Ce jeudi 9 avril marque quasiment les 100 premiers jours d’Emmanuel Durand à la tête d’EuraTechnologies. Si le principal intéressé s’amuse de cette période symbolique habituellement scrutée à chaque changement de locataire à l’Élysée, il n’en demeure pas moins que l’ex-directeur général de Snapchat France veut imprimer sa patte au sein de l’incubateur lillois pour lui redonner de la sérénité et un cap après plusieurs années mouvementées.

Pour acter cette nouvelle ère, EuraTechnologies a organisé aujourd’hui Founder 2 Founder pour permettre à Emmanuel Durand de présenter sa vision. «C’est un événement destiné à démontrer la valeur de l’écosystème nordiste. Et plus largement, c’est l’occasion de se demander si l’entrepreneuriat dans la tech est condamné à se limiter à Paris, Londres et Berlin. J’avais envie d’apporter ma réflexion sur le sujet pour casser les présupposés selon lesquels ça doit forcément se passer dans une grande capitale. Actuellement, il y a une redéfinition du développement des entreprises qui est en train de rebattre les cartes. Et dans ce cadre, je pense que le Nord et Lille en particulier ont un ensemble d’atouts très particuliers», explique le nouveau patron de l’incubateur lillois.

Lille au centre du «nouveau Palo Alto»

En effet, le dirigeant estime que Lille jouit notamment d’une situation géographique idéale. Et pour cause, la métropole figure en bonne place au sein d’une triangle géographique surnommé le «nouveau Palo Alto» (en référence à la ville californienne considérée comme le berceau de la «Silicon Valley»), qui passe par Paris, Londres et Amsterdam. «Et devinez qui se trouve au milieu…», sourit Emmanuel Durand.

En effet, Lille figure aux côtés d’une quinzaine d’autres villes qui nourrissent le tissu technologique dans ce triangle, comme Cambridge, Oxford, Eindhoven, Bruxelles, Anvers ou encore Rotterdam. Ce «nouveau Palo Alto» héberge 7 des 10 startups tech les mieux valorisées en Europe et 7 des principaux fonds de capital-risque du Vieux Continent. Autrement, Lille se situe en plein cœur d’une région à très fort potentiel dans la tech européenne, au sein de laquelle la métropole nordiste espère être l’un de ses principaux catalyseurs.

Lancement d’un programme d’accélération premium

Dans cette perspective, Emmanuel Durand a annoncé aujourd’hui le lancement de «The Square», un nouveau programme d’accélération pour accompagner des startups prometteuses à fort potentiel au niveau européen. «Le seul critère, c’est la capacité du fondateur à devenir un champion dans son secteur pour redéfinir les codes de ce dernier. C’est un programme très ambitieux taillé sur-mesure pour chacun. Il n’y a pas de nombre minimum de lauréats. La qualité des projets déterminera le nombre», précise Emmanuel Durand. Les candidatures sont ouvertes jusqu’à fin juin, avant qu’un jury se réunisse pour sélectionner les heureux élus début juillet.

La première promotion débutera son cursus en septembre pour une durée de six mois. Durant cette période, l’objectif sera d’épauler les startups retenues au travers de mises en relation stratégiques, de mentorat par des entrepreneurs expérimentés et d’immersions dans des écosystèmes internationaux de premier plan. «On veut donner un avantage compétitif à ces fondateurs, notamment dans leur capacité à lever des fonds et à adresser des marchés», indique le nouveau président du directoire d'EuraTechnologies. «On veut introduire la notion de sélectivité chère aux incubateurs californiens», ajoute-t-il, en référence notamment à Y Combinator, machine à champions tech à San Francisco qui a lancé Airbnb, Stripe, Dropbox, Coinbase ou encore Twitch. Pour concrétiser cette ambition, «The Square» a réuni plusieurs partenaires (startups, grands groupes, investisseurs, institutions académiques…), à l’image de Bpifrance, ElevenLabs, Pasqal, Anthropic, Centrale Lille, Ventures, Finovam ou encore Business France.

«Retrouver les étincelles du début»

Si ce nouveau programme constitue l’actu chaude d’EuraTechnologies, l’incubateur lillois veut aussi accroître son rayonnement à l’international. Pour cela, la structure va être le théâtre le 12 juin prochain d’un Grand Sommet européen sur l’IA pour réunir les grandes figures mondiales de cette révolution technologique (dirigeants internationaux, chercheurs, décideurs…) et des acteurs de la société civile (salariés, soignants, enseignants, entrepreneurs…). Ce sommet, qui vise à s'inscrire dans la continuité du Sommet pour l'Action sur l’IA de Paris en février 2025, aura lieu trois jours avant le G7 d'Évian (15-17 juin 2026). Le 13 et le 14 juin, EuraTechnologies accueillera également un hackathon avec la pépite suédoise Lovable. Objectif : sortir un MVP (Minimum Viable Product) en 48 heures.

Avec tous ces temps forts, l’incubateur lillois espère ainsi revenir dans la lumière pour les bonnes raisons. Emmanuel Durand veut revenir aux origines de ce qui a bâti la réputation de la structure nordiste. «Ce que je découvre, c’est une certaine nostalgie de l’ADN initial d’EuraTechnologies. Ceux qui sont passés par là veulent retrouver les étincelles du début», observe l’ancien patron de Snapchat France, passé également par le géant hollywoodien Warner Bros. «L’enjeu principal pour moi va être d’apporter de la stabilité et un cadre clair. Le cœur de la bataille, c’est l’accompagnement des startups et on veut être le partenaire des meilleurs fondateurs», conclut-il. Une ambition à l’américaine pour le phare technologique du nord de la France.