L’année 2026 débute par une surprise dans l’écosystème tech. Après le départ de Yann LeCun de Meta annoncé il y a quelques semaines, c’est au tour de Luc Julia de quitter son entreprise. L’ingénieur et informaticien franco-américain met fin à son aventure chez Renault, selon le média L’Informé. « Il était temps de se quitter bons amis », confie-t-il à Maddyness.
Arrivé chez Renault en 2021, Luc Julia avait été recruté par l’ancien directeur général du groupe, Luca de Meo, qui a quitté Renault à l’été 2025 pour rejoindre Kering. Il occupait depuis le poste de directeur de la stratégie scientifique, avec pour mission de structurer la vision et les usages de l’intelligence artificielle au sein du groupe. « J'ai beaucoup aimé ces presque cinq années chez Renault. On a réussi à faire des choses très concrètes dans les voitures, les usines, sur des temporalités différentes de celles qui étaient établies dans le monde automobile "centenaire". On sait maintenant qu'on peut faire aussi bien et même mieux que les constructeurs de la Silicon Valley ou que les chinois pour les logiciels embarqués », souligne t-il.
La raison de son départ
Ce départ s’explique principalement par la nouvelle organisation mise en place par le nouveau dirigeant de Renault, François Provost, arrivé à la tête du groupe en juillet dernier. Celui-ci a fait le choix d’intégrer le pôle innovation au sein de la direction de l’ingénierie. Une évolution structurelle qui tranche avec le fonctionnement précédent : Luc Julia et son équipe opéraient jusqu’alors de manière relativement indépendante, par rapport aux autres directions. Ce qui devenait incompatible avec cette nouvelle configuration.
Au cours de son passage chez Renault, l'ingénieur a notamment contribué à la conception de « Reno » (prononcez « rino »), un assistant vocal embarqué dans plusieurs modèles électriques de la marque au losange. Cet outil permet aux conducteurs de piloter grâce à la voix différentes fonctionnalités du véhicule, comme la climatisation, la radio ou la navigation, mais aussi de recevoir des conseils sur les modes de conduite ou des réponses aux questions liées à l’utilisation du véhicule.
L’ensemble repose sur des technologies d’intelligence artificielle, mêlant grands modèles de langage et techniques de machine learning. « Reno était, en tant qu’avatar dopé aux LLM, une première mondiale », affirme Luc Julia, qui se veut confiant pour la suite : « Les équipes constituées sont excellentes et vont continuer à porter cette ambition. On a prouvé que c’était possible. »
Quel sera son prochain projet ?
Reconnaissable à ses chemises hawaïennes, Luc Julia est l’une des grandes figures françaises de l’intelligence artificielle. Diplômé en mathématiques et en informatique, il débute sa carrière aux États-Unis, notamment au SRI International, avant de participer aux travaux à l’origine de Siri, racheté ensuite par Apple. Il rejoint alors le groupe à Cupertino, avant un passage chez Hewlett-Packard en 2010, puis chez Samsung, où il occupe le poste de vice-président en charge de l’innovation entre 2012 et 2021.
Naturalisé américain, Luc Julia s’est forgé une réputation pour son regard critique sur les promesses excessives de l’IA générative. Défenseur d’une IA pragmatique et appliquée, il plaide pour des technologies au service de cas d’usage concrets. Il a récemment été au centre d’une polémique, après la diffusion d’une vidéo du youtubeur Monsieur Phi remettant en question son rôle dans la création de Siri. Luc Julia a depuis clarifié sa position, expliquant ne pas être le fondateur de l’assistant vocal, mais l’un des auteurs des brevets ayant permis sa conception finale plusieurs années plus tard.
Auteur de plusieurs ouvrages, notamment sur l'intelligence artificielle, Luc Julia connu pour son ton direct. On ne connaît pas encore quelle sera sa prochaine aventure professionnelle.