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22 novembre 2021
Crédit : Shahadat Rahman

Le laboratoire LaborIA va évaluer l’influence de l’intelligence artificielle sur le travail

Un laboratoire de recherche, LaborIA, a été lancé vendredi, sous l'égide du ministère du Travail, pour mieux cerner les effets, encore mal connus, de l'intelligence artificielle (IA) sur les conditions de travail, le recrutement ou encore les compétences.

D’une durée de 5 ans, ce programme, fruit d’une convention entre le ministère du Travail et l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria), sera opéré par l’institut d’innovation Matrice, incubateur de startups et formateur de demandeurs d’emploi au développement web et au traitement des données. « Le but est de tester concrètement des intelligences artificielles en contexte de travail: transformation des carrières et du recrutement, outillage du dialogue social, automatisation de tâches et évolution des emplois, impact sur les faibles niveaux de qualification » , a expliqué son directeur François-Xavier Petit lors de sa présentation.

Le programme se déroulera en trois phases : construction d’un baromètre sur l’intelligence artificielle au travail sur la base d’une enquête réalisée auprès d’entreprises entre novembre 2021 et avril 2022; formalisation avec les entreprises de projets concrets; lancement fin 2022 d’expérimentations de six mois qui permettront de faire des recommandations pouvant être étendues à d’autres entreprises. Lors d’une table ronde, les différents intervenants ont insisté sur l’importance que l’utilisateur comprenne « les valeurs sur lesquelles a été conçu l’algorithme« , qui peut « imposer des modes de management » ou « brouiller des pistes entre l’humain et le non humain » .

S’interroger en amont

Face à l’explosion de la quantité de données, l’intelligence artificielle est déjà utilisée dans de nombreux secteurs économiques ou par certains acteurs publics comme à Pôle emploi. « Mais les utilisateurs finaux doivent y trouver un sens », par exemple, « les médecins ont besoin de comprendre comment la donnée va améliorer la prise en charge thérapeutique, sinon elle n’a aucune valeur » , a souligné Salima Benhamou, qui suit ces questions à France Stratégie. Sociologue à l’Icam, Yann Ferguson a mis en garde contre la reproduction par l’algorithme « des biais liés à la communauté qui a construit le code » ou « liés au jeu de données transmis par l’entreprise » . Et « le risque de perte d’expertise ou de sens critique si lui on fait une extrême confiance » . « L’IA pose des tas de questions dans le domaine du travail, c’est vertigineux. Mais c’est mieux de rechercher les enjeux en amont que d’en découvrir les effets à posteriori » , a conclu la ministre du Travail Elisabeth Borne.