Décryptage#edtech
Temps de lecture : 05'05''
28 janvier 2022

Après son rachat, Leka rebondit et parvient à lancer son robot éducatif

En 8 ans d’existence, la startup Leka s’est fait de nombreuses frayeurs. Récit de la résilience d’une jeune pousse qui a bataillé pour commercialiser sa solution ludo-éducative.

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Republication du 9 décembre 2021

Si, en 2019, on avait dit à Ladislas de Toldi, CEO de Leka, alors en redressement judiciaire, que deux ans plus tard, sa startup commercialiserait 1 000 de ses petits robots pour des enfants atteints d’un handicap, il aurait eu du mal à y croire. Et, pourtant, c’est ce qu’il s’est passé. « Après une période d’angoisse et de tumultes, on a enfin connu un alignement des planètes et on a pu reprendre notre souffle », se souvient le fondateur de la startup. 

Leka, c’est ce petit robot sphérique qui allie jeu et éducation pour développer l’éveil d’enfants en situation de handicap moteur, présentant des troubles du spectre de l’autisme ou porteurs d’une trisomie 21. Interactif, ce compagnon électronique est associé à une application sur iPad proposant un contenu pédagogique évolutif pour travailler les interactions sociales, les capacités cognitives et la mobilité fine et globale grâce à la stimulation sensorielle. Et ce projet a échappé de près à la faillite.

Difficultés de production

Créée en 2014, la startup réussit au départ à lever quelques fonds auprès de business angels et à travers une campagne de crowdfunding. « Cela nous a permis de développer le produit et le contenu éducatif », explique l’ancien CEO de l’entreprise. Mais voilà, après deux ans d’existence, l’industriel chargé de produire les petits robots n’arrive pas à sortir les produits demandés, fait des promesses non tenues et demande le double de l’argent déjà investi pour la phase d’industrialisation. « On savait qu’il était difficile de réaliser un produit physique, mais c’était quand même un vrai coup dur. On a donc vendu fin 2017 quelques versions Alpha de Leka pour survivre un an et demi de plus ». 

Mais le problème du financement se repose rapidement. « On n’arrivait pas à attirer des fonds d’investissement, qui comprenaient l’usage et l’intérêt de notre produit, mais ne percevaient pas à qui ils pourraient bien nous revendre au bout de cinq ans », se souvient Ladislas de Toldi. Rapidement, les commandes se multiplient, mais la production pêche et ne suit pas, par manque d’argent. 

Redressement judiciaire

À la fin de l’année 2018, Leka est en cessation de paiement puis placée en redressement judiciaire. Comme un appel au secours, Ladislas de Toldi publie une vidéo sur LinkedIn « puisqu’il ne nous restait qu’un mois et demi pour trouver un investisseur ou un repreneur ». Là, les réactions de soutien abondent, sa publication reçoit plus de 4 000 likes, comptabilise 400 000 vues et Leka commence à échanger avec des acteurs charmés par le projet. 

« APF France Handicap avec qui on échangeait déjà, s’est tout de suite montré intéressé », se rappelle l’entrepreneur. Et l’Association des paralysés de France, qui milite pour l’égalité et le libre choix du mode de vie des personnes en situation de handicap, présente un atout majeur aux yeux de Leka : elle dispose d’une usine de production du côté de Strasbourg. « On était traumatisé de notre mauvaise expérience avec le premier industriel avec qui on travaillait, alors cette usine intégrée à l’association, c’était le graal, l’ouverture de toutes les portes : le savoir-faire, une expertise handicap à la pointe et le moyen pour fabriquer le produit sereinement, explique Ladislas de Toldi. En trois semaines, on a reçu l’offre et on l’a acceptée. Tout le monde était abasourdi ». 

Côté APF France Handicap, Leka représente aussi une belle opportunité : produire ses propres produits à destination des publics handicapés. « Avec le Tech Lab, notre hub d’innovations technologiques, nous mettons beaucoup d’énergie à identifier des startups innovantes qui contribuent à rendre la société plus inclusive grâce aux nouvelles technologies, explique Serge Widawski, directeur de l’association. Nous avons tout de suite voulu mettre à disposition de Leka une forme de stabitilité, mais aussi leur ouvrir l’accès à nos partenaires, nos moyens humains et nos connaissances. Ce rachat nous a aussi permis d’avancer sur une autre de nos ambitions : accentuer notre expertise sur l’autisme et s’acculturer à de nouvelles formes de handicaps ». 

1000 robots en vue

Devenu chef de projet au sein d’APF France Handicap, Ladislas de Toldi continue de chapeauter le projet Leka au sein de l’association. Un choix qu’il ne regrette vraiment pas. « Ce rachat a sauvé Leka, et on est très fier de pouvoir lancer officiellement notre produit à destination des professionnels de santé aujourd’hui ». Commercialisé au prix de 2490 euros, ce robot n’est pas encore proposé en BtoC aux parents, « puisqu’il est encore trop cher et ne doit pas remplacer un suivi médical, mais l’accompagner ». Cependant, une formule par abonnement est envisagée pour les familles à l’horizon 2022 ou 2023.

Mais de nouveaux nuages pourraient de nouveaux traverser le paysage maintenant apaisé de Leka : la pénurie de composants. « Nos experts ont vu l’orage venir et ont bien anticipé le problème, explique, serein Ladislas de Toldi. Nous avons déjà sécurisé de quoi produire 1 000 robots cette année, et avec un plastique 100% français tout droit venu des Vosges ». Pour les composants qui n’ont pas pu être implémentés, « puisqu’on ne fait pas le poids face à un producteur de xBox ou de Playstation, qui utilise les mêmes que nous pour les manettes notamment », la startup affirme faire preuve d’agilité et les remplacer ou détourner le problème « par l’ajout de fonctions annexes ». « Le problème a été très vite placé en haut de notre cahier des charges pour être géré rapidement », poursuit l’entrepreneur. 

Cap sur le Qatar

En continuelle amélioration, « les équipes développement se réunissent tous les 15 jours », le produit est pensé pour survivre à ses évolutions. « On ne va pas sortir une V2 qui rendra la V1 obsolète, assure Ladislas de Toldi. On a implémenté dès le départ des fonctions et activités qui vont s’allumer au fur et à mesure de la vie et du développement du robot ». Forte de son rebond, la startup affirme faire face à de fortes demandes, et Serge Widawski anticipe déjà « le risque d’être dépassé par le succès et de rencontrer, d’ici un an, un vrai risque de pénurie de pièces cette fois-ci ». Pour avoir un temps d’avance, Leka commande très en amont certains produits, comme les batteries, dont elle attend déjà 1000 pièces pour 2022 et 1500 autres pour l’année suivante.

Le directeur d’APF France Handicap en est convaincu : l’association sera le tremplin pour propulser le petit robot Leka à l’international. « Si nos prototypes sont déjà présents dans 12 pays, on peut imaginer Leka dans une vingtaine de pays d’ici cinq ans », ambitionne Serge Widawski. Il reste donc quelques années à l’équipe de développement pour apprendre à Leka, aujourd’hui bilingue français-anglais, à parler allemand, espagnol, mais aussi arabe, « car on reçoit une très forte demande des pays du Qatar, révèle Ladislas de Toldi. Ils ont longtemps dissimulé la gestion des handicaps, mais ces pays cherchent aujourd’hui à rattraper leur retard à toute allure, et seront bientôt prêts à nous acheter nos robots par centaines ».

Article écrit par Heloïse Pons
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