Le Royaume-Uni a été le premier pays à inscrire dans sa loi, de façon contraignante, le fait d'être net zéro à 2050," rappelle Miya Paolucci, CEO d’Engie UK. Mieux, cette ambition du gouvernement s’est accompagnée de l’établissement d’un cadre réglementaire stable, destiné à encourager l'investissement. Avec un certain succès déjà : depuis 2010, le pays a attiré plus de 300 milliards de livres sterling d'investissements bas carbone.

Alors que des vents contraires soufflent sur le secteur ailleurs dans le monde et que les gouvernements se succèdent à la tête du Royaume-Uni, cette dynamique se poursuit : depuis juillet 2024, plus de 52 milliards de livres sterling d'investissements dans les énergies propres ont été sécurisés, tandis que le Plan “Action Clean Power 2030” vise à mobiliser 200 milliards de livres d'investissements d'ici la fin de la décennie, avec une moyenne annuelle de 40 milliards de livres.

Une stratégie au service de la transition énergétique

Cette ambition se traduit au travers de la Stratégie Industrielle publiée en 2025 et qui représente un levier essentiel pour accélérer le développement des énergies propres. Combinant investissements publics ciblés, soutien à l’innovation technologique et partenariats avec les acteurs industriels, elle crée un environnement propice à l’investissement dans les solutions bas carbone.

Au cœur de cette stratégie se trouve une nouvelle relation entre gouvernement et entreprises, avec des mécanismes de soutien innovants. Parmi eux, le système de Contracts for Difference (CfD) qui garantit des prix stables pour les producteurs d'énergie renouvelable.

Le gouvernement britannique a aussi créé un “Clean Energy Supply Chain Fund”, un fonds d'un milliard de livres dédié à la chaîne d'approvisionnement, opéré par Great British Energy, une nouvelle entreprise publique chargée d’investir dans des projets d’énergie propre et de stockage.

Cependant, le réseau britannique souffre d’un déséquilibre entre la localisation des capacités de production renouvelables disponibles et les zones où la demande augmente.

"Il y a eu beaucoup d'investissements dans l'éolien en mer en Écosse, mais les gros centres de consommation sont dans le sud du pays", illustre la CEO d'Engie au Royaume-Uni. "Il faut acheminer cette électricité, ce qui nécessite des investissements très importants dans les réseaux. Le gouvernement a conscience de tous ces enjeux. Il met aussi en place des plans pour accélérer les raccordements."

L'éolien offshore : un leadership mondial à consolider

De fait, le Royaume-Uni concentre la deuxième plus grande capacité éolienne offshore au monde (après la Chine) et entend continuer à renforcer sa position dominante dans ce secteur. L'objectif : déployer entre 43 et 50 GW d'éolien offshore (fixe et flottant) d'ici 2030.

Le pays dispose déjà d'une chaîne d'approvisionnement multi-énergies mature qui s'étend de la Mer du Nord à la Manche, avec des clusters industriels clés dans le Sud du Pays de Galles, East Coast (Teesside, Humber), North West (Merseyside), Solent et en Ecosse. Pour les acteurs du secteur, les opportunités d'investissement couvrent l'ensemble du cycle : technologies de turbines avancées, fondations et sous-structures industrialisées, systèmes électriques et câblage, installation, exploitation et maintenance.

Pour soutenir les investissements dans la chaîne d'approvisionnement de l’éolien offshore, le gouvernement a plus que doublé le budget du “Clean Industry Bonus”, à 544 millions de livres et mobilise plus de 9 milliards de livres d'investissements privés. L'”Energy Skills Passport”, un programme en ligne, facilite par ailleurs la reconversion des travailleurs du secteur pétrolier et gazier vers l'éolien offshore.

L'éolien terrestre : lever les freins à la croissance

Longtemps freiné par des restrictions de planification, l'éolien terrestre connaît quant à lui un nouveau souffle. L'objectif national est de déployer entre 27 et 29 GW de capacité d'ici 2030, soit 12 à 14 GW supplémentaires par rapport aux 16 GW actuellement installés.

La levée en 2024 de l'interdiction de facto de l'éolien terrestre en Angleterre, combinée à la réintégration des grands projets dans le régime des infrastructures nationales significatives (NSIP), simplifie considérablement les démarches. La taskforce dédiée à l'éolien terrestre travaille à réduire les barrières financières, réglementaires et politiques. Le pipeline de projets a déjà augmenté de 9,8% entre 2023 et 2024.

Le groupe Engie, présent au Royaume-Uni depuis plus de 20 ans avec environ 1 300 employés, illustre parfaitement cette dynamique d'investissement. "Dans le renouvelable, nous avons aujourd’hui de l'éolien et du solaire terrestres (environ 200 mégawatts), ainsi qu'une joint-venture avec EDP Renewables, OceanWinds, l'un des plus grands développeurs et opérateurs d'éolien offshore en Écosse, avec déjà 1,8 gigawatts en exploitation,” explique Miya Paolucci. 

Le nucléaire : un mix de tradition et d'innovation

Dans le nucléaire, le Royaume-Uni abrite certaines des entreprises nucléaires les plus avancées au monde - comme Urenco (deuxième groupe mondial d'enrichissement de l'uranium), EDF Energy (plus grand producteur et distributeur d'électricité du Royaume-Uni depuis le rachat de British Energy en 2008) ou Rolls-Royce (qui conçoit notamment des “Small Modular Reactors”). Le secteur de l’atome emploie plus de 96 000 professionnels qualifiés. 

Pour accélérer son développement, le gouvernement mise sur trois axes complémentaires : les réacteurs de grande capacité, les petits réacteurs modulaires (SMR) et les technologies avancées telles que l’uranium faiblement enrichi de haute pureté. 

Pour cela, un fonds pour le nucléaire avancé (“Advanced Nuclear Fund”), a été doté de 385 millions de livres pour investir dans la prochaine génération de technologies nucléaires. Ce montant comprend jusqu'à 215 millions de livres pour les SMR et jusqu'à 170 millions de livres pour un programme de recherche et de développement visant à fournir une démonstration de réacteur modulaire avancé (AMR) d'ici le début des années 2030.

Le Royaume-Uni se positionne également en leader sur le sujet de la fusion nucléaire, une technologie encore au stade de la R&D, qui promet une énergie abondante, propre et sûre. Le Fusion Cluster de Culham rassemble plus de 200 organisations publiques et privées sur un campus dédié.

Là encore, le gouvernement investit massivement : 2,5 milliards de livres pour la première centrale prototype de fusion au monde (STEP – Spherical Tokamak for Energy Production) en construction dans le Nottinghamshire, et 410 millions de livres de financement supplémentaire pour 2025-2026. Le Fusion Centre for Doctoral Training, collaboration entre six grandes universités britanniques, assure la formation de personnel hautement qualifié.

L'hydrogène : décarboner les secteurs difficiles

Enfin, l'hydrogène bas carbone a été identifié comme une solution clé pour décarboner les industries lourdes, le transport de marchandises et fournir un stockage d'énergie longue durée. 

Le “Hydrogen Production Business Model” offre ainsi un soutien à long terme aux producteurs en comblant l'écart de coût avec les combustibles fossiles conventionnels en proposant des mécanismes de financement de projets au travers des “Hydrogen Allocation Rounds” dont la troisième occurrence est prévue en 2026. Ce volontarisme a déjà convaincu Engie : "dans le stockage d’hydrogène, le gouvernement souhaite lancer un appel d’offre cette année, et nous avons l'intention de participer. Ce serait le premier projet de ce type à l'échelle mondiale,” souligne Miya Paolucci.

En outre, à partir de 2031, le premier réseau régional d'hydrogène bénéficiera de plus de 500 millions de livres de soutien gouvernemental pour connecter producteurs et utilisateurs finaux dans l'industrie et la production d'énergie. 

Les opportunités d’investissement et d’innovation s'étendent sur toute la chaîne de valeur : production (reformage à la vapeur, capture du carbone, électrolyseurs), stockage (en surface et souterrain), distribution (pipelines et transport routier) et applications (génération d'énergie, transport lourd, production chimique).

Un cadre réglementaire et financier attractif

L’approche globale du gouvernement britannique est saluée par Miya Paolucci, qui observe que "le Royaume-Uni a été pionnier sur énormément de mécanismes de soutien à l'investissement. C'est le pays qui a inventé les capacity markets et les Contracts for Difference, repris ensuite par beaucoup de pays européens. On voit dans ces mécanismes la volonté de stimuler la concurrence tout en donnant aux investisseurs la visibilité nécessaire sur le long terme."

Comme tout investisseur international, Engie accorde en effet une grande importance à la stabilité des politiques publiques. "Quand on investit dans un actif énergétique, on investit pour plusieurs décennies, pas pour les cinq prochaines années", rappelle la CEO. "Le calendrier politique est bien plus court-termiste que nos investissements. C'est important que ce gouvernement soit présent pour nous aider, mais c'est aussi une question de fondamentaux du pays."

Sur ce point, Miya Paolucci se montre confiante : "comme partout, il y a un débat public émergeant sur le sujet de la transition énergétique. Mais fondamentalement, la population britannique exprime dans tous les sondages que la ‘sustainability’ reste dans le top 3 de ses préoccupations. L'opinion publique est en très grande majorité en soutien de cette transition."