Malgré les vents contraires qui secouent l’agriculture, l’agritech française maintient le cap. Après deux années difficiles en matière de financement, la filière a vu ses levées de fonds repartir légèrement à la hausse en 2025, avec 213 millions d’euros par les jeunes pousses tricolores du secteur, selon France Invest.
Si ce n’est pas un scoop que l’agritech est l’un des parents pauvres de la French Tech, elle affiche néanmoins un visage conquérant à l’occasion du Salon de l’Agriculture, qui se tient cette semaine Porte de Versailles, à Paris. Il faut dire qu’avec une population mondiale qui ne cesse de grossir, des terres agricoles qui diminuent et des catastrophes naturelles qui menacent de plus en plus les récoltes, mettre l’innovation au service des agricultures est plus que jamais un impératif. Surtout à l’ère de l’IA qui leur offre de nouveaux outils pour mieux surveiller l’activité de chaque parcelle ou de chaque animal pour optimiser le rendement des exploitations agricoles.
41 startups présentes Porte de Versailles
C’est dans ce contexte que La Ferme Digitale a débarqué au Salon de l’Agriculture le week-end dernier. Une édition particulière pour la structure, puisque celle-ci fête sa première décennie d’existence. Pour l’occasion, elle a embarqué 41 startups (ReSoil, Miimosa, Agryco, Weenat, Carbone Farmers…) qui exposent sur 600 mètres carrés, contre une trentaine sur 150 mètres carrés en 2017. Une illustration que l’écosystème agritech français a gagné en maturité au cours de la décennie écoulée.
Pour célébrer ses dix ans, La Ferme Digitale organise une cinquantaine de conférences et tables rondes, ainsi qu’un hackathon centré sur l’IA, avec plus de 10 équipes pour développer en 48 heures des solutions concrètes pour les agriculteurs. Une manière de démontrer la vitalité du secteur alors que l’association compte désormais 130 membres, dont 80 startups, pour fédérer près de 4 000 collaborateurs dans l'agroécologie, l'innovation technologique et la souveraineté alimentaire.
Pour rappel, l’organisation avait été fondée en 2016 par 5 startups : Agronomie, Miimosa, Ekylibre, Weenat et Monpotager.com. Un peu plus optimiste que France Invest, La Ferme Digitale estime que l’écosystème tricolore agritech a levé 315 millions d’euros dans le cadre de 38 opérations en 2025.
Consolider pour mieux rayonner
Si l’association se félicite du chemin parcouru dans un contexte toujours plus compliqué pour la sphère agricole, elle ne perd pas de vue les chantiers qui restent à mener pour l’avenir. En marge du Salon de l’Agriculture, La Ferme Digitale a ainsi identifié quatre enjeux pour la prochaine décennie : la souveraineté alimentaire pour passer de la dépendance à l'autonomie technologique et alimentaire, la performance économique pour assurer un revenu digne aux agriculteurs, la transition écologique pour faire de la durabilité un avantage compétitif et non un coût, ainsi que le rayonnement international pour faire de l'innovation française le modèle exportable vers l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Asie.
Face à ces défis, la structure présidée par Jérome Le Roy, le dirigeant de la startup Weenat, estime que les startups du secteur sont à la croisée des chemins. En effet, l’heure de la consolidation a sonné pour elles et une fusion entre certaines de ces jeunes pousses semble inéluctable pour donner naissance à des acteurs de taille conséquente pour avoir de véritables ambitions à l’international. Sous peine de vivre des années de vaches maigres.
Pour atteindre cette taille critique, La Ferme Digitale estime qu’il faut générer un chiffre d’affaires compris entre 10 et 20 millions d’euros, et bien entendu avoir déployé ses ailes dans plusieurs pays. C’est donc un sacré défi de croissance qui attend les startups tricolores de l’agritech dans les prochaines années pour avoir une force de frappe internationale face aux États-Unis et la Chine, deux pays qui caracolent en tête en matière d’investissements dans l’agritech mondiale.