Emmanuel Macron veut donner un nouveau coup d’accélérateur aux technologies critiques. Le chef de l’État doit annoncer vendredi de nouveaux financements pour les filières quantique, électronique et semi-conducteurs, notamment dans le cadre du programme France 2030. L’enjeu est clair : permettre à la France et à l’Europe de rester dans la course face aux États-Unis et à la Chine, alors que la compétition mondiale s’intensifie autour du calcul, des puces et des infrastructures technologiques souveraines.

Le président de la République se rendra pour l’occasion au Très Grand Centre de Calcul du CEA, à Bruyères-le-Châtel, dans l’Essonne. Il y visitera Lucy, l’ordinateur quantique photonique installé au sein du TGCC. Cette visite doit servir de décor à une séquence plus large, réunissant membres du gouvernement, chercheurs, industriels, investisseurs et représentants d’institutions françaises et européennes.

À l’issue de tables rondes, Emmanuel Macron doit faire des annonces “très structurantes et très significatives” pour ces deux filières, selon l’Élysée. Leur montant n’a pas encore été précisé, mais elles doivent s’inscrire dans le reliquat de France 2030, programme initialement doté de 54 milliards d’euros, dont environ 11 milliards restent à engager.

La séquence doit aussi permettre à l’exécutif de défendre une ligne européenne plus offensive. L’Élysée évoque la nécessité de faire émerger des champions capables de rivaliser avec les acteurs américains et chinois, mais aussi de pousser une forme de préférence européenne lorsque les capacités existent sur le continent. Le président doit ainsi préciser la position française sur plusieurs textes européens en discussion, notamment autour du Quantum Act et de la révision du Chips Act.

Passer de la recherche au marché

L’enjeu est particulièrement sensible dans le quantique. Emmanuel Macron avait lancé en 2021 une stratégie nationale dotée de 1,8 milliard d’euros sur la période 2021-2025. Cette première phase a contribué à structurer un écosystème français autour de startups comme Pasqal, Quandela, Alice & Bob, Quobly ou C12, régulièrement citées parmi les acteurs européens les plus avancés du secteur.

Cette stratégie avait été complétée en 2024 par le programme PROQCIMA, doté de 500 millions d’euros sur cinq ans, destiné à soutenir la commande publique dans le domaine du calcul quantique, notamment pour les besoins de défense. Un levier jugé essentiel par l’écosystème, alors que les cas d’usage industriels restent encore en phase d’émergence.

Mais l’Élysée estime qu’une nouvelle étape est désormais nécessaire. Après la structuration de la recherche et l’émergence de premiers champions, les acteurs français doivent générer davantage de revenus, accéder à plus de commandes et démontrer des cas d’usage concrets. Plusieurs startups françaises pourraient d’ailleurs profiter de cette séquence pour annoncer de nouveaux financements ou partenariats.

Les semi-conducteurs dans le sillage de l’IA

Les semi-conducteurs seront l’autre pilier de cette séquence. Une stratégie nationale d’accélération avait été lancée en 2022 avec 5,5 milliards d’euros, tous engagements confondus. Le sujet est devenu encore plus stratégique avec l’essor de l’intelligence artificielle, qui renforce la demande en puissance de calcul et en puces avancées.

Dans ce domaine aussi, l’exécutif veut défendre une logique de souveraineté européenne. La France entend soutenir les industriels capables de produire en Europe, dans un contexte de fortes dépendances à l’Asie et aux États-Unis. STMicroelectronics, SiPearl ou Kalray figurent parmi les acteurs régulièrement cités dans cette filière stratégique.

La mobilisation des acteurs français et européens doit ainsi nourrir un message plus large d’Emmanuel Macron en faveur d’une plus grande indépendance technologique du Vieux Continent. Le chef de l’État veut faire de cette souveraineté l’un des fils rouges de sa dernière année de mandat, en lien avec les enjeux d’IA, de cloud, de calcul haute performance, de défense et d’industrie.

Cette prise de parole s’inscrit dans une séquence plus large. Emmanuel Macron doit revenir mardi prochain sur le volet énergétique, avec des annonces en faveur de l’électrification des usages. Le 1er juin, il réunira ensuite à Versailles de grands investisseurs étrangers pour Choose France, l’événement annuel consacré à l’attractivité du pays.