Il y a quelques années encore, la comptabilité d’entreprise évoquait des images de piles de factures, de saisie manuelle interminable et de clôtures mensuelles redoutées. Aujourd’hui, ce paysage s’efface peu à peu sous l’effet d’une petite révolution : celle de l’intelligence artificielle. Une mutation qui ne se limite pas à une simple automatisation des tâches répétitives, mais redessine en profondeur la façon dont les entreprises traitent, analysent et exploitent leurs données de gestion.

Le plafond de verre de l’intelligence artificielle

Selon une étude publiée par KPMG, environ 71% des entreprises utiliseraient déjà l’IA dans leurs opérations financières, et 41% à un degré “significatif”. Des chiffres qui devraient augmenter encore davantage. “L’intelligence artificielle est presque devenue une commodité aujourd’hui”, constate ainsi Mickaël Mina, directeur de la stratégie IA France et Europe de Sage, avant de nuancer : “Mais lorsqu’on s’intéresse à la manière dont les directions financières s’en emparent, on observe souvent un fossé entre le potentiel perçu de ces outils, et l’usage tel qu’il est aujourd’hui, dans bien des entreprises.”

Nayla Haber, Senior Manager Growth chez Sage, évoque un “plafond de verre”. “Celui-ci est lié au fait que beaucoup d’employés utilisent des IA qui ne sont pas toujours adaptées. Elles ne sont par exemple pas entraînées à partir de données financières, ou de cas d’usage précis.”

Aussi puissantes soient-elles, les IA génératives et généralistes ne sont pas toujours capables de comprendre le contexte d’une demande. “Elles ne prennent pas en compte la situation d’une entreprise, n’ont pas accès à sa base de données pour proposer une solution et une réponse qui soit vraiment pertinente, souligne Mickaël Mina. Et au-delà de l’adaptation aux données métier, il y a un défi technique que peu d’acteurs prennent en compte : le non-déterminisme des LLM”. “Posez deux fois la même question à une IA générative, détaille-t-il, et vous obtiendrez deux réponses différentes. En comptabilité ou en gestion financière, ce n’est pas envisageable. Il faut travailler, comme nous le faisons chez Sage, sur la fiabilisation des réponses et garantir leur cohérence dans le temps.”

Avec l’IA, la comptabilité passe à la vitesse supérieure

Chez Sage, on a développé des outils plus adaptés aux besoins des entreprises. Comme Sage Intacct, un outil de gestion financière augmenté à l’IA, qui offre en temps réel une visibilité accrue sur sa performance et permet de gagner en efficacité.

Prenons l’exemple du closing, une étape indispensable mais très chronophage, et ce, d’autant plus lorsqu’une petite entreprise grandit rapidement, ou se développe à l’international. Avec des filiales à l’étranger, et dans chaque pays des règles différentes, le closing implique alors de reprendre toutes les données à la main, avec le traditionnel tableau Excel… “Cette tâche, avec notre logiciel, passe de sept jours à deux”, se réjouit Nayla Haber.

“L’IA agentique rebat les cartes”

L’IA, lorsqu’elle est entraînée avec les bonnes règles métiers, gagne en performance, donc, mais permet d’aller plus loin encore que ce gain de temps. “A partir des KPI d’une entreprise, elle peut prédire des scénarios, les simuler, ou croiser des données”, illustre Mickaël Mina. “On a aujourd’hui sur le marché des IA qui sont bien plus que de simples IA conversationnelles.”

L’IA agentique “rebat les cartes”. “Elle permet, souligne l’expert de Sage, de croiser des informations, de faire avec le contexte global d’une entreprise.” Un exemple : ces IA peuvent analyser et croiser les données des clients en cours de livraison, et celles des clients en retard de paiement, et suggérer des solutions.

En ce moment, nous confie Nayla Haber, on travaille chez Sage à une interface “copilote” de ce type, capable de proposer des actions très concrètes. Bien sûr, “l’idée n’est pas de donner à l’IA une autonomie absolue” - que les spécialistes du sujet estiment d’ailleurs encore très utopiste. “Ce seront des suggestions, souligne la Senior Manager Growth, mais les employés garderont la main sur la prise de décision et pourront ou non les suivre.”

S’inspirer de la blockchain pour fiabiliser la comptabilité

Grâce à l’IA, explique Mickaël Mina, “les opportunités d’automatisation et de fiabilisation de la gestion d’entreprise” se multiplient. Avec la généralisation progressive pour les TPE, PME et autres entreprises de la facturation électronique, l’IA permet un préremplissage des factures, “toujours avec approbation finale”, et a aussi un rôle à jouer dans la détection de fausses factures ou factures erronées. 

“On est véritablement dans un momentum en matière d’IA, explique le directeur de la stratégie IA France et Europe Sage. Il faut voir que l’on peut désormais avoir un système d’interopérabilité avec l’ensemble des acteurs de la chaîne de facturation. En développant une logique qui ressemble à celle de la blockchain, il est possible d’assurer une meilleure fiabilité de la comptabilité et de la gestion financière.” Le tout, avec des outils directement intégrés sur les plateformes labellisées par l’Etat pour la facturation électronique. Sage développe ainsi une approche qui permette aux IA de dialoguer nativement avec l’écosystème d’outils des clients, c’est-à-dire leur CRM, leur banque, leurs outils métiers, “de manière standardisée et sécurisée.” Un chantier technique qui constitue, selon l’entreprise, “la prochaine rupture”, bien plus que “la puissance des modèles”.

Loin de remplacer les gestionnaires, l’IA fait donc d’eux des architectes de la performance financière, pouvant exploiter des volumes de données et des modèles prédictifs que l’humain seul ne saurait gérer. À mesure que les organisations intègrent ces technologies, la profession se transforme, non pas en une succession de tâches automatisées, mais en une fonction clé du pilotage stratégique. Et dans un monde où l’agilité finance-business devient un avantage concurrentiel, cette transformation n’est pas seulement souhaitable : elle est inévitable.