27 mars 2026
27 mars 2026
Temps de lecture : 8 minutes
8 min

Comment l’IA a remis San Francisco au centre de la tech mondiale

DEPUIS SAN FRANCISCO – Après une période difficile pendant la pandémie de Covid-19, San Francisco connaît une renaissance éclatante avec l'IA. Toute la ville vibre au rythme de cette révolution technologique.
Temps de lecture : 8 minutes
Maddy+ Réservé aux abonnés

Il y a encore cinq ans, nombreux étaient les observateurs à estimer que San Francisco était sur le déclin et que d’autres villes américaines prenaient le relais, comme New York, Miami et Austin. Mais c’était sans compter sur le raz-de-marée de l’intelligence artificielle qui a tout renversé sur son passage et redonné à San Francisco une place encore plus importante sur la scène technologique mondiale.

En effet, le lancement de ChatGPT par OpenAI, entreprise basée à San Francisco, a enclenché une vague d’engouement hors normes autour de l’IA et une incroyable dynamique entrepreneuriale dans la capitale tech du «Sunshine State». Parmi les plus de 17 000 startups que compte la ville californienne, près de 2 000 sont uniquement concentrées sur l’IA, avec une traction impressionnante ces trois dernières années.

En 2023, ce sont 342 startups IA qui ont été fondées à San Francisco, puis 320 en 2024 et 208 en 2025, selon la plateforme d’intelligence économique Tracxn. Rien que l’année écoulée, ce sont 86 milliards de dollars qui ont été levés par ces startups IA. A titre de comparaison, ce sont seulement près de 7 milliards d'euros qui ont été levés par les startups françaises en 2025. L’euphorie autour de l’IA est donc à son paroxysme à San Francisco et cela se voit dans toute la ville, notamment sur les grands panneaux publicitaires au bord des routes. Parmi les innombrables publicités IA, l’une a particulièrement retenu notre attention : «Bet on yourself, quit your job» (Misez sur vous-même, quittez votre emploi, ndlr). Difficile de faire plus explicite…

«Les startups ont conquis le terrain des corporates»

Loin de l’époque de la crise sanitaire où le télétravail avait vidé les bureaux du centre-ville, San Francisco a retrouvé toute sa vitalité, avec un cœur qui bat pour l’IA. A tel point que la ville commence à être plus attractive que la légendaire «Silicon Valley», au sud de la baie. «Pendant le Covid, San Francisco a perdu 10 % de ses habitants, mais le moteur de l’immigration est revenu. Et avec l’IA, la ville rayonne tellement ! Avant, les startups partaient systématiquement dans la Silicon Valley. Mais les choses ont bien changé. Désormais, deux tiers des boîtes dans l’IA sont à San Francisco et un tiers dans la Silicon Valley», observe Matthieu Soulé, qui dirige le C.Lab de Cathay Innovation à San Francisco.

Ce dernier travaille aux côtés d’Arnaud Auger, qui se réjouit de la renaissance de la ville : «L’IA a complètement relancé San Francisco. C’est vraiment the place to be !» Plus globalement, l’IA a accéléré la prise de pouvoir des startups au cœur de la ville par rapport aux grands groupes historiques. «Les startups ont conquis le terrain des corporates. Elles ont notamment étendu leur terrain dans le Financial District, où l’on peut trouver Twitch et Coinbase par exemple. Il y a aussi Uber à côté du Chase Center (la salle des Warriors en NBA, ndlr) Salesforce a été la première vraie startup majeure à se créer ici et Twitter a suivi», explique Arnaud Auger, qui est aussi un «bio hacker» reconnu dans les domaines de la santé et de la longévité. En effet, il est difficile de manquer Salesforce, entreprise fondée en 1999, dans le quartier financier avec son imposante tour éponyme qui est d’ailleurs le plus haut gratte-ciel de la ville depuis son ouverture en 2018.

La vue depuis les bureaux de Cathay Innovation à San Francisco.

«YC était très anti-SF»

Preuve que cette conquête des startups sur le terrain des corporates passe désormais inévitablement par l’IA, Anthropic s’est installé dans les locaux de l’ancien siège social de Slack. Même Y Combinator (YC), célèbre accélérateur américain, a fini par poser ses valises dans la ville, dans le quartier de Dogpatch, en 2023 après 17 années à Mountain View dans la «Silicon Valley». «YC était très anti-SF. Mais finalement, ils se sont rendus compte que les startups allaient dans la ville, comme Airbnb (entreprise qui est d’ailleurs passée par YC en 2009, ndlr)», souligne Matthieu Soulé.

