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6 octobre 2022
© Unsplash
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Le numérique, accélérateur de la transition environnementale

La transition environnementale nécessite, pour être efficace et durable, des innovations et un changement profond que le numérique peut accélérer. Seul bémol : s'interroger sur la frugalité de ces nouveaux services numériques pour en faire des usages plus responsables.

En France, l’urgence de lutter contre les changements climatiques ne fait plus débat. Pas plus que le nécessaire engagement collectif et individuel qu’il faudra pour réussir la transition environnementale. Ce qui questionne encore en revanche, c’est la part de chacun (entreprises, collectivités, particuliers…) pour atteindre les objectifs que le pays s’est fixé. En effet, la Stratégie Nationale Bas-Carbone – la feuille de route définie par la France en 2015 pour lutter contre le changement climatique – ambitionne d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050. Cela exige de tous les secteurs, une réduction considérable de leurs émissions de gaz à effet de serre, en particulier pour les transports, responsables de 31% des émissions nationales, mais aussi pour l’énergie dont la production, la transformation et la consommation pèsent lourd sur le bilan carbone de la France.

De précieux outils de diagnostic, d’analyse et de pilotage

Plusieurs leviers de transition bas-carbone ont été actionnés et, parmi eux, le numérique fait figure de facilitateur et d’accélérateur de la transition. « Dans le secteur des transports, les outils numériques permettent notamment d’encourager le report modal, de l’autosolisme (chacun prend sa voiture) vers des services de mobilité plus variés et plus écoresponsables, explique Thierry Gohon, en charge du déploiement de l’offre MaaS (Mobility as a Service) chez Sopra Steria. Il s’agit de tirer parti de l’ensemble des technologies numériques pour faire émerger une offre alternative et accessible : véhicules à la demande (voiture électrique, minibus électrique), free floating (trottinettes, vélo), covoiturage, transports en commun, etc. »

Aujourd’hui, 97% des gaz à effet de serre induits par les transports sont constitués du CO2 provenant de la combustion de carburants. Ce qui pousse tous les acteurs du secteur à déployer des solutions qui ne dépendent plus de ces carburants. Et ce d’autant que la loi d’orientation des mobilités publiée en décembre 2017 acte la fin des véhicules roulant à base d’énergies fossiles d’ici à 2040. Or, le numérique permet de développer des applications ou plateformes qui facilitent les trajets multimodaux, à la fois faciles d’accès, peu chronophages et plus écoresponsables.

Pour le secteur de l’énergie, les enjeux majeurs sont de deux ordres : développer massivement les énergies renouvelables à un prix abordable, et réduire significativement les consommations d’énergies dans l’Industrie, l’agriculture, les bureaux et le logement. « Ici encore, le numérique va non seulement permettre de faire un état des lieux, de la production comme de la consommation, mais aussi de piloter plus efficacement le déploiement des renouvelables comme les économies d’énergie, souligne Djohar Ammiar, Global Account Manager en charge du groupe Engie chez Sopra Steria. Les outils numériques d’analyse et de prédiction favorisent en effet la priorisation des actions et accélèrent la prise de décisions. »

Données en partage

Néanmoins, le numérique ne sera un levier efficace de transition environnementale qu’aux conditions suivantes : s’appuyer sur des données variées et de qualité, être nourri et utilisé de manière partagée, et enfin être développé de manière responsable.

« En rapprochant des informations météo avec le nombre de validations dans un bus, on peut déduire, par exemple, l’impact d’un jour de pluie sur la fréquentation dans les bus et donc adapter leur capacité ou le nombre de bus qu’on va mettre à disposition, illustre Thierry Gohon. Mais cela demande aussi qu’acteurs du privé et du public collaborent et partagent un certain nombre de leurs données. »

Sur la métropole de Toulouse par exemple, l’intercommunalité, Sopra Steria, Airbus, Tisséo, EDF ou encore Total Energies ont collaboré pour lancer l’application Ecomode : un moteur de calcul d’itinéraires qui permet de proposer plusieurs parcours multimodaux aux utilisateurs et récompense ceux qui choisissent les trajets les moins carbonés. Ils reçoivent alors des points qu’ils peuvent ensuite utiliser comme une monnaie virtuelle dans une boutique de récompenses. 

Le numérique est aussi en transition

Cependant, le développement d’outils numériques d’aide et d’accélération de la transition environnementale ne peut se faire sans avoir à l’esprit l’empreinte carbone du numérique. Or la croissance digitale des 20 dernières années a aussi coïncidé avec une augmentation conséquente de ses impacts sur les ressources et le climat. En France, le numérique représente ainsi plus de 3% des émissions de gaz à effets de serre, dont 36% à 87% proviennent de la fabrication des équipements, et plus particulièrement de l’extraction des matières premières. Plus globalement, il représente 6% de la consommation d’énergie primaire, soit 6 fois la consommation de Paris ou encore 2,2% de la consommation d’eau, selon le collectif GreenIT.

La transition numérique ne doit pas se faire dans le sens contraire à celui de la transition environnementale. Car en avançant conjointement, elles seront toutes deux plus efficaces.