L’Europe veut changer de braquet sur le financement de ses champions technologiques. Avec la deuxième génération de son programme European Tech Champions Initiative (ECTI), le groupe BEI (Banque européenne d’investissement) cible un point de fragilité bien identifié : le financement des scale-up.
L’enjeu est clair. Si l’Europe sait faire émerger des startups, elle peine encore à les accompagner au moment où elles doivent changer d’échelle, avec des besoins en capitaux qui se chiffrent en centaines de millions d’euros. C’est précisément sur ce segment que ce nouveau véhicule entend se positionner.
Lancée en 2023 avec six États membres (Allemagne, France, Italie, Espagne, Belgique et Pays-Bas), la première version du programme affichait une taille initiale proche de 4 milliards d’euros. Elle a notamment permis d’investir dans plusieurs licornes européennes, dont ContentSquare et EcoVadis.
Avec cette nouvelle génération, l’ambition monte d’un cran. L’Europe vise désormais jusqu’à 15 milliards d’euros d’investissements dans les fonds de la tech, soit un niveau quatre fois supérieur. Un premier closing est attendu dans les prochains mois, avec une enveloppe déjà engagée de 1,25 milliard d’euros par le groupe BEI.
Ouvrir le dispositif aux investisseurs privés
Autre évolution majeure : l’ouverture à de nouveaux profils d’investisseurs. Aux côtés des États, des acteurs privés pourront désormais participer directement au dispositif. Assureurs, fonds de pension, banques commerciales, sociétés de gestion d’actifs ou fondations sont appelés à rejoindre l’initiative.
L’objectif est double : mobiliser davantage de capitaux et structurer un marché encore fragmenté à l’échelle européenne. « Le moment est venu pour l’Union des marchés de capitaux en Europe, et le Groupe BEI répond à l’appel des dirigeants européens en déployant des instruments paneuropéens pour renforcer la compétitivité européenne », souligne Nadia Calviño, présidente du Groupe BEI. « Transformer l’épargne en investissement et prendre la tête des technologies de demain sont au cœur de la souveraineté européenne. »
Jusqu’à 200 millions d’euros par fonds
Concrètement, l’ECTI 2 interviendra en tant que fonds de fonds, opéré par le FEI, en investissant directement dans des véhicules de capital-risque européens. Le dispositif sera opéré par le Fonds européen d’investissement (FEI), le bras d’investissement du groupe BEI dans les fonds. Il pilotera la sélection et l’allocation des investissements.
Les tickets pourront atteindre jusqu’à 200 millions d’euros par fonds, contre une moyenne d’environ 60 millions lors de la première version. Le montant investi dépendra notamment de la maturité de l’écosystème local : plus celui-ci est structuré, plus les tickets pourront être significatifs.
Ces fonds cibleront des startups en phase avancée, capables de lever plusieurs centaines de millions d’euros, généralement à partir de la série C. Les secteurs visés sont la deeptech, le quantique, la cleantech, la cybersécurité ou encore la défense.
Créer un effet d’entraînement sur le marché
Au-delà des montants directement engagés, l’Europe affiche une ambition plus large : générer un effet de levier sur l’ensemble du marché. Avec ce dispositif, elle espère mobiliser jusqu’à 80 milliards d’euros d’investissements dans les scale-up européennes, contre environ 20 milliards pour la première version.
L’objectif est aussi d’éviter que les startups européennes ne se tournent massivement vers des capitaux étrangers pour financer leur croissance, au risque de voir leur centre de décision se déplacer. Dans cette logique, le groupe BEI prévoit également de déployer une série d’outils pour accompagner les fonds et les fondateurs, notamment sur les enjeux de sortie et d’introduction en bourse.
Un signal supplémentaire envoyé à un écosystème qui cherche encore à transformer ses succès technologiques en leaders mondiaux durables.