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15 juillet 2021
école formation
Crédit : la Matrice

Matrice, lieu hybride au service de l’innovation et de l’entrepreneuriat

Anticiper les bouleversements de la société, développer des solutions numériques responsables sans laisser sur le bord du chemin certaines populations et faire sortir l’innovation des centres de recherches : telles sont les ambitions de Matrice, un lieu hybride installé à Paris où l'objectif est de faire collaborer ensemble des profils différents.

Émanation de l’école 42, Matrice – institut d’innovation technologique et sociale – est née avec l’idée d’ouvrir à l’entrepreneuriat les étudiants de 42 mais aussi ceux d’autres écoles et universités. Pensée et créée en 2016 avec l’un des co-fondateurs de l’établissement, Kwame Yamgnane, l’entité a rapidement pris son envol pour devenir une structure autonome juridiquement. À la fois laboratoire, incubateur, organisme de formation et sensibilisateur, l’association Matrice cherche à réunir les talents de différents horizons – entrepreneurs, chercheurs, étudiants, grands groupes, spécialistes, syndicats – pour développer des solutions et des outils numériques et responsables. 

Développer l’entrepreneuriat

L’objectif de la Matrice est clair: développer l’entrepreneuriat. Deux formations sont dispensées dans cette optique: « Impulser », pour les projets d’artisanat d’art, et « Atterrir », pour les projets d’agro-écologie. Un dernier sujet dans l’air du temps, Xavier Niel venant de lancer lui-même Hectar, son école d’agriculture.  « Les agriculteurs sont aussi des entrepreneurs. La misère agricole s’explique aussi par le manque de connaissance sur l’entrepreneuriat. C’est important d’aider les agriculteurs à pouvoir vivre de leur métier »  , se justifie François-Xavier Petit, directeur général de Matrice, installée dans le 15e arrondissement de Paris.

Toujours dans le monde de l’apprentissage, Matrice a également décidé de faire entrer l’entrepreneuriat dans les laboratoires de recherches afin de favoriser l’émergence de solutions issues de la DeepTech, un domaine encore peu exploité en France en termes de produits et trop peu financé par les investisseurs. Un avis partagé par la patronne de la Biotech nantaise Xenothera qui travaille sur un médicament contre le Covid-19. « L’écart entre le monde de la recherche et l’entrepreneuriat est encore important mais cela évolue petit à petit , analyse le directeur général de Matrice. Les chercheurs sont souvent accaparés par des enjeux de publication et de carrière » , ce qui leur laisse peu de temps pour envisager une autre voie.

La structure intervient ainsi auprès des chercheurs pour les sensibiliser au monde de l’entreprise et favoriser, à travers la création de solutions, le transfert de technologie. Un soutien, de l’idéation à la structuration d’une société, est déployé pour les intéressés. 

Un incubateur pour les projets à impact 

L’association a également choisi d’accompagner les entrepreneurs dans leur développement avec son incubateur, Matrice Cube. La structure a déjà vu passer dans ses locaux parisiens cinq sessions d’entrepreneurs et les candidatures sont ouvertes jusqu’au 12 septembre pour la sixième cohorte. C’est le moment de postuler pour ceux et celles qui seraient intéressés. « Il n’existe pas de critères thématiques pour sélectionner les candidats. Le seul point commun que nous recherchons est la prise en compte de l’impact économique, social, culturel dans les projets, pas forcément quand ils entrent chez nous mais quand ils en sortent. C’est leur motivation qui compte » , présente François-Xavier Petit.

Néanmoins, pour être accepté dans  ce cursus, il faut au moins avoir un prototype ou une preuve de concept, le programme étant axé sur la réalisation ou le renforcement du business model, la recherche des premiers clients et de financements. « Nous travaillons également beaucoup sur la partie ressources humaines car une startup qui réussit, c’est avant tout une équipe » . Durant toute la durée de l’incubation, les entrepreneurs ont accès aux locaux parisiens de Matrice où ils participent à des ateliers bi-mensuels, peuvent échanger avec des mentors et assister à des conférences de pair à pairr pour aborder des thématiques très précises comme le financement, le storytelling, la négociation, le démarchage, la communication orale, etc. Le tout pour un tarif de 100 euros par personne et par mois. 

Faciliter la transformation des entreprises et entités publiques

Le fonds de commerce de Matrice se situe aussi et surtout auprès de ses clients, les entreprises en quête de transition. « Les deux tiers de notre budget proviennent du marché et un tiers de subventions publiques via le programme d’investissement d’avenir » , explique François-Xavier Petit. Au sein du Matrice Lab, la collaboration entre étudiants, ingénieurs, philosophes, ergothérapeutes, grandes entreprises est de rigueur pour favoriser la résolution de problèmes.  « L’Assemblée nationale a fait appel à nos services pour gérer automatiquement l’écriture des amendements qui demandent de suivre une trame très précise qui permet la conversion automatique en langage juridique d’un texte écrit en langage naturel. 93% des situations sont gérées par la solution » . 

D’autres structures font appel à ses services comme Peugeot ou encore l’ESA, l’agence spatiale européenne. « Nous avons déterminé le sujet en amont à savoir l’interaction entre les technologies spatiales et les enjeux maritimes et notamment les navires autonomes et intelligents. Des chercheurs, des entrepreneurs et d’autres profils vont intervenir pour discuter de ce sujet et inclure cette notion d’intelligence » , dépeint le directeur général de la Matrice.

Former aux compétences d’avenir 

Dernière entité développée par la structure, l’École Matrice opère des formations à l’entrepreneuriat et des formations gratuites aux métiers du numérique à destination des demandeurs d’emploi et des personnes en reconversion professionnelle. « Nous nous adressons aux demandeurs d’emploi, aux jeunes mais aussi aux personnes en reconversion. L’année prochaine, nous aurons également des programmes destinés à des salariés dont le métier est en train d’être dévoré par le numérique comme les caissiers ou les personnes travaillant aux péages des autoroutes, par exemple, détaille François-Xavier Petit. Ces métiers vont disparaître d’un point de vue numérique, il faut se mobiliser pour ceux qui les exercent et construire avec eux leur emploi futur » . Plusieurs formations sont déjà sur la table : développeur full stack, développeur web front et data analyst avec l’intervention de prestataires externes, d’universités partenaires et de personnels internes. Sur cette formation tech au sens large, 62% des apprentis sont d’ailleurs des demandeurs d’emploi. Le collectif et la pluridisciplinarité sont à la base des formations qui  -selon le cursus choisi – peuvent durer entre 10 et 12 mois en alternance ou à temps complet.

Pour réussir à développer ces nombreux projets, Matrice a levé 1 million d’euros l’an dernier auprès de INCO et Novess, deux fonds à impact tournés vers l’ESS.