Alors que le débat sur la désindustrialisation française reste vif, les chiffres de Bpifrance racontent une histoire plus nuancée. Selon le quatrième Observatoire de l’industrie présenté par Nicolas Dufourcq, directeur général et Paul-François Fournier, directeur exécutif de l'innovation, le solde des ouvertures et fermetures d’usines reste globalement stable en France.
En 2025, le pays a enregistré 245 ouvertures de sites industriels pour 244 fermetures, soit un léger solde positif. « Nous sommes sur un plateau : le décompte est stable. Par rapport à ce qu’on entend au sujet d’une dégringolade de l’industrie française, nos chiffres racontent une autre histoire », a souligné Nicolas Dufourcq.
Dans ce bilan, les startups industrielles apparaissent comme les principales créatrices de nouveaux sites. L’année dernière, elles ont ouvert 75 usines contre 34 fermetures, soit 2,2 fois plus d’ouvertures que de fermetures. À l’inverse, les grands groupes et les entreprises plus matures affichent un solde négatif. Les grands groupes ont ainsi enregistré 59 fermetures pour 42 ouvertures, tandis que les PME et ETI comptabilisent 151 fermetures pour 128 ouvertures.
3500 startups industrielles en France
Cette dynamique repose sur un écosystème en pleine structuration. La France compte désormais 3500 startups à vocation industrielle, selon Bpifrance. Leur profil type est assez spécifique : 14 millions d’euros d’investissement moyen, 4500 m² de foncier, une cinquantaine d’emplois à temps plein et un âge moyen de sept ans.
La frontière entre startup industrielle et PME reste toutefois parfois floue. Avec plusieurs années d’existence et des effectifs déjà structurés, certaines entreprises pourraient être assimilées à des PME. « C’est une question qui mérite d’être posée car il existe une zone grise. Dans environ 20 % des cas, nous devons arbitrer », reconnaissent les équipes de Bpifrance.
Le critère déterminant reste celui du financement. « Si l’entreprise a encore besoin d’argent neuf pour survivre, nous considérons que c’est une startup, même si elle a été fondée dix ans plus tôt », expliquent-elles. Ces startups industrielles occupent aujourd’hui une place importante dans l’écosystème French Tech. En 2025, elles ont capté 43 % des fonds levés.
Leurs activités se répartissent dans sept grands segments : industrie verte, santé, biens de consommation et équipements, agriculture et agroalimentaire, industrie 4.0 et électronique, énergies, mobilité et transport. Un tiers relèvent de la deeptech, la moitié sont des greentech et 76 % sont implantées en dehors de l’Île-de-France. Ensemble, elles génèrent 6,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
L’appel de Bpifrance à un plan France 2040
Cette dynamique s’inscrit dans le cadre du plan « Startups et PME industrielles » lancé en 2022 pour cinq ans. L’objectif initial était de soutenir 100 nouvelles implantations industrielles. Il a déjà été dépassé, avec 200 implantations recensées.
Le programme repose notamment sur les financements du plan France 2030, qui prévoit 2,3 milliards d’euros engagés sur cinq ans. Pour Nicolas Dufourcq, l’enjeu est désormais de prolonger cet effort dans la durée. « Il nous faut absolument un plan France 2040 », a-t-il plaidé.
Le dirigeant de Bpifrance appelle également l’Europe à mobiliser davantage son épargne pour financer ses propres champions technologiques. « Trop souvent, nous devons aller chercher de l’argent hors de l’Union européenne : aux États-Unis, en Asie et dans le Golfe, alors que nous sommes l’empire le plus riche en termes d’épargne disponible. »
Il cite notamment les levées de fonds de plusieurs startups deeptech françaises : « Dans le tour de table de Pasqal, il n’y a pas eu un Européen. Pour Alice & Bob, on est allé chercher le Qatar. Je trouve inadmissible que l’Europe finance la tech américaine… et pas la tech européenne. »