Avec plus de 185 licornes créées et un écosystème tech valorisé à 1 200 milliards de dollars, le Royaume-Uni se présente comme le troisième hub technologique mondial derrière les États-Unis et la Chine. En outre, le pays se classe également au troisième rang mondial pour les investissements en capital-risque dans l'IA.

Trois scale-up implantées au Royaume-Uni illustrent parfaitement cette dynamique : Synthesia, spécialisée dans la création de vidéos par IA, ElevenLabs, experte en synthèse vocale, et Luminance, pionnière de l'IA appliquée au droit. Toutes trois affichent des ambitions internationales fortes et développent déjà une présence significative en France.

Synthesia : la vidéo par IA adoptée par 90% du Fortune 100

Valorisée à 4 milliards de dollars après sa levée de fonds de janvier 2026, Synthesia s'est fait une spécialité de la création de vidéos par intelligence artificielle. Sa technologie permet aux entreprises de produire rapidement du contenu vidéo pour les formations, la communication interne ou le marketing, sans avoir besoin de tournages traditionnels.

Synthesia compte passer le cap des 200 millions de dollars de revenu annuel récurrent (ARR) en 2026. Sa plateforme créée en 2017 est déjà utilisée par 90% des entreprises du Fortune 100. En France, la scale-up compte notamment parmi ses clients le groupe Decathlon, avec qui un partenariat a été annoncé lors du Sommet UK-France en juillet dernier. 

“Avec des clients comme Decathlon, nous commençons par des cas d'utilisation très pratiques comme la formation, l'onboarding et les communications internes - des domaines où la vidéo fait une différence significative. Ces premiers projets pilotes sont conçus pour s'intégrer directement dans les processus existants”, explique Daniela Chordia-Doll, Vice-Présidente Europe chez Synthesia.

"La France est une grande partie de notre stratégie et nous voulons être ancrés dans l'écosystème français et européen, en plus d'y vendre nos solutions", précise-t-elle. Cette approche se traduit notamment par des investissements dans des équipes locales et une attention particulière portée aux spécificités réglementaires européennes.

Siège de Synthesia à Londres

Des agents conversationnels pour la formation

En plus de la simple création vidéo, Synthesia développe désormais une nouvelle génération de produits basés sur des agents conversationnels. "Ces produits permettent aux équipes de mener des jeux de rôle et des scénarios conversationnels comme des conversations de vente, des interactions clients et des situations opérationnelles", explique Daniela Chordia-Doll.

L'objectif ? Permettre aux collaborateurs de s'entraîner, d'obtenir du feedback et de progresser. "Cela bénéficie aux collaborateurs en les aidant à développer leur confiance et leurs compétences sans pression, et cela bénéficie aussi aux employeurs en leur permettant d'identifier où les équipes peinent afin d'adapter la formation en conséquence", détaille-t-elle.

Les premiers pilotes de l’entreprise démontrent un engagement plus élevé et un transfert de connaissances plus rapide que les formats de formation traditionnels.

Daniela Chordia-Doll, Vice-Présidente Europe chez Synthesia 

ElevenLabs : l'explosion de la synthèse vocale

Autre success story “made in Britain”, ElevenLabs vient de boucler en février 2026 une levée de fonds de 500 millions de dollars, portant sa valorisation à 11 milliards de dollars, soit plus du triple de valorisation d'il y a un an. La licorne, qui développe une technologie de synthèse vocale et d’agents conversationnels, affiche désormais un ARR de plus de 330 millions de dollars.

"En tant que champion européen de l'IA, nous nous engageons à rendre l'Europe compétitive dans la course mondiale à l'IA, tout en veillant à ce que l'adoption de l'IA reste sûre, sécurisée et responsable", affirme Jonathan Chemouny, responsable Go-To-Market Europe chez ElevenLabs.

La France figure parmi les marchés à plus forte croissance pour ElevenLabs, qui y a déjà séduit de nombreux clients : Alan dans la santé, Adecco dans le recrutement, OpenClassrooms dans l'éducation ou encore M6 et TV5Monde dans les médias.

Des agents vocaux pour le service client

L'opportunité la plus forte identifiée par ElevenLabs en France ? Les agents vocaux pour le service client. "Nous avons récemment annoncé un partenariat avec Revolut, et nous constatons une adoption rapide en France", souligne Jonathan Chemouny. "Ce qui est intéressant, c'est l'accélération de l'adoption par les grands acteurs plus traditionnels dans un large éventail d'industries : luxe, santé, voyage. Ils testent et constatent que les agents sont prêts pour la mise en production à grande échelle."

Cette dynamique a été renforcée par une mise à jour majeure de la plateforme : les agents vocaux d'ElevenLabs offrent désormais des temps de réponse plus rapides et une expressivité améliorée, tout en supportant plus de 70 langues. "Cela permet aux entreprises européennes et françaises de passer à l'échelle facilement, non seulement en Europe, mais aussi dans le reste du monde", précise le responsable.

La startup mise également sur les écosystèmes locaux des pays où elle s’investit : participation à des événements, sponsoring, relations presse, mais aussi soutien aux entrepreneurs via un programme de subventions offrant trois mois de crédits gratuits aux startups, ou des hackathons organisés dans 14 villes européennes.

Luminance : l'IA au service du droit et de la compliance

Née de la recherche à l'Université de Cambridge, Luminance s'est pour sa part imposée comme une référence dans l'IA appliquée aux métiers juridiques. Avec une levée de fonds de 75 millions de dollars annoncée en février 2025, portant le total levé en 12 mois à plus de 115 millions de dollars, la scale-up britannique travaille désormais avec plus de 1 000 organisations réparties dans plus de 70 pays.

Dans cette phase d’hypercroissance, la France figure parmi les priorités stratégiques de Luminance. "Aux côtés de l'Allemagne, la France est l'un de nos principaux marchés européens après le Royaume-Uni, et nous y voyons un énorme potentiel de croissance", explique Eleanor Lightbody, CEO de Luminance. Parmi les partenaires français de l’entreprise : Dassault Systèmes, Lactalis, ou encore Banijay. 

Eliminer "l'amnésie d'entreprise"

Luminance se distingue sur le marché de l’IA par sa spécialisation dans l'analyse juridique de haut niveau. "Notre plateforme soutient les équipes juridiques à chaque étape du cycle de vie contractuel, de la rédaction et de la négociation à la gestion de référentiels et à l'automatisation continue des workflows", détaille Eleanor Lightbody.

"Notre dernière version élimine 'l'amnésie d'entreprise' en préservant la mémoire institutionnelle, en veillant à ce que le contexte derrière les contrats soit capturé, pas seulement le résultat", explique-t-elle. Concrètement, cela signifie que les équipes juridiques peuvent identifier les risques plus tôt et débloquer de nouvelles opportunités commerciales grâce à l’analyse de documents par l’IA.

La France et plus largement l'Union européenne, avec leurs environnements réglementaires complexes, représentent un terrain de jeu idéal pour Luminance. "Les entreprises doivent se conformer à la fois à la législation locale et à la réglementation européenne, ce qui accentue la demande d'une solution d'IA juridique capable de gérer la complexité. Avec l'entrée en vigueur de la loi européenne sur l'IA et la surveillance accrue de la conformité et de la gestion des risques, les organisations ont besoin de systèmes d'IA qu'elles peuvent déployer en toute confiance", souligne la CEO.

Un appel à une collaboration renforcée

Au-delà des succès commerciaux, ces trois entreprises partagent une vision commune : celle d'une Europe capable de rivaliser avec les États-Unis et la Chine dans la course à l'IA. Et pour y parvenir, la collaboration entre écosystèmes britannique et français apparaît comme un levier essentiel. "Le Royaume-Uni a clairement affirmé vouloir être une 'superpuissance de l'IA' et la France entend être une 'puissance de l'IA'. Il y a déjà une ambition partagée”, estime ainsi Eleanor Lightbody de Luminance.

Pour Jonathan Chemouny d'ElevenLabs, les deux pays disposent d'atouts complémentaires : "La France a un vivier de talents exceptionnel et Paris devient rapidement l'un des principaux hubs mondiaux de l'IA, avec Station F, le FAIR de Meta, Mistral, l'AMI de Yann LeCun, etc. Cela prouve que le Royaume-Uni et la France peuvent être compétitifs non seulement à l’échelle locale, mais aussi internationalement."

Les pistes de collaboration entre les deux écosystèmes ne manquent pas, comme le détaille Daniela Chordia-Doll de Synthesia, dont le CEO Victor Riparbelli a participé à la table ronde des CEO lors du Sommet UK-France. Elle évoque notamment “davantage de programmes transfrontaliers et de mise en relation via des événements conjoints réguliers, comme des semaines tech UK-France, des sommets communs et des plateformes partagées”

Le défi, selon Eleanor Lightbody, est de "faciliter le fonctionnement fluide des entreprises sur les deux marchés. Cela implique des arrangements de visas réciproques pour les talents techniques, des initiatives de recherche conjointes qui se traduisent en applications commerciales, et des cadres réglementaires interopérables plutôt que divergents."

Le message porté par ces trois scale-up prometteuses est pour le moins clair : si l'Europe veut des champions de l'IA compétitifs à l'échelle mondiale, elle doit créer des écosystèmes qui coopérent de façon harmonieuse et pragmatique.