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Temps de lecture : 04'35''
8 décembre 2021

2021 est encore un mauvais cru pour la diversité dans la Tech européenne

Le nouveau rapport « State of European Tech », publié chaque année par le fonds Atomico, souligne, une fois de plus, le manque de diversité et d’inclusion dans l’écosystème des startups de la Tech en Europe.

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« Les hommes du nom de « John » ont levé plus de fonds que les femmes noires au Royaume-Uni », se désole Rachel Corson, cofondatrice d’Afrocentrix, une startup qui commercialise des produits pour cheveux crépus et frisés et a levé plus d’un million d’euros auprès de Google cet été. « Je vois beaucoup de paroles, mais pas beaucoup d’action. Pensez aux percées qui ne se sont jamais produites car des fondateurs talentueux n’ont pas pu augmenter leur capital en raison de leur couleur de peau… La prochaine génération se penchera sur les inégalités de financement de la même manière que nous regardons aujourd’hui la ségrégation et d’autres folies de ce genre. Le changement est en marche, mais il doit s’accélérer », explique l’entrepreneuse dans le dernier rapport annuel publié par le fonds Atomico. 

Dans les chiffres, « The State of European tech 2021 » révèle que seulement 9,9% du capital total levé en Europe cette année est allé vers des équipes fondatrices féminines et mixtes. Pour rédiger ce rapport et récolter des données fiables en termes de diversité ethnique notamment, Atomico s’est associé à Extend Ventures, une organisation à but non lucratif pour diversifier l’accès au capital, et à la base de données Dealroom. Le fonds d’investissement a utilisé un échantillon de près de 5 000 entreprises de la tech européenne qui ont levé 2 millions de dollars ou plus depuis le début de l’année 2020.

Si le rapport note l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs et entrepreneuses plaçant l’impact social et climatique au coeur de leur mission, il révèle néanmoins que, sur le montant total des fonds levés par les startups de cet échantillon, seulement 1,3% sont allés vers des équipes composées uniquement de fondateurs et fondatrices issus de minorités ethniques.

« L’écosystème est conscient de la nécessité d’améliorer la diversité et l’inclusion, mais a encore beaucoup à faire pour y parvenir, résume l’étude. Débloquer cet accès à l’écosystème pour des fondateurs plus diversifiés reste un défi majeur pour la technologie européenne, car la discrimination reste une considération clé dans toute l’Europe ». Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : 38% des femmes et 56% des personnes interrogées issues des minorités ethniques travaillant dans une entreprise tech en Europe disent avoir été victimes de discrimination au cours des 12 derniers mois.

Côté parité, le problème du financement se fait aussi largement ressentir. Alors que le montant des fonds levés par les équipes féminines et mixtes a augmenté, il a diminué en revanche en proportion du financement total. « En 2021, 1,1 % des capitaux levés au total sont allés à des équipes fondatrices entièrement féminines et 8,8 % à des équipes fondatrices mixtes », rapporte le fonds Atomico, qui ajoute: « Si l’on examine le nombre total de transactions, la part captée par les équipes fondatrices entièrement masculines reste également largement inchangée au cours des cinq dernières années ». 

« Nous devons poursuivre nos efforts pour exploiter pleinement la diversité de l’Europe en termes de genre, d’origines culturelles et géographiques, insiste Jean-David Malo, directeur du Conseil européen de l’innovation (EIC), dans le rapport. Il existe encore un potentiel inexploité dans toute l’Europe ». Selon Karl Lokko, président de Black Seed, plus sévère sur le manque d’engagement « d’une grande partie de l’écosystème » sur ces questions, « les fondateurs noirs sont fondamentalement sur-encadrés et sous-financés. Le capital-risque n’a tout simplement pas encore fait son chemin vers eux. 88 % des fondateurs noirs au Royaume-Uni autofinancent au moins une partie de leur entreprise. (…) Le cadran n’a pas bougé de manière significative ».

Même constat pour Eric Collins, PDG et Partner d’Impact X, qui s’étonne que le tour de table de 85 millions de dollars qu’a effectué la startup Marshmallow cette année ait « doublé l’investissement total en capital-risque qui a été consacré aux entreprises britanniques dirigées par des Noirs au cours des 15 dernières années ». 

Dans un contexte concurrentiel de pénurie et de guerre des talents entre les startups de l’écosystème tech européen, l’enjeu de la diversification des profils représente une opportunité pour les startups. Pourtant, quand Atomico demande aux fondateurs de startups – qui sont à 85% des hommes – les leviers qu’ils activent pour attirer les talents, l’accent mis sur la diversité ne figure pas en bonne place sur la liste des priorités. Seulement 11% des répondants affirment avoir changé leur manière de recruter pour attirer des profils aux origines ethniques plus diverses.

« 68 % des femmes et 61 % des hommes pensent que l’écosystème n’a pas réussi à améliorer les opportunités pour les données démographiques sous-représentées au cours de la dernière année, avance le rapport. 86 % des personnes non binaires, 63 % des femmes et 50 % des personnes de couleur estiment qu’il n’offre pas l’égalité des chances à leurs groupes ». 

« Pour développer mon entreprise dans les années 1960, je devais devenir « Steve Shirley » et déguiser la vraie nature de ma main-d’œuvre entièrement féminine ! Des progrès ont été faits depuis, mais beaucoup reste à faire, prévient Stéphanie Shirley, femme d’affaires précurseuse dans le secteur de l’informatique. Je suis arrivé au Royaume-Uni en juillet 1939, alors que l’Europe était au bord de l’effondrement. Il est presque incroyable de la voir telle qu’elle est aujourd’hui, une plaque tournante florissante de l’entrepreneuriat. Nous bénéficions désormais d’une reconnaissance de classe mondiale bien méritée et, pour poursuivre cette trajectoire, nous devons uniformiser les règles du jeu pour les personnes de tous les horizons ». 

Le rapport est ferme : les barrières sont encore bel et bien installées pour celles et ceux, femmes ou issues de groupes sociaux sous-représentés, qui veulent se lancer et réussir dans l’aventure entrepreneuriale. « Nous avons besoin de plus de femmes qui signent les chèques, de plus de femmes qui prennent les décisions, avertit Michelle Kennedy, fondatrice de Peanut. Avis aux fonds : Si votre pipeline n’est pas diversifié, supprimez-le et recommencez, la diversité des fondateurs est là si vous la recherchez ». 

Article écrit par Heloïse Pons
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