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18 mars 2022
Crédit : Robo Wunderkind

EdTech : « Le diplôme à vie est fini ! »

Educapital annonce un nouveau véhicule d’investissement de 100 millions d’euros (150 millions d’euros à terme) pour poursuivre ses investissements dans les startups de l’EdTech et du futur du travail, du seed à la série B.

Lunii, 360Learning, PowerZ, Livementor…En 5 ans, Educapital a investi les 47 millions d’euros de son premier véhicule dans une vingtaine de startups qui utilisent la « technologie pour faire évoluer le monde de l’éducation » . Avec ce fonds spécialisé, Litzie Maarek et Marie-Christine Levet, ses fondatrices, ne veulent pas se limiter à une seule verticale de ce vaste marché. « Nous cherchons des entreprises qui résolvent un problème sociétal important, ont déjà un market fit, cherchent à changer d’échelle et ont le potentiel d’aller à l’international » , expliquent les deux investisseuses à Maddyness.

Pour sélectionner les pépites de son portefeuille, Educapital associe critères financiers et extra-financiers. « Nous avons développé notre propre méthode » prenant en compte l’accessibilité, le nombre de personnes formées, l’inclusion, l’amélioration de l’apprentissage, etc. Les startups sélectionnées bénéficient d’un ticket compris entre 150 000 à 5 millions d’euros afin de financer des tours de table du seed à la série B avec une concentration sur la série A. 

Dopé par la pandémie, les 500 startups du secteur des EdTech ont généré 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires en cumulé selon une étude. Ce dynamisme a permis à Educapital de lancer un second véhicule, de 100 millions d’euros, avec l’objectif de suivre la même direction que son prédécesseur.

L’éducation, accessible à tous 

Un peu boudées par les investisseurs et le monde de l’éducation jusqu’ici, les EdTech répondent pourtant à des défis majeurs, explique Marie-Christine Levet. En voici quelques-uns : 

  • La pénurie de professeurs, prévue pour 2030;
  • L’adaptation de l’apprentissage aux usages de la Gen Z qui s’informe essentiellement sur Youtube;
  • La réduction des inégalités du système éducatif;
  • La différence entre les compétences acquises à la sortie des études et les besoins une fois l’arrivée réalisée dans le monde du travail.

« Le numérique permet de faire baisser le coût de l’éducation mais aussi de personnaliser les formations grâce à l’intelligence artificielle et de développer de nouveaux systèmes d’apprentissage avec la réalité virtuelle » , par exemple. L’application DigiSchool offre ainsi une solution de révision et d’apprentissage des langues pour un abonnement à 8 euros par mois. Bien moins coûteux qu’un cours particulier. Ou encore Labster qui permet de découvrir les sciences à travers un laboratoire virtuel. 

La pandémie, un sursaut 

Avec la pandémie, le paysage de l’EdTech a bien changé. Du jour au lendemain, élèves, collégiens, lycéens et professeurs ont dû pour les uns apprendre à étudier et pour les autres transmettre le savoir à distance. Un phénomène brutal qui a mis en exergue le retard pris par la France dans la numérisation de l’éducation et de l’Education nationale. 

« Les professeurs et les élèves ont expérimenté ces produits technologiques même s’ils n’étaient pas formés pour. On a gagné entre 5 et 10 dans l’adoption des usages. La pandémie a eu un effet catalyseur » , estime Marie-Christine Levet. Cette « adoption » sur le tas a finalement engendré « un changement dans les mentalités et une prise de conscience sur la nécessité d’investir dans ce domaine pour avoir des outils de qualité » . Une partie des investissements du programme France 2030 seront fléchés vers ce secteur. Mais cela ne suffira pas. 

« Maintenant il faut une ouverture des marchés de l’éducation nationale aux EdTech, ce qui n’est pas encore le cas. Il faut donner plus d’autonomie aux chefs d’établissement en créant un CPF pour les établissements, une plateforme permettant de trouver tous les services et outils proposés par les EdTech ainsi qu’un chèque numérique pour que chaque établissement puisse choisir ceux dont il a vraiment besoin »

« L’éducation est un enjeu de souveraineté, il faut investir si on ne veut pas dépendre des GAFAM ou de Twitch » , insiste, comme pour convaincre, Marie-Christine Levet. 

Le futur du travail dope l’EdTech 

La pandémie n’a pas seulement chamboulé le système éducatif mais aussi le monde du travail et, avec lui, celui de la formation, des modes de travail et des relations. Un phénomène qu’Educapital avait senti venir et qui l’a poussé à élargir encore, un peu plus, son spectre d’investissement. « Nous avons intégré le Futur of Work à notre thèse d’investissement avec quelques financements effectués dans notre premier fonds qui nous poursuivrons sur ce secteur dans le second » , reconnaît Marie-Christine Levet. On peut citer la présence de Livementor, Fourth Rev Chance, ou encore 360Learning dans son portefeuille.

« Cette thèse d’investissement est particulièrement pertinente aujourd’hui, avec l’installation du télétravail de manière pérenne et les profonds bouleversements qui touchent les salariés » . Les sociétés doivent investir dans de nouveaux outils, repenser leur process pour conserver le lien entre les équipes et assurer la fluidité des communications et des échanges. « Le capital humain est essentiel, les entreprises doivent assurer le bien-être de leurs collaborateurs » . Pour garder leur talent, elles doivent établir de véritables politiques RH pour permettre à leurs salariés de se développer dans l’entreprise, d’être coachés et de pouvoir s’engager. 

Le CPF (compte personnel de formation) a également joué un rôle majeur dans ces mutations. « Son évolution a eu un effet boule de neige. Les salariés disposent d’un compte en euros et peuvent financer les formations qu’ils souhaitent » , rappelle Marie-Christine Levet. Ce qui leur a permis de reprendre le pouvoir sur leur vie professionnelle et d’en être davantage l’entrepreneur, ce qui se traduit aujourd’hui par la multiplication des métiers au cours d’une vie et même de statut : entrepreneur, salarié, freelance. 

Cette tendance devrait s’accroître estime Marie-Christine Levet. « Le diplôme à vie est fini ! Il faudra se former tout au long de sa vie. Les gens vont alterner, formation, entrepreneuriat, salariat. On entre dans l’ère de la micro-certification avec des certifications réalisées en ligne, sans avoir à quitter son emploi, afin de multiplier son panel de compétences et de favoriser son employabilité” , analyse l’investisseuse.