Nouvelle semaine, nouveau méga-tour de table dans la French Tech. Après Harmattan, pépite de la défense, et sa série B de 200 millions de dollars, c’est au tour de Pennylane de lever la même somme (175 millions d’euros) avec le fonds américain TCV (etflix, Airbnb, Spotify…) à la baguette et la participation de Blackstone Growth qui prennent chacun 2 % du capitalisme de la société. A cette occasion, les investisseurs historiques ont également remis au pot.
Comme pour la précédente levée de fonds, cette nouvelle opération ne répondait pas à un impératif de financement, mais l’opportunité s’est présentée et Arthur Waller, co-fondateur et CEO de Pennylane, a estimé qu’il était assez judicieux de la saisir. «Vers novembre dernier, quelques investisseurs nous ont approché pour rejoindre l’aventure. Quatre nous ont fait des propositions et deux ont été retenus pour réaliser cette opération. Les investisseurs ont tout de suite adhéré à notre thèse à long terme, aux côtés des experts-comptables», indique le patron du spécialiste tricolore de la comptabilité. «Nous avons pu réaliser cette levée de fonds avec de bonnes conditions de financement. Et dans le contexte actuel, il vaut mieux être prudent avec une trésorerie solide», ajoute-t-il. Ce financement porte à 3,5 milliards d’euros la valorisation de l’entreprise, contre 2 milliards auparavant.
Licorne et centaure
Ce nouveau tour de table de Pennylane intervient moins d’un an après sa précédente levée de fonds, qui s’élevait à 75 millions d’euros en avril 2025. Cette dernière avait déjà eu lieu une dizaine de mois après un tour de table de 40 millions d’euros en février 2024. Avec autant de cash dans ses caisses, la société française aborde ainsi avec sérénité la dernière ligne droite de la réforme de la facturation électronique qui sera effective au 1er septembre 2026. «Il n’y a pas encore d’accélération au niveau des TPE et PME. La réforme a surtout accéléré la migration des experts-comptables qui vont être confrontés à beaucoup de changements opérationnels au quotidien», souligne Arthur Waller. Dans ce contexte, Pennylane indique avoir multiplié par trois son nombre d’entreprises clientes en 2025. A ce jour, la fintech revendique 800 000 entreprises clientes et plus de 6 000 cabinets d'expertise comptable partenaires.
Déjà élevée au rang de licorne depuis 2024, la société est également devenue un centaure en 2025 en engrangeant 115 millions d’euros de revenus annuels récurrents (ARR). C’est quasiment le double par rapport à l’année 2024 durant laquelle Pennylane avait enregistré 60 millions d’euros de chiffre d’affaires. Une dynamique qui devrait se poursuivre dans les prochains mois à mesure que l’échéance de la réforme de la facturation électronique se rapproche dans l’Hexagone. Et bonne nouvelle pour Pennylane, ce sera au tour de l’Allemagne de faire sa révolution digitale de la facturation en 2008. Dans ce cadre, les enseignements du déploiement en France pourront être utiles pour ajuster l’angle d’attaque outre-Rhin.
Un 3e pays au second semestre 2026
Avec 290 millions d’euros levés en deux ans, Pennylane attaque ainsi l’année 2026 avec ambition. La fintech tricolore entend s’appuyer sur cet argent frais pour élargir sa palette de produits, notamment avec le lancement en bêta en février des terminaux de paiement (environ 1 000 entreprises déjà pré-inscrites), pour devenir un véritable «Operating System» financier au service des TPE et des PME. et d’étoffer ses effectifs pour atteindre les 1 200 salariés, dont 600 développeurs, d’ici la fin de l’année.
De plus, la société pourrait être tentée de s’étendre davantage à l’international. «L’idée est d’ouvrir un troisième pays au second semestre 2026, mais c’est sous réserve d’un recrutement rapide d’ingénieurs et de product managers», précise Arthur Waller. Avec TCV désormais au capital, la société tricolore pourrait-elle même nourrir des ambitions américaines ? «Les États-Unis, ce serait prématuré à ce stade, mais il ne faut jamais dire jamais. L’Europe reste la priorité», ajoute-t-il.
Quid de la croissance externe après l’acquisition de Billy en 2024 ? «On n’exclut rien mais ce n’est pas l’objectif de la levée de fonds. Néanmoins, il est clair que le marché est en ébullition, comme on a pu le voir avec Cegid qui vient de racheter Shine. En face de nous, il y a des acteurs qui ont des poches profondes», note le dirigeant. En attendant un jour de traverser l’Atlantique et d'effectuer de nouvelles acquisitions, Pennylane va se concentrer sur l’Europe pour surfer sur les besoins de transformation digitale des TPE, PME et experts-comptables.