenir l’emploi n’est pas du tout incompatible, d’autant que les références sans nitrites se vendent extrêmement bien grâce à la forte demande des consommateurs » . Elle pourra en tout cas compter sur le soutien de Richard Ramos, député Modem du Loiret et auteur d’un rapport sur la dangerosité des nitrites. « Ils veulent tuer Yuka pour l’empêcher de dire la vérité » , déclame le député à France Bleu. Après cette étape, la startup devra de nouveau aller se battre contre le producteur de jambon ABC, au Tribunal d’Aix-en-Provence.