Luc Julia ne rate jamais jamais une occasion de dire tout le bien qu’il pense de l’euphorie qui règne dans la tech autour de l’intelligence artificielle. Et depuis Tech&Fest à Grenoble, il n’a pas fait exception. Arborant l’une de ses fameuses chemises hawaïennes, l’ingénieur français, qui a contribué à la naissance de l’assistant vocal Siri, était invité à s’exprimer sur un sujet taillé pour lui : «L’IA n’existe pas, le grand démontage.» De quoi annoncer la couleur de ses propos lors de l’événement phare de la tech grenobloise !
Pour Luc Julia, il faut commencer par arrêter de fantasmer l’intelligence artificielle. «L’IA, ce n’est pas Hollywood. C’est ce n’est pas de la science-fiction ! Il y a des films sur l’IA comme Her, c’est rigolo mais ce n’est pas ça. Depuis 2022 (année de lancement de ChatGPT, ndlr), des IA ont été lancées et on s’est mis à rêver qu’elles allaient tout faire. Finalement, ce n’est pas le cas», explique l’ex-directeur de la stratégie scientifique de Renault. «L’IA est plutôt une évolution qu’une révolution. L'IA générative a donné le prompt, ce qui permet d’utiliser ces IA de manière super facile. Je parle aux IA comme je parle aux humains. Mais s’il y a une vraie révolution, c’est sur l’usage !», ajoute-t-il.
En effet, l’apparition de systèmes IA pour adresser des besoins spécifiques est une voie à suivre pour Luc Julia. Dans ce cadre, il voit plutôt d’un œil positif l’engouement pour l’IA agentique qui agite la tech depuis deux ans. «L’IA agentique, c’est très intéressant, car c’est quelque chose de très spécialisé. L’IA générique est un couteau suisse, mais ça ne sert strictement à rien. C’est marrant mais ça ne fait foncièrement pas grand chose, sauf si on l’utilise pour des usages particuliers», explique-t-il.
«L’AGI, ça n’existe pas et ça n’existera jamais»
Sans surprise, Luc Julia a été invité à livrer son regard sur la startup que l’ex-star de Meta, Yann LeCun, est en train de créer. Une initiative qui le ravit notamment car elle opte pour une approche qui prend le contrepied de la «Silicon Valley», obnubilée par les modèles génératifs (LLM) aux yeux des deux chercheurs. «Les LLM et tout ce qu’il y a autour, ce n’est pas ce qui va nous emmener vers l’AGI (intelligence artificielle générale, capable de réfléchir comme un humain, ndlr). L’AGI, ça n’existe pas et ça n’existera jamais. On ne sait même pas ce que ça veut dire. Lui, il a une autre idée : ce sont les ‘world models’», souligne l’ingénieur tricolore. Les «world models» sont des systèmes capables de simuler le monde physique qui nous entoure pour prédire les conséquences de leurs actions, de manière à terme de pouvoir prendre des décisions autonomes.
Pour Luc Julia, c’est une chance que Yann LeCun crée sa startup en France, car l’Hexagone n’a rien à envier aux États-Unis ou à la Chine. «Il faut arrêter de raconter qu’on est en retard. Nous sommes les meilleurs du monde. Ici par exemple, Grenoble est le poumon de l’IA et des mathématiques. Il faut arrêter de se flageller !», estime-t-il. Avant de poursuivre : «Yann LeCun va prendre des talents français ici. Maintenant, est-ce que ça va marcher ? Je n’en sais rien. Même si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave. Il faut essayer, car de nouvelles idées vont arriver. Est-ce que ce sera dans 6 mois ou dans 6 ans ? Je n’en sais rien. Mais on va trouver des cas d’usage pour ces nouvelles IA.» Pour rappel, la startup de Yann LeCun est baptisée «Advanced Machine Intelligence Labs» (AMI Labs) et serait en pourparler pour lever un demi-milliard d’euros. L’opération valoriserait la jeune pousse à hauteur de 3 milliards d’euros.