Doctolib franchit une nouvelle étape. Quelques mois après avoir atteint la rentabilité pour la première fois, la licorne française spécialisée dans la prise de rendez-vous médicaux a organisé une opération significative sur le marché secondaire.
Un peu moins de 300 millions d’euros d’actions ont été échangées à cette occasion. L’opération concerne principalement des business angels historiques ainsi que des salariés de longue date, qui ont pu céder une partie de leurs titres et concrétiser une partie de la valeur créée depuis les débuts de l’entreprise.
Encore marginal il y a quelques années, le marché secondaire s’impose progressivement comme un outil clé dans l’écosystème tech. Il permet à de nouveaux investisseurs d’entrer au capital en rachetant des titres existants, sans dilution ni levée de fonds, tout en offrant de la liquidité à des actionnaires en place.
Un nouvel actionnariat, sans changement de cap
À l’occasion de cette transaction, Doctolib fait entrer plusieurs nouveaux investisseurs à son capital. Parmi eux, Generation Investment Management, le fonds cofondé par Al Gore, ainsi que A.P. Moller Holding, bras d’investissement de la famille derrière le géant du transport maritime Maersk, et Athos KG, family office allemand spécialisé dans les sciences de la vie et la technologie.
« Nous avons choisi ces partenaires pour leur connaissance du secteur de la santé, leur ancrage en Europe et leur alignement avec notre mission », indique l’entreprise, contactée par Maddyness. L’opération reste sans conséquence sur la gouvernance : aucun changement au board, ni dans la stratégie. La scale-up cofondée et dirigée par Stanislas Niox-Chateau, poursuit sa trajectoire avec les mêmes priorités. Doctolib a réalisé 422 millions d’euros de revenus annuels récurrents (ARR), en 2025, en croissance de plus de 30 %.
Rentabilité, croissance… mais des valorisations sous pression
Cette opération fait ressortir une valorisation de 3,6 milliards d’euros, contre 5,8 milliards lors de sa dernière levée de fonds en 2022, comme Maddyness le révélait il y a un mois. Un écart qui illustre le réajustement en cours des valorisations dans la tech, dans un contexte de raréfaction des financements et d’instabilité géopolitique.
Au-delà du cas Doctolib, c’est l’ensemble de l’écosystème qui évolue. Après une décennie dominée par la course à la croissance et aux levées de fonds, la French Tech entre dans une nouvelle phase, plus mature, marquée par une exigence accrue de rentabilité.
Dans ce contexte, le marché secondaire s’impose comme une voie de sortie partielle pour les investisseurs et un levier de fidélisation pour les équipes, à défaut d’introductions en Bourse ou de rachats massifs par des industriels.
Accélération sur l’IA et expansion internationale
Sur le plan opérationnel, Doctolib entend accélérer sur l’intelligence artificielle, alors que des acteurs comme OpenAI et Google renforcent leur présence dans le secteur de la santé.
Après avoir recruté plusieurs profils issus de la Silicon Valley en début d’année et créé un laboratoire d’IA clinique avec le CHU de Nantes, l’entreprise prépare le lancement sur le marché de son assistant destiné aux parents. Annoncé l'année dernière par Stanislas Niox-Chateau, et accessible par abonnement, cet outil permettra de répondre à des questions de santé et de proposer des recommandations, sans diagnostic ni prescription, conformément au cadre réglementaire.
Déjà implantée en Allemagne et en Italie, la scale-up poursuit également son développement international et pourrait ouvrir un nouveau marché dans les prochains mois. Enfin, Doctolib n’exclut pas une introduction en Bourse à moyen terme, sans calendrier précis à ce stade