Toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort ! C’était la phrase fétiche d’Olivier Minne dans Fort Boyard mais l’adage s’applique tout aussi bien à OpenAI, adepte de la folie des grandeurs dans l’intelligence artificielle. Habituée à des opérations colossales, l’entreprise californienne vient à nouveau de faire frémir les investisseurs de la tech mondiale avec un nouveau tour de table XXL de 110 milliards de dollars.

Pour cette levée de fonds hors du commun, OpenAI a réuni trois mastodontes de la tech : Nvidia, dont les puces électroniques font littéralement chauffer la frénésie dans l’IA, Amazon, géant du cloud et de l’e-commerce, et SoftBank, mastodonte japonais qui mise sur l’IA pour se refaire une santé après des années compliquées marquées par des paris ratés comme WeWork. Dans le détail, Amazon a mis 50 milliards de dollars sur la table, tandis que Nvidia et SoftBank ont chacun investi 30 milliards de dollars. Microsoft, partenaire historique d’OpenAI qui possède déjà 27 % du capital de l’entreprise, n'a pas pris part à cette opération.

Guerre des étoiles entre Sam Altman et Elon Musk

Ce méga-tour de table porte la valorisation d’OpenAI à 730 milliards de dollars, contre 500 milliards en octobre dernier. Une valorisation délirante à la hauteur de l’euphorie qui règne dans la tech autour de l’IA depuis trois ans et la sortie de ChatGPT. Néanmoins, cela ne place pas l’entreprise américaine au sommet des entreprises non-cotées les plus valorisées au monde.

Et pour cause, Elon Musk a décidé il y a quelques semaines de fusionner xAI, sa société dédiée à l’IA, et SpaceX, son entreprise spatiale, pour littéralement propulser l’IA dans l’espace. Objectif affiché : bâtir en orbite des centrales photovoltaïques géantes, combinées à des centres de données pour faire tourner l’IA. Selon Bloomberg, la nouvelle entité issue de cette fusion atteindrait une valorisation de 1 250 milliards de dollars. Le Financial Times table même sur 1 500 milliards de dollars. Bref, la guerre des étoiles continue !

De son côté, Sam Altman n’est pas encore dans le cosmos. Mais l’entrepreneur américain doit faire face à une concurrence toujours plus forte, notamment face à Anthropic, qui a levé 30 milliards de dollars pour une valorisation à 380 milliards de dollars il y a quelques semaines, et son patron Dario Amodei, un ancien cadre d’OpenAI. Les deux figures mondiales de l’IA ont marqué les esprits bien malgré eux il y a quelques jours lors du sommet de l’IA en Inde. Alors que le Premier ministre indien Narendra Modi avait lancé une chaîne humaine pour faire passer un message mondial d’espoir et d’unité autour de l’IA, Sam Altman et Dario Amodei ont refusé de se tenir la main. Un symbole des divisions entre les deux hommes.

Pertes colossales

En tout cas, OpenAI répond aux doutes entourant sa pérennité avec cette levée de fonds. Alors que l’entreprise américaine a été sérieusement bousculée ces derniers temps face à Anthropic, très offensif sur le front B2B, et Google, qui rayonne auprès du grand public avec Gemini, elle rappelle qu’elle détient toujours un énorme pouvoir d’attrition auprès des investisseurs et des poids lourds de la tech mondiale. Ce tour de table est d’ailleurs assorti de partenariats avec Nvidia pour accéder à ses fameuses puces tant convoitées, et Amazon pour tirer profit de l’infrastructure cloud d’AWS.

OpenAI a beau perdre des milliards de dollars chaque année, la société s’attendant d’ailleurs à brûler 218 milliards de trésorerie d’ici 2029, Sam Altman est donc confiant pour l’avenir. Quant au chiffre d’affaires, il est attendu à 20 milliards de dollars cette année, contre 13 milliards l’an passé. Concernant les pertes, OpenAI table sur 44 milliards de dollars entre 2023 et fin 2028, avant de dégager un bénéfice de 14 milliards de dollars en 2029. La folie des grandeurs est décidément loin d’être terminée dans l’IA…