Vendre son logement avant d’avoir trouvé le suivant reste l’un des principaux freins à la mobilité résidentielle. Entre la peur de se retrouver sans solution, le coût du prêt relais et un marché sous tension, de nombreux propriétaires préfèrent attendre, quitte à renoncer à un projet de vie. 

C’est précisément sur ce point de blocage que Béa s’est construite. La proptech propose de remettre en circulation une alternative juridique ancienne en l’outillant avec une application pensée pour faire se rencontrer des propriétaires aux projets compatibles.

Remettre au centre une loi oubliée pour répondre à un blocage massif

Béa est née d’un constat très concret, observé sur le terrain. « La phrase qu’on entend en permanence, c’est “je ne vends pas tant que je n’ai pas trouvé le prochain bien” », explique Frédéric Kopp, cofondateur, issu du monde de l’immobilier. Avec Ludovic Marrocco, ancien de la communication, il décide de s’appuyer sur un mécanisme juridique ancien mais tombé en désuétude : l’échange immobilier, inscrit dans le droit français depuis 1804. « La loi existait, mais elle était devenue invisible. Notre rôle a été de la rendre compréhensible, moderne et accessible à grande échelle », résume Ludovic Marrocco.

Lancée au premier semestre 2024, Béa prend la forme d’une application mobile qui met en relation deux propriétaires souhaitant échanger définitivement leurs biens. Le principe est volontairement fermé. Impossible de consulter les annonces sans proposer son propre logement. « Pas de bien à vendre, pas d’accès à la plateforme. C’est ce qui garantit une vraie communauté de projets », insiste Frédéric Kopp.

Comme pour les applications de rencontre, les utilisateurs expriment des coups de cœur. En cas d’intérêt réciproque, un match s’opère. Béa accompagne ensuite l’ensemble du parcours, de la mise en relation jusqu’à la remise des clés, en sécurisant juridiquement l’acte d’échange. La startup propose également des transactions d’achat-vente classiques lorsque l’échange n’aboutit pas.

Le modèle économique repose sur une commission de 4 % sur chacun des biens, quel que soit leur montant, en échange comme en transaction classique. Pour les propriétaires, l’intérêt est aussi financier : le troc immobilier permet d’éviter le prêt relais et de réduire jusqu’à 60 % les frais de notaire en remplaçant deux actes d’achat-vente par un acte unique.

Après un an et demi consacré à la traction et à l’amélioration du produit, Béa revendique environ 1 600 biens en ligne, dont 84 % off market. « Le premier enjeu a été de faire venir suffisamment de propriétaires pour créer de la fluidité », souligne Frédéric Kopp. La startup a réalisé sa première transaction d’échange en 2024, validant son modèle. Le panier moyen, autour de 30 000 euros en zone urbaine, donne à chaque opération un poids économique significatif.

Côté financement, les fondateurs ont avancé par étapes. Deux levées successives de 100 000 euros auprès de business angels ont permis de structurer la plateforme, avec environ 10 à 12 % du capital cédé. « Nous ne voulions pas lever trop tôt. Il fallait garder le contrôle et comprendre finement ce qu’on construisait », commente Ludovic Marrocco.

Qui veut être mon associé, un accélérateur de notoriété et de croissance

Le passage dans Qui veut être mon associé ? marque un tournant pour Béa. Sans communiquer sur les montants recherchés, les fondateurs assument une double ambition : lever des fonds, mais aussi s’entourer d’un partenaire capable d’apporter expertise et accompagnement stratégique. « On vient chercher bien plus qu’un chèque », confie Frédéric Kopp.

La préparation de l’émission a été pensée comme un exercice de pédagogie. « La télévision impose un discours très clair », souligne-t-il. Sur le plateau, Béa a construit une démonstration concrète, avec un cas d’échange réel entre deux familles, pour illustrer la dimension à la fois rationnelle et affective de l’immobilier. « Derrière les mètres carrés, il y a des projets de vie bloqués », rappelle Ludovic Marrocco. Malheureusement, la startup n'a pas reçu le soutien des investisseurs de l'émission. 

Dans un contexte de taux d’intérêt qui stagnent et d’incertitudes politiques et géopolitiques, Béa revendique une solution indépendante des cycles du marché. « Que le marché soit haussier ou baissier, le problème reste le même », estime Frédéric Kopp. Pour 2026, la startup vise plus que le doublement du nombre de biens disponibles et un objectif de 24 échanges réalisés sur l’année, avec l’ambition d’installer durablement l’échange immobilier comme une alternative crédible.