L’Estonie (la « startup nation des pays baltes »), ouvre les bras aux startuppers du monde entier. Nous en parlions en début de mois : le programme d’e-Résidence lancé en 2014 a permis à des entrepreneurs issus de plus de 185 pays de créer et de gérer des entreprises entièrement en ligne.

« La moitié de nos e-résidents viennent de pays européens, ils font le choix de l’Estonie avant tout pour pouvoir se concentrer sur leur cœur de métier : sans lourdeurs administratives ni freins bureaucratiques », explique Liina Vahtras, Managing Director du programme e-Residency. « La France est l’un de nos marchés les plus dynamiques : +63 % de demandes en 2025. Pour les start-up françaises, l’e-Residency est un véritable accélérateur de croissance.»

Une observation confirmée par Kévin Chavanne, Investment Manager of Nordics & Baltics chez Tenity et fondateur de la plateforme Ugly Baby : « Pourquoi choisir l’Estonie ? D’abord pour la simplicité de gestion des entreprises qui s’établissent ici. 100% des services s’opèrent en ligne, y compris pour des démarches qui chez nous demandent l’intervention d’un notaire ou d’un avocat. J’ai moi-même modifié la composition de mon conseil d’administration dans un avion, en dix minutes chrono. »

Une communauté soudée

Mais la simplicité des démarches n’est pas le seul atout de l’Estonie. Son écosystème foisonnant attire également les entrepreneurs séduits par la promesse d’émulation entre pairs. On compte plus de 1700 startups dans le pays, avec des figures de proue comme Skype, Bolt ou Wise, rappelle Liina Vahtras.

Le pays compte même un véritable troupeau de licornes : Glia, un fournisseur de services de relation client numérique, Veriff (services de vérification d’identité), Gelato (services aux e-commerçants), Zego (Assurances), la fintech (Transfer)Wise, ou encore ID.me et Playtech, premier fournisseur mondial de logiciels de jeux en ligne…

Une cinquantaine d’investisseurs comme Kévin Chavanne y exercent, pour une bonne dizaine de VC. « Notre communauté est très soudée. Nous travaillons ensemble, sans cette concurrence entre fonds qui reste assez marquée en Europe. Tout le monde se connaît, n’importe quel entrepreneur peut facilement avoir accès à un confrère qui a réussi. Vous pouvez imaginer, en deux coups de fil aller boire un café avec la patronne d’une licorne. Les pionniers réinvestissent de l’argent et du temps dans le pays. Cela crée une forme d’enthousiasme national que j’apprécie particulièrement. »

En 2024, les plus gros tours de table en Estonie ont inclu Starship Technologies (90 M€), Stargate Hydrogen (42 M€), Elcogen (30 M€), Tuum (25 M€), Pactum (18,4 M€), Bot Guard (12 M€), Modash (11 M€), eAgronoom (10 M€) et Mifundo (10 M€). Ready Player Me, une plateforme de création d'avatars basée en Estonie vient tout juste d´être racheté par Netflix. 

Des entreprises internationales « by design »

L’Estonie fonctionne en synergie avec les régions scandinaves et les pays baltes, relève Kévin Chavanne. « C’est quelque chose que je ne retrouve pas ailleurs : une interconnexion avec les pays alentour. Toutes les semaines, on passe d’un pays à l’autre, car chaque marché isolément serait trop petit. Cette situation façonne une sorte de carte mentale : dès la création de leur entreprise, les fondateurs destinent leur produit à l’internationalisation. »

Le brassage culturel estonien y contribue également : les talents étrangers jouent un rôle essentiel dans la filière numérique, 31 % des employés possédant une citoyenneté étrangère, 5 % venant de pays de l’UE et 26 % de pays hors UE.

Des investissements dans la Défense

L’Estonie, frontalière de la Russie, subit une pression géopolitique constante : « Cela nous a poussés à développer l’un des environnements de cybersécurité les plus avancés au monde, rappelait Liina Vahtras en ce début de mois. Tallinn accueille le Centre d’excellence de cyberdéfense coopérative de l’OTAN et le gouvernement a récemment lancé un fonds de technologies de défense de 100 millions d’euros. »

« Le pays a su conserver une thèse d’investissement agnostique, avec peut-être une proportion de B2B plus élevée qu’auparavant, détaille Kévin Chavanne. Les projets entrepreneuriaux dans la défense sont particulièrement encouragés depuis l’invasion de l’Ukraine, bien sûr, même si le pays me semble confiant pour l’avenir. »

La CleanTech, qui vise à minimiser ou éliminer les émissions de gaz à effet de serre, la pollution ou encore la dégradation des ressources naturelles, est un autre secteur particulièrement dynamique : CleanTech Estonia regroupe plus de 160 startups, pour 977 millions d’euros levés depuis 2017.