Après un mois d’avril déjà marqué par l’absence de méga-tour, mai confirme une forme de normalisation du marché. Les startups françaises ont levé 392 M€, soit un niveau légèrement supérieur aux 375M€ recensés le mois précédent. La progression reste modeste, mais elle montre que l’écosystème conserve une certaine profondeur, même sans locomotive comparable à AMI Labs en mars.
Sur un an, le contraste est plus net. En mai 2025, les startups françaises avaient levé 191,1M€. Le mois de mai 2026 affiche donc un montant plus de deux fois supérieur. L’amélioration est d’autant plus notable qu’elle ne repose pas sur un seul tour exceptionnel : la première levée du mois, LegalPlace, culmine à 70M€, loin des méga-tours capables de bouleverser à eux seuls les statistiques mensuelles.
Le nombre d’opérations recule toutefois par rapport à avril, avec 34 levées contre 45 le mois précédent. Autrement dit, la French Tech lève davantage, mais sur moins de deals. Le ticket moyen ressort ainsi à 11,5M€, contre 8,3M€ en avril. Ce signal confirme un marché toujours sélectif : les investisseurs financent moins de dossiers, mais les tours qui se concrétisent atteignent des montants plus élevés.
La répartition par stades va dans le même sens. En mai, on recense 21 amorçages, 8 séries A, 4 séries B et 1 série C, sans late stage. L’early-stage demeure donc majoritaire en nombre d’opérations, mais les séries A et B continuent de structurer une partie importante du marché. L’absence de late stage limite toutefois le potentiel du mois.
L’IA accélère nettement, sans retrouver les excès de mars
Ce mois-ci, 15 startups ayant recours à l’IA ont levé 256,8M€, soit près des deux tiers des montants recensés en mai. Le niveau marque une nette accélération par rapport à avril, où les startups IA avaient levé 88,1M€.
Plusieurs des plus grosses levées du mois intègrent directement l’IA dans leur proposition de valeur : LegalPlace veut automatiser une partie de la gestion administrative et réglementaire des TPE, Dust développe une plateforme de création et de déploiement d’agents IA, Pivot applique l’IA au pilotage budgétaire, tandis que Mantle8 et Lithosquare l’utilisent dans des projets liés à la cartographie du sous-sol et à la géologie.
Le mois montre ainsi une évolution intéressante : l’IA ne se limite plus aux outils logiciels généralistes ou aux assistants conversationnels. Elle irrigue désormais la legaltech, la fintech, la deeptech, la santé, l’architecture, la cybersécurité ou encore les infrastructures IT. Le marché semble moins porté par l’effet d’annonce que par des cas d’usage très identifiés, souvent liés à l’automatisation, à la donnée ou à la productivité.
Voici les levées de fonds des startups ayant recours à l’IA ce mois-ci :
Legaltech et medtech en tête, la deeptech marque le pas
Côté secteurs, le mois de mai présente une hiérarchie assez inhabituelle. La legaltech arrive en tête avec 73,6M€, portée presque intégralement par le tour de 70M€ de LegalPlace. C’est un signal notable pour un secteur qui évoluait jusqu’ici à des niveaux mensuels beaucoup plus modestes, autour d’une dizaine de millions d’euros en moyenne en 2025.
La medtech se hisse à la deuxième place, avec 63,2M€ levés en 4 opérations. Le secteur bénéficie notamment des tours de Semeia (21M€), Sonomind (20M€), Lucis (17,2M€) et ThIA mental health (5M€). Cette performance confirme l’intérêt persistant des investisseurs pour la santé, en particulier lorsque les projets combinent technologie, usage clinique ou parcours de soins.
L’IT & IA complète le podium sectoriel avec 55,9M€ levés en trois opérations. Le score est solide, même s’il reste très éloigné du record observé en mars, lorsque l’IA avait porté le marché à un niveau exceptionnel. Le mois de mai montre plutôt une consolidation de la verticale : moins spectaculaire, mais plus installée dans les usages opérationnels des entreprises.
La deeptech, en revanche, affiche l’un de ses scores les plus faibles de ces derniers mois, avec 40,8M€ levés en quatre opérations. Le secteur reste présent dans le haut du classement grâce à Lithosquare (22M€), Otrera (9,5M€) ou Kacentric Optics (800K€), mais il perd son rôle moteur par rapport à avril, où il dominait largement les levées françaises (94,8M€).
Ce recul pose une question plus large : l’IA est-elle en train de voler une partie de la lumière aux projets industriels de rupture ? La réponse doit rester prudente car les cycles deeptech sont plus longs, les besoins capitalistiques plus lourds et les tours moins réguliers. Mais dans un marché sélectif, les projets IA semblent actuellement bénéficier d’un avantage narratif et financier : ils promettent des déploiements plus rapides, des gains de productivité plus immédiats et des cas d’usage plus facilement lisibles pour les investisseurs.
Derrière ces quatre secteurs, on retrouve la fintech (35,9M€), l’énergie (31M€), la cyber (30,2M€), la martech (11,6M€), la biotech (11,1M€), l’edtech (10M€), la greentech (7,7M€), la proptech (6,8M€), le divertissement et les loisirs (6,6M€), la mobilité (3,5M€), la retailtech (2,2M€), les RH (1,3M€) et l’assurtech (0,55M€).
L’Île-de-France concentre encore l’essentiel des montants
Sur le plan géographique, l’Île-de-France domine très largement le mois de mai, avec 330M€ levés en 25 opérations. La région concentre ainsi plus