Newfund annonce le closing à 60 millions d’euros de HEKA, un fonds lancé en juin 2023 et présenté comme le premier véhicule européen dédié à la santé numérique du cerveau. Un premier closing de 20 millions d’euros avait été réalisé à l’été 2023, avant une levée prolongée dans un contexte de marché plus exigeant, afin d’atteindre une taille jugée opérante pour déployer la stratégie.
Parmi les LPs, on retrouve la base traditionnelle de Newfund, une centaine de Family Offices (dont Aurae) et d’entrepreneurs dont certains accompagnés par Newfund. « 100% des fondateurs qui ont gagné de l’argent avec Newfund depuis 2020 ont investi dans le fonds », commente François Véron, Managing Partner de NewFund.
Le positionnement reste aujourd’hui singulier. « Depuis 2023, nous restons le seul fonds dédié à la BrainTech au sens large, à la rencontre entre santé numérique et cerveau », explique Anne-Sophie Saint-Martin, Partner chez Newfund, chargée de la stratégie d’investissement du fonds HEKA. Si certains fonds ont émergé, ils ciblent des segments plus étroits, comme la santé mentale ou les neurosciences, sans couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur.
Une thèse centrée sur des plateformes technologiques de santé du cerveau
HEKA investit dans des projets technologiques couvrant tout le parcours de soin, de la découverte de médicament au suivi post-maladie, sans faire de biotech pure mais avec une forte composante techbio. Le spectre est large, des pathologies neurodégénératives à la psychiatrie, en passant par le sensoriel.
« Nous cherchons des approches plateforme, capables d’adresser plusieurs cas d’usage », précise Anne-Sophie Saint-Martin. Certaines participations illustrent cette logique, comme Raidium, “le GPT de la radiologie” positionnée comme une “couche d’analyse” en radiologie, capable aussi bien de suivre des cancers métastatiques que des biopsies virtuelles pour des maladies hépatiques.
Le fonds intervient tôt, en moyenne 18 mois avant le marquage FDA, avec des tickets de 1 à 3 millions d’euros. « Nous investissons dès lors que nous pouvons valider un asset technologique et clinique », indique-t-elle. L’objectif est de constituer un portefeuille d’environ 25 startups. À ce stade, neuf sociétés ont déjà été financées.
Une stratégie assumée vers les États-Unis
Au-delà de la thèse sectorielle, HEKA repose sur un choix stratégique fort : orienter rapidement les startups vers le marché américain. « Dans la santé numérique, on n’investit pas dans un produit mais dans un parcours de soin. Or ces parcours sont très différents d’un pays à l’autre en Europe, ce qui limite l’émergence d’un véritable marché unifié », analyse Anne-Sophie Saint-Martin.
Pour Newfund, les États-Unis concentrent à la fois la demande, les financements et les acquéreurs. « On observe des écarts de 5 à 10 sur les niveaux de remboursement, et la valeur d’un patient américain n’est pas la même que celle d’un patient européen », souligne François Véron. Une réalité qui explique aussi pourquoi 85 % des financements du secteur y sont captés. « Une partie significative de la valeur issue de la recherche européenne a historiquement été captée par les États-Unis, faute de financements adaptés », commente-t-il.
Avec HEKA, Newfund entend précisément combler ce manque, tout en structurant un écosystème encore émergent en Europe, notamment via des initiatives comme la BrainTech Alliance. Le dealflow, déjà largement européen, reste riche, avec une présence croissante dans les pays nordiques, aux Pays-Bas et en Belgique.