Alors que la pression réglementaire se fait de plus en plus forte dans l’intelligence artificielle, les acteurs du secteur se mettent en ordre de bataille pour y faire face. Ainsi, quand les 27 pays de l’Union européenne étaient en passe de donner leur feu vert à l’AI Act, Audrey Herblin-Stoop effectuait ses premiers pas chez Mistral AI, la startup française qui ambitionne de devenir un champion européen du secteur. La société a officialisé son arrivée ce lundi 12 février, tout comme comme celle de Blanche Savary de Beauregard, qui a rejoint l’entreprise en novembre 2023 en tant que General Counsel pour définir sa stratégie globale juridique (opérations de croissance, contrats, partenariats, conformité réglementaire, propriété intellectuelle…).

Dans le cadre de ses fonctions, Audrey Herblin-Stoop sera chargée de représenter Mistral AI auprès des institutions politiques et internationales, ainsi qu’auprès de la société civile. Pour elle, l’enjeu sera de défendre les modèles open-source et décentralisés d’IA, qui constituent le cœur d’activité de l’entreprise tricolore, pour permettre à cette dernière et à l’écosystème français de l’IA générative d’avoir une force de frappe mondiale.

7 ans chez Twitter

Entre la concurrence d’OpenAI, société à l’origine de ChatGPT, et l’AI Act, qui est très loin de faire l’unanimité au sein de la French Tech, ce ne sont pas les sujets qui manquent pour la nouvelle directrice des affaires publiques de Mistral AI. «Dire que je suis ravi d'avoir rejoint l'aventure Mistral AI est un euphémisme ! Les discussions politiques à venir sur l’avenir de l’IA offrent une occasion unique de poursuivre le travail que j’ai commencé il y a des années : plaider en faveur d’un Internet ouvert et décentralisé et contribuer à façonner une gouvernance qui nourrit tout un écosystème pour l’innovation et le bien commun», a déclaré sur LinkedIn celle qui figure parmi les 10 femmes à suivre en 2024, selon le collectif Sista.

Audrey Herblin-Stoop pourra s’appuyer sur une solide expérience pour affronter les défis qui l’attendent dans l’IA. Et pour cause, Audrey Herblin-Stoop, après avoir fait ses armes au Medef et chez TBWA a notamment passé sept ans au sein de Twitter, où elle a représenté le réseau social auprès des institutions politiques françaises, russes et ukrainiennes. Il y a deux ans, elle avait choisi de rejoindre l’entreprise de paris sportifs Betclic pour y gérer la communication externe et les affaires publiques.

Un profil complémentaire à Cédric O

Désormais dans le giron de Mistral AI, elle va permettre à Mistral AI de se renforcer en matière de lobbying, nerf de la guerre à Bruxelles, alors que la voie préconisée par la France en matière de régulation de l’IA n’a pas franchement été suivie pour l’adoption de l’AI Act. L’ex-directrice des affaires publiques de Twitter en France et en Russie complètera l’expertise de Cédric O, ancien secrétaire d’État au Numérique. Actionnaire de la société et conseiller des fondateurs, celui-ci connaît bien les rouages des sphères politiques et réglementaires. Dans le cadre de ses fonctions chez Mistral AI, il avait notamment fait le déplacement à Londres en novembre dernier pour le sommet britannique sur les risques de l’IA.

En septembre, Cédric O avait fait part à Maddyness de sa position autour de la régulation européenne de l’IA. «Je veux être très clair : personne ne nie qu'il est nécessaire d'encadrer les usages risqués de l'intelligence artificielle, par exemple en matière de reconnaissance biométrique ou dans le domaine médical. Mais, à l'inverse, une sur-régulation aurait pour l’intérêt général des conséquences bien supérieures à celles des risques que les parlementaires européens pensent adresser», avait-il confié dans nos colonnes. Mais l’approche de Mistral AI n’est pas du goût du commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, qui avait taclé la société tricolore dans des propos rapportés par La Tribune. «Ce qui m'intéresse, ce ne sont pas les entreprises qui ne s'intéressent pas à l'intérêt général. J'observe, par exemple, la startup Mistral AI, elle fait du lobbying, c'est normal. Mais nous ne sommes dupes de rien. Elle défend son business aujourd'hui, et non, l'intérêt général», avait-il ainsi lancé.

Dans ce contexte, l’arrivée d’Audrey Herblin-Stoop est la bienvenue pour Mistral AI. Plus d’un an après l’arrivée de ChatGPT, l’euphorie dans l’IA générative n’est pas retombée et la startup tricolore entend bien en profiter. Lancée dans les premiers mois de l’année 2023, elle même devenue une licorne en un temps record, avec une première levée de fonds de 105 millions d’euros en juin, puis une deuxième de 385 millions en décembre. Désormais valorisée à plus de 2 milliards d'euros, Mistral AI avait dévoilé son premier modèle d'intelligence générative en septembre dernier pour devenir une alternative crédible à ChatGPT.