Aux Sables d'Olonne, 60% d'un avion pas comme les autres est déjà construit. Ailes, cockpit et fuselage prennent forme pour ce qui sera le premier avion à hydrogène vert capable de faire le tour du monde sans escale. Objectif : neuf jours de vol continu à 180 km/h, avec deux pilotes qui se relaieront aux commandes. 

Une fois encore, l’explorateur suisse Bertrand Piccard repousse avec Climate Impulse les limites technologiques, des années après les tours du monde du montgolfière Breitling Orbiter 3 (en 1999) et l’avion  Solar Impulse (en 2016). Pour réussir son pari, il a mobilisé un écosystème vaste de partenaires financiers et techniques : Syensqo, Orange, l’Université Mohammed VI Polytechnique, le Groupe OCP et Breitling, entre autres.

Un partenariat stratégique avec Syensqo

Syensqo, géant mondial de la chimie de spécialité, est le principal partenaires technologique. Comme le souligne Bertrand Piccard, “c’est un partenaire stratégique et technologique majeur, sans lequel le projet n'aurait pas pu être annoncé ni envisagé". Cette relation ne date d’ailleurs pas d'hier : l’entreprise, issue du groupe Solvay, avait déjà fourni des matériaux et développé de nouvelles technologies pour Solar Impulse.

Pour Climate Impulse, l'engagement va bien au-delà d'un simple partenariat financier. "Notre rôle est de démontrer ce qui est possible avec nos produits. Il ne s'agit pas seulement de fournir des matériaux, mais de co-construire des solutions technologiques complètes,” précise Jed Richter, qui dirige l'équipe d'ingénierie applicative pour l'Europe chez Syensqo. 

Le défi principal ? Développer des réservoirs capables de conserver l'hydrogène liquide à -253°C pendant neuf jours de vol : “une technologie encore inexistante à ce jour", souligne Bertrand Piccard. "Ce n'est pas juste un matériau, c'est tout un système technologique qui doit être assemblé", complète Jed Richter. "Il a déjà été démontré que des réservoirs hydrogène peuvent fonctionner quelques heures. Mais une mission continue de neuf jours, c'est un bond énorme !

Quand l'IA accélère les choses…

Si Syensqo apporte son expertise en matériaux composites ultra-légers et ses capacités de R&D, le groupe s'appuie également sur son écosystème de startups pour accélérer l'innovation au sein du projet. C'est là qu'intervient notamment Plyable, une plateforme britannique de fabrication numérique propulsée par l'IA. Syensqo Ventures a d’ailleurs investi dans Plyable en 2022, au début du développement de leur logiciel.

Grâce à la plateforme Plyable, Syensqo peut s'appuyer sur l'intelligence artificielle pour optimiser la conception, notamment celle des winglets [les petits ailerons au bout des ailes qui réduisent la traînée] et du radôme [le nez de l'avion], ce qui réduit la traînée et améliore les performances aérodynamiques”, explique Bertrand Piccard.

“Climate Impulse est un projet phare pour l'aviation durable et le prolongement naturel de la longue collaboration de Plyable avec Syensqo”, déclare pour sa part Jamie Snudden, le directeur commercial de Plyable.

Pour Syensqo, c’est la vitesse à laquelle les idées peuvent devenir réalité grâce à Plyable qui fait toute la différence. “Leur plateforme nous aide à concevoir les processus et à fabriquer les éléments nécessaires pour produire les composants de Climate Impulse,” explique Jed Richter. “Du design initial aux pièces finales, nous parlons d'un délai de six semaines pour l'outillage, puis deux semaines supplémentaires pour la fabrication des composants, soit environ huit semaines au total. Il y a cinq ans, on aurait été sur un calendrier de 15 à 20 semaines. Ils ont vraiment déplacé le curseur sur ces délais."

Un écosystème de plus de 20 startups

Plyable n'est qu'un exemple parmi une vingtaine de startups impliquées dans Climate Impulse. "Elles interviennent sur divers composants : structure, train d'atterrissage, hélice, verrière, optimisation des piles à combustible", énumère Bertrand Piccard.

Cette collaboration avec des startups fait partie intégrante de la stratégie d'innovation du groupe Syensqo. Via ses équipes ventures, mais aussi tous ses chercheurs et scientifiques, le groupe estime identifier 500 à 600 entreprises innovantes par an dans le monde. Les collaborations peuvent ensuite prendre différentes formes : investissement, fourniture de matériaux, partage d’expertise pour la phase industrielle, relation commerciale client/fournisseur (comme c'est le cas par exemple avec Plyable).

Un projet qui prépare l'aviation de demain

Un projet comme Climate Impulse est le terrain idéal pour ces collaborations. Car au-delà de l'exploit technique, Climate Impulse est pensé comme un catalyseur d'innovation à long terme. "Si vous regardez notre portefeuille aujourd'hui, dans les composites ou les batteries, nous avons des matériaux et des produits qui ont été conçus grâce au travail réalisé avec Solar Impulse", rappelle Jed Richter, qui ajoute qu’"une des raisons pour lesquelles nous soutenons Climate Impulse aujourd'hui, c'est pour développer les technologies qui définiront peut-être les industries dans les 5 à 10 prochaines années."

Pour Bertrand Piccard, même si le chemin est encore long, le message est clair : "Le projet vise à contrer le pessimisme ambiant sur l'impossibilité de décarboner l'aviation. L'hydrogène vert est une technologie clé pour une industrie propre." Climate Impulse doit maintenant prouver que l'aviation zéro émission n'est pas une utopie. 

De premiers vols tests sont déjà prévus cette année à Châteauroux. D'ici mars 2029, les deux pilotes, Bertrand Piccard et Raphaël Dinelli, devraient s’élancer pour leur tour du monde de neuf jours. "J'aime le genre de projet où, la première fois que quelqu'un vous le décrit, vous pensez 'c'est fou, on n'y arrivera jamais'", conclut Jed Richter. "C'est ce type de projet qui peut vraiment générer de belles innovations."