Décryptage par Alexandre Seperoumal
23 décembre 2022
23 décembre 2022
Temps de lecture : 5 minutes
5 min
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SneakerTech - Épisode 5 : Le Web3, nouveau playground de la sneaker

L’industrie de la sneaker marcherait-elle à l’envers ? De la spéculation à la fraude sur les plateformes en passant par le métavers et la durabilité, Maddyness décrypte à travers une série de 6 articles (baptisée SneakerTech), les clés pour comprendre cette économie aux multiples enjeux.
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Il y a bien un autre univers que notre monde où la sneaker n’est plus une chimère mais bel et bien réelle : le Web3. Pas un jour sans qu’une marque ne tente l’expérience du Web3 ou métavers. Les industries de la mode et du luxe en particulier semblent s’être lancées un défi dans cette course effrénée aux univers virtuels où la création de moult collections cette fois-ci sous forme de jetons non fongibles, les désormais incontournables NFT viennent compléter la stratégie d’une marque.

Si le Web3, issu de l’univers du jeu et des gamers est viable techniquement, il reste encore peu accessible aux non-initiés autrement dit encore faible “communautairement” mais il permet surtout aux marques de s’approcher de plus en plus de la génération Z qui l'intéresse toujours autant.

Même si les marques semblent tâtonner sur le Web3, elles voudront exploiter pleinement le potentiel commercial du métavers. Nike, en tant que leader de l’innovation a ouvert la voie via son Nikeland accessible sur le jeu Roblox. Les marques veulent aussi accélérer leur transformation digitale et l’acquisition par Nike de la startup française RTFKT, spécialisée dans la conception de sneakers et vêtements virtuels avec la technologie NFT, abonde dans ce sens. Avant ce rachat RTFKT réalisait en 2021 un chiffre d'affaires de 100 millions de dollars, dont 80 millions provenaient du projet " Clone X ".

Ce projet a provoqué la vente de 20.000 avatars NFT en 3D, en partie désignés par le créateur japonais Takashi Murakami considéré comme le digne successeur d’Andy Warhol. Certains de ces avatars uniques ont été valorisés à la revente entre 20.000 dollars et 100.000 dollars en novembre 2021 avant la crise des crypto-monnaies. Quand on sait que RTFKT a emporté 2,5 % à 10 % de commission à la revente sur chacun de ses NFT, cette opération leur a rapporté rien que pour le mois de Septembre plus d'un million de dollars.

Pour Nike les revenus de ses NFT lui ont déjà rapporté près de 185 millions de dollars sur la première partie de l’année 2022, ce qui en fait la marque la plus lucrative largement devant les maisons de mode et du luxe selon les données compilées par Dune Analytics. Et Nike ne compte pas s’arrêter là. Le 14 novembre 2022 Nike a révélé la mise en ligne de la version beta de sa plateforme NFT “.SWOOSH” qui réunit toutes ses créations virtuelles (sneaker ou maillot de sport), en 3D et interactifs qui peuvent être utiliser dans des jeux vidéo ou d’autres expériences immersives. Dans son communiqué Nike précise que .SWOOSH est l’endroit où sa communauté peut acheter, échanger et aussi co-créer des produits virtuels.

Convaincu, Anthony Debrant, fondateur et CEO de Sneakmart, une application destinée aux passionnés de la culture streetwear, voit apparaître de nouveaux usages grâce à cette technologie. Installé à Station F, il a ainsi fait pivoter son produit et la stratégie de sa marketplace créée en 2016 à 17 ans. "Sneakmart est devenue une plateforme communautaire en plus d’être une marketplace classique. Notre communauté compte déjà 190.000 membres et notre prochaine levée de fonds devrait nous permettre de développer la création et notre techno dans le Web3".

En effet, l’équipe Sneakmart a pris le virage du Web3 en créant Méta Kicks une collection NFT de sneakers animées en 3D. Aujourd’hui Sneakmart est soutenu et conseillé entre autres par Sébastien Borget (COO de The Sandbox), Michael Amar (entrepreneur et investisseur dans le Web3 ) et Thibault Launay (CEO d’Exclusible).

Créer des paires de baskets digitales à collectionner, très prisées, qui s’achètent et se revendent auprès de passionnés avec un potentiel de gains confortables à l’arrivée… L’histoire semble se répéter en effet. En tout cas, ces “meta kicks” et autres "crypto kicks" permettront aux marques de créer des passerelles entre le Web3 et le retail physique.

"Grâce à notre app un membre pourra détenir un asset digital qui lui permettra d’avoir des “rewards” et expériences exclusives dans le monde réel comme des baskets en édition limitée, à prix coûtant", affirme Anthony Debrant de Sneakmart. Pour exemple, il précise qu’en novembre il a été vendu sur son application en 30 minutes seulement, les 555 cartes “meta kicks portal keys” proposées, pour une valeur totale de 85.000 dollars. Cette “carte de fidélité” 3.0 permet à son détenteur d’accéder à la vente de sneakers en édition limitée ainsi que de la streetwear en donnant même droit à des articles gratuits.

Les relations entre les marques et les resellers, ressemblent à un grand “je t’aime moi non plus” en gardant une certaine distance. Se renvoyant la responsabilité de la spéculation et de ses effets secondaires sur la sneaker, on comprend surtout que le marché de la revente semble arranger probablement les deux camps. La sneaker est devenue un support financier à l’instar de la cryptomonnaie et NFT durant cette dernière décennie.

Un brin nostalgique et avec beaucoup de frustrations aussi les fans de la première heure regrettent l’époque où l’intérêt pour la culture “underground et hip hop” primait plus que tout avant même les gains possibles à la revente. On peut être partagé sur le sujet tellement il est clivant mais nombreux sont les fans de sneakers qui veulent seulement porter une paire de baskets uniquement “stylée et cool” à un tarif accessible.

Pour clôturer notre série documentaire, dans l’épisode 6, nous allons vivre de l’intérieur la startup Wethenew le temps d’une interview avec leurs fondateurs Michael Holzmann et David Benhaïm.