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21 décembre 2021
Karista
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Que font les fonds ? Le portrait de Karista

Dans le paysage de plus en plus foisonnant de l’investissement, les fonds se multiplient… et ne se ressemblent pas. Parce qu’une levée, ce n’est pas simplement encaisser de l’argent, nous avons décidé de brosser le portrait des fonds pour aider les entrepreneurs à s’y retrouver et à choisir le bon investisseur. Au tour de Karista.

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Que font les fonds ? Le portrait de Karista
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Elle s’est imposée comme un acteur incontournable du capital-investissement français. La société de gestion Karista, qui a soufflé ses 20 bougies le 17 décembre 2021, a évolué au fil des années pour progressivement élargir son spectre d’action. Celle qui a levé quelque 220 millions d’euros depuis sa création a, jusqu’ici, accompagné 95 sociétés innovantes, principalement dans les domaines du numérique et de la santé. Karista a ainsi réalisé son dernier closing en 2018, afin d’alimenter son fonds éponyme doté de 50 millions d’euros. « Nous en sommes à la moitié du déploiement, soit 8 sociétés sur un total de 16 que nous souhaitons accompagner » , explique Catherine Boule, sa directrice générale, qui précise investir en amorçage et en série A. À l’heure actuelle, 70 % des investissements sont réalisés en France et 30 % dans le reste de l’Europe de l’Ouest. Un équilibre amené à perdurer.

Investir de 500 000 à 5 millions d’euros

Le fonds principal est financé par Bpifrance ainsi que par de grands groupes, à l’image de l’expert de l’électroménager et de l’équipement médical néerlandais Philips. Karista est, en effet, un acteur privilégié en matière d’e-santé en France. La société de gestion met à jour, chaque année, une cartographie des fonds d’investissement actifs dans le domaine. Elle même investit des tickets compris « entre 500 000 et 5 millions d’euros » dans des startups qui répondent à ses critères. « Nous aimons les solutions qui se trouvent à la croisée des chemins entre le numérique et la santé et qui s’appuient sur une équipe pluridisciplinaire » , indique Olivier Dubuisson, président, qui affirme également se pencher sur « le profil des fondateurs, la profondeur du marché potentiel et la propriété intellectuelle » de la société candidate. Le plus souvent, il s’agit de « repérer une niche susceptible de s’ouvrir » d’après l’investisseur, qui assure que « les dossiers les plus complexes sont plus risqués, mais aussi plus innovants ».

Au centre de la décision d’investissement : la capacité d’écoute des dirigeants, car Karista s’implique dans les sociétés qu’elle accompagne. « Nous sommes représentés au conseil d’administration, assez classiquement. Mais nous organisons aussi très régulièrement des réunions en dehors, au sujet d’éventuels refinancements ou de décisions stratégiques » , pointe Olivier Dubuisson. En fait, c’est une forme de groupe de réflexion qu’a mis en place Karista en lien avec ses financeurs. « Nous rassemblons nos LPs dans un think tank visant à débattre de la numérisation de la santé. Nous analysons les facteurs clé de réussite, les grandes tendances du secteur » , confie ainsi le président. De quoi aiguiser ses décisions d’investissement et encadrer le suivi opérationnel des startups en portefeuille. Le dispositif est complété par un partage continu d’expériences entre les dirigeants de ces dernières.

Parmi les startups qui ont profité d’un investissement de la part de Karista figurent l’expert de la télésuivi médical Implicity, ainsi que ceux de l’intelligence artificielle pour l’imagerie médicale Incepto ou de la prévoyance santé BabySafe Solutions. « Après le premier investissement, l’expérience montre qu’il faut réinvestir au fil des tours. Nous sortons à l’occasion d’une fusion-acquisition ou entrée en Bourse » , détaille Catherine Boule, qui précise justement avoir réalisé « entre 25 et 30 exits » depuis la fondation de la société de gestion. La sortie la plus emblématique étant celle de DBV Technologies, spécialiste des solutions de diagnostic et traitement des allergies alimentaires, aujourd’hui coté en Bourse et valorisé à 2 milliards d’euros en 2014. Karista indique aider ses sociétés en portefeuille à s’internationaliser. Une mission complexe, « l’organisation des système de soins varient » d’un marché à l’autre, ce qui complique la tâche des jeunes entreprises innovantes à travers l’Europe.

Une ouverture vers les technologies spatiales

Une quinzaine de personnes travaillent pour la société de gestion, qui recrute des profils à la fois scientifiques et managériaux. Sa directrice générale est, par exemple, biologiste de formation mais a ensuite passé un MBA (master in business administration). « L’équipe comprend huit investisseurs et deux venture partners. L’un d’entre eux se trouve à Londres (Royaume-Uni), un autre à Munich (Allemagne) et le reste de l’équipe à Paris » , expose Catherine Boule, expliquant réfléchir à l’opportunité d’ouvrir un bureau à Toulouse. La ville rose présente ainsi un intérêt tout particulier pour Karista, qui a lancé courant 2021 un fonds dédié au newspace après avoir remporté un appel d’offres émis par le Centre national d’études spatiales (Cnes). Nommé CosmiCapital, ce dernier a réalisé un premier closing à 38 millions d’euros en août. « Nous allons financer des opérations upstream [fabrication et envoi de satellites dans l’espace, N.D.L.R.] et downstream [exploitation des données recueillies par les satellites, N.D.L.R.]. »

Ce fonds reprend la thèse d’investissement de son équivalent dédié à la santé numérique, à savoir que 70 % des investissements auront lieu en France et que les tickets s’étaleront de 500 000 à 5 millions d’euros. « Le Cnes abonde le fonds, mais aide également à sélectionner parmi les technologies proposées afin de permettre à l’équipe d’investissement de prendre une décision. Nous avons déjà reçu quelques 700 candidatures, et deux premières opérations seront annoncées au premier trimestre 2022 » , indique Olivier Dubuisson, qui raconte aussi avoir noué un partenariat avec l’Agence spatiale européenne (ESA) et dédié une équipe de trois personnes – parmi les 14 travaillant pour Karista – à ce sujet. Un second closing se prépare déjà pour 2022, dans le but de « doubler la capacité d’investissement » de CosmiCapital. À noter que la société de gestion n’était pas étrangère au secteur du spatial, puisqu’elle avait déjà investi dans la startup Exotrail – qui développe notamment des systèmes de propulseurs pour les satellites – dans le cadre de son fonds principal.

Karista, qui opère également le fonds local Paris Region Venture Fund depuis 10 ans pour le compte de la région Île-de-France, affirme ne pas manquer de projets pour la nouvelle année. Elle prépare la prochaine génération de son fonds principal, dédié à l’e-santé, avec une volonté de le rendre encore « plus européen en consacrant la moitié des opérations à la France et l’autre moitié aux autres pays de l’Union européenne ». La société de gestion, qui revendique passer « d’un fonds francilien à national puis européen » , avance ne pas vouloir aller au-delà de cette ambition qui l’amènera aussi à « sortir du tout-amorçage » pour investir en série B dans les cas où elle maîtrise bien son sujet. « Nous serons très actifs en 2022, avec trois fonds à déployer et un autre à lever » , prévient ainsi Olivier Dubuisson.

Article écrit par Arthur Le Denn
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