Avec l’envol de l’IA générative, l’accélérateur californien a été conforté dans son choix de se repositionner à San Francisco. Surtout que son patron actuel, Garry Tan, nourrit une obsession sur le sujet. Il n’a d’ailleurs pas manqué de le souligner il y a quelques jours au festival South by Southwest (SXSW) à Austin, au Texas. «Je dors à peine quatre heures par nuit en ce moment. Je suis atteint de cyberpsychose, mais je pense qu'un tiers des PDG que je connais en souffrent aussi», a-t-il plaisanté. Avant d’ajouter : «Une fois qu’on y a goûté, on comprend : c’est comme si j’avais pu recréer ma startup qui avait levé 10 millions de dollars en capital-risque et mobilisé 10 personnes (Il a vendu Posterous, une plateforme de blogging soutenue par Y Combinator, à Twitter en 2012, ndlr). J’y ai travaillé pendant deux ans et j’ai même pris des anti-narcoleptiques.» Pour l'anecdote, Sam Altman a dirigé Y Combinator entre 2014 et 2019, avant de pleinement se concentrer sur OpenAI, entreprise qui déchaîne les passions depuis la sortie de ChatGPT.

«Cerebral Valley» et «hacker houses»

Au-delà des poids lourds de l’IA qui s’emparent de San Francisco, de nombreux entrepreneurs ambitieux posent leurs valises dans la ville pour construire leur projet. La plupart d’entre eux, notamment ceux passés par Y Combinator, s’installent dans des «hacker houses», des maisons où les équipes vivent ensemble pour optimiser leur productivité et ainsi accélérer le développement de leur société. Ces colocations pour entrepreneurs, mises en lumière dans la série «Silicon Valley» ont notamment poussé dans le quartier de Hayes Valley, à deux pas des célèbres Painted Ladies. Ces «hacker houses» sont tellement nombreuses que le quartier est désormais surnommé la «Cerebral Valley».

Dans ce secteur, on trouve notamment la «hacker house» de 14.ai, startup lancée par Marie Schneegans et Michael Fester, co-fondateur de Snips (société parisienne rachetée par Sonos en 2019) avec Rand Hindi, pour améliorer le support client. En optant pour cette approche extrême de l’entrepreneuriat, le tandem prolonge ainsi l’intensité de son expérience au sein de Y Combinator. «YC, c’était dur. Émotionnellement, j’avais des hauts et des bas toutes les semaines. Mais j’y ai fait des rencontres incroyables ! J’ai rencontré mes meilleurs amis à YC, tout comme mes investisseurs et clients. Ma vie est YC !», confie Marie Schneegans. «Il n’y a rien de mieux pour l’IA que d’être à San Francisco. C’est le meilleur endroit pour recruter, lever des fonds et avoir les meilleurs clients. Ici, il y a une ambition tellement forte. Rien ne me paraît impossible», ajoute-t-elle avec un grand sourire.

Marie Schneegans, co-fondatrice de 14.ai.

«Entreprendre à San Francisco, c’est comme jouer la Ligue des Champions»

Pour les Français de passage à San Francisco, la méthode californienne fascine. Et forcément, ces «maisons entrepreneuriales» à l’américaine deviennent des objets d’attraction. «Les hacker houses ne sont pas un simple prolongement de l’expérience Y Combinator : elles sont la culture YC. Finalement, les locaux officiels de Y Combinator se résument à un immeuble très classique, avec peu de branding et des infrastructures basiques. La vraie magie opère dans les hacker houses. Quand on y entre, on pénètre dans le temple de la création, de l'entrepreneuriat et de la détermination», estime Alan Huet, co-fondateur et CMO de Fundora, plateforme d’investissement française qui a conduit durant ce mois de mars une «Learning Expedition» au cœur de l’écosystème de Y Combinator. «Chaque maison possède sa propre atmosphère, son propre ADN, parfaitement aligné sur les objectifs de la startup. C’est ce qui fait vraiment vibrer San Francisco et c'est un outil d’entrepreneuriat redoutable dont on devrait s’inspirer en France», ajoute-t-il.

A l’issue de ce séjour californien, l’entrepreneur français pourrait-il être tenté de vivre le rêve américain à San Francisco ? «De plus en plus de Français partent s'y installer. Suis-je tenté ? Je suis un grand patriote. J’aime mon pays et je suis très reconnaissant pour ce qu’il m’a permis d'accomplir. Je suis profondément attaché à Fundora et à la valeur que nous créons en France. Aujourd'hui, j’ai trouvé un excellent équilibre en ayant un pied dans chaque écosystème : nous proposons sur notre plateforme des fonds d'investissement américains, ce qui permet à nos compatriotes de profiter de cette innovation et de cette culture US, tout en restant ancrés en France», répond-il. Avant de conclure : «Entreprendre à San Francisco, c’est comme jouer la Ligue des Champions. C'est le plus haut niveau d'ambition possible. Il est évident que c'est très attirant et qu'une aventure là-bas à l'avenir serait difficile à refuser.»

Vous l’aurez compris, San Francisco est définitivement «the place to be» pour lancer un projet autour de l’intelligence artificielle.

Maddyness IA
Une newsletter hebdo 100% dédiée à l'IA pour recevoir un résumé des dernières actualités.
Maddy+ Réservé aux abonnés
Partager
Ne passez pas à côté de l'économie de demain, recevez tous les jours à 7H30 la newsletter de Maddyness.
Légende photo :
Le Golden Gate Bridge, symbole de San Francisco. Crédit : Maxence Fabrion/Maddyness.