Décryptage#maddykeynote
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14 septembre 2021
Jean-Louis Etienne, médecin-explorateur à la Maddy Keynote 2021.

Polar Pod, le bateau vertical de Jean-Louis Etienne pour explorer l’océan Austral

Le médecin explorateur Jean-Louis Etienne repartira en expédition dès la fin 2023 dans l’Océan Austral à bord de son invention, le Polar Pod. Lors d’une intervention à la Maddy Keynote, il est revenu sur son innovation.

Il est connu pour ses expéditions pédagogiques de découverte des régions polaires. À travers elles, Jean-Louis Etienne tente de comprendre au mieux leur rôle sur l’environnement et le climat sur Terre. Le médecin explorateur a en effet participé à des voyages en Himalaya, au Groenland, en Patagonie, mais aussi à la course autour du monde à la voile sur Pen Duick VI avec Eric Tabarly. En 1992, il a aussi mené une expédition internationale et fait une traversée de l’Antarctique. À 74 ans, Jean-Louis Etienne est encore plein de projets. À l’occasion de la Maddy Keynote, il est revenu sur sa nouvelle invention, le Polar Pod, et sur les ambitions qui se cachent derrière. 

Cap sur l’Océan Austral 

Le défenseur de la planète revient en effet avec une nouvelle innovation, et pas des moindres, puisqu’il s’agit d’un navire vertical dont l’objectif est d’étudier les zones lointaines et difficiles d’accès. En ligne de mire ? « L’Océan Austral, puisque très peu de navires y vont… Il y a un vrai besoin de mesures in situ, de s’installer sur le long terme sur cet océan pour mieux le comprendre », explique l’explorateur. 

Mais alors comment construire un engin assez solide pour supporter un tel projet ? « Les bateaux posés à la surface de l’eau bougent et ne tiendraient pas les vagues », explique Jean-Louis Etienne. C’est pourquoi le Polar Pod, qui sera construit l’année prochaine, aura 80 mètres de tirant d’eau – hauteur de la partie immergée du bateau – pour stabiliser l’appareil et échapper aux vents de la mer. Ce bateau vertical comportera une partie habitable pour les 8 passagers – des marins et des chercheurs principalement – qui seront à son bord, d’une taille de 20 mètres de haut. Avec un poids total de 1000 tonnes – dont 150 tonnes de lest au fond de cette impressionnante machine -, le bateau n’est ni motorisé ni équipé de groupe électrogène. Il est équipé de 6 éoliennes et se présente comme un bateau zéro émission. « Il est donc amené à l’horizontal puis lâché une fois arrivé au départ de la zone d’étude, pour le passer en position verticale », précise Jean-Louis Etienne. 

Et si l’Océan Austral est visé, ce n’est pas pour rien. « C’est un énorme océan d’eau froide, il apporte donc une compensation thermique à la chaleur des océans tropicaux, poursuit l’explorateur. Et c’est aussi le principal puits de carbone océanique, et donc un élément phare dans la régulation du climat ! ».

L’océan, un régulateur du climat à explorer

À travers cette nouvelle expédition, prévue pour fin 2023 ou début 2024, l’équipe à bord travaillera sur plusieurs projets. Parmi eux, l’idée est notamment de mesurer les échanges entre atmosphère et océan et d’en savoir plus sur le rôle de cette immense étendue d’eau dans la régulation du climat. L’expédition permettra également de valider des mesures satellites pour des agences spatiales comme la Nasa. « Enfin, nous allons aussi installer des micros sous l’eau, ce qui nous permettra, en les écoutant, de repérer les espèces en présence et d’établir un inventaire plus précis de la faune » , s’enthousiasme le médecin. 

Et, s’il aura près de 80 ans au moment de l’expédition, impossible pour Jean-Louis Etienne de ne pas prendre part à l’aventure. « Pendant trois ans, l’ambition est de faire deux fois le tour de l’Atlantique, résume-t-il. Et j’aimerais être présent au moins deux mois sur chaque océan pour vivre pleinement cette aventure et sur cette innovation, qui constitue une véritable audace technologique ! ».