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26 septembre 2022

Que Font Les Fonds ? Le portrait de Phiture, le premier fonds tech 100 % philanthropique

Dans le paysage foisonnant de l'investissement, les fonds se multiplient... et ne se ressemblent pas. Parce qu'une levée, ce n’est pas simplement encaisser de l'argent et une bonne occasion de communiquer, nous brossons le portrait des fonds pour aider les entrepreneurs à s'y retrouver et à choisir le bon investisseur. Au tour de Phiture, un fonds qui réinvente le capital-risque et s’investit pour le bien commun.

Ces derniers jours, dans le monde de l’investissement, ce sont les bonnes nouvelles qui volent en escadrille. Le système capitaliste, longtemps opposé au bien commun, pourrait finalement le servir. Alors qu’Yvon Chouinard vient d’annoncer qu’il cédait la totalité de son entreprise Patagonia à la Terre, Raise Sherpas, le fonds de dotation du groupe Raise, annonce le lancement de Phiture. Contraction de « Philantrophy » et « Future », ce fonds d’investissement tech met les mécanismes du capital investissement au service de l’intérêt général, en reversant 100 % du retour sur investissement à des associations. Maddyness a rencontré Anne-Sophie Gervais et Noé Gersanois, les co-dirigeants de Raise Sherpas, qui sont à l’initiative de ce véhicule d’investissement d’un genre nouveau.

Les entrepreneurs deviennent acteurs du bien commun

En 2021, les dons versés aux associations ont diminué de 30 % par rapport à l’année précédente, selon une étude Ipsos. Une baisse qui s’explique notamment par les inquiétudes liées à la crise sanitaire et au pouvoir d’achat. « Quand on voit ces chiffres, on se dit que les entreprises ont vraiment un rôle à jouer », déclare Noé Gersanois, co-dirigeant de Raise Sherpas, l’accélérateur philanthropique du groupe Raise à l’initiative de Phiture.

Ce fonds d’investissement tech est 100 % philanthropique. Le principe ? Des investisseurs-donateurs, pour la plupart des entrepreneurs à succès, vont faire des dons qui, via Phiture, vont financer des startups tout en contribuant au bien commun. L’intégralité des bénéfices générés via ces investissements et leur mise initiale seront redistribués à des associations.

« Beaucoup d’argent est injecté dans l’écosystème, mais jusqu’à présent il y avait peu de redistribution vers le bien commun. Avec Phiture, nous créons un écosystème vertueux alimenté par des entrepreneurs, pour des entrepreneurs et pour le bien commun », analyse Anne-Sophie Gervais, co-dirigeante de Raise Sherpas. L’objectif est donc de donner 100% du return à des associations qui adressent trois enjeux principaux : la protection de l’environnement, l’entrepreneuriat pour les publics fragiles et la création d’emplois. Les premières entreprises sélectionnées sont Time for the Planet, Singa et Bayes Impact. Une fois le modèle éprouvé, de nouveaux noms pourraient venir s’ajouter à la liste.

Un fonds philanthropique – comment ça fonctionne ?

Depuis plusieurs années, la société d’investissement Raise reverse 50 % de son carried interest, un pourcentage de ses plus-values, à Raise Sherpas, son accélérateur philanthropique. Le modèle économique du groupe repose donc sur un système vertueux où la réussite de structures de capital-investissement classiques permet de soutenir l’écosystème entrepreneurial. Après avoir accompagné pendant plusieurs années des startups tech via du financement non dilutif, c’est-à-dire en octroyant des prêts, Raise Sherpas développe donc aujourd’hui un volet equity avec Phiture.

« Avec Phiture et notre offre de prêt, nous sommes maintenant capables d’accompagner toute typologie d’entrepreneurs », ajoute Anne-Sophie Gervais. Si certains mécanismes versent déjà une partie de leurs bénéfices – on peut évoquer le modèle des Founders Pledge au UK – le modèle 100% philanthropique semble aujourd’hui unique en son genre. Anne-Sophie Gervais commente : « L’arrivée de la concurrence ne nous inquiète pas. Au contraire, si le modèle est copié, on aura gagné notre pari ! ».

Des tickets entre 100k et 150k € pour des pépites de la tech

Phiture ambitionne de dénicher les pépites de la tech. Dans un premier temps, l’objectif serait de financer une cinquantaine de startups, avec des tickets moyens de 100k€ à 150k€ pour accompagner des startups de la phase de pré-amorçage à la série B et C. « On se positionne plutôt comme des outsiders. Les montants sont un peu plus élevés que ceux de business angels mais cela relativement indolore pour les startups », indique Noé Gersanois.

À son actif, déjà sept investissements dans des startups françaises dont deux opérations publiques : Moka.care et Strapi. Phiture a investi dans la Série A de Moka.care, une solution qui permet aux employés de suivre des séances avec des praticiens et aide les entreprises à mettre en place des plans d’action pour favoriser le bien-être au travail et dans la série B de Strapi, qui déploie une solution de gestion de contenus open source.

Phiture innove donc dans le capital risque et compte déjà une dizaine d’investisseurs, bien connus de l’écosystème, dont Clara Gaymard et Gonzague de Blignières les cofondateurs de Raise. Le rêve de Noé Gersanois et Anne-Sophie Gervais ? Voir s’ajouter à la liste des investisseurs, les plus grands noms de la philanthropie comme Yvon Chouinard ou Pierre Omidyar, le fondateur d’Ebay, et renforcer toujours plus les liens entre investissement et philanthropie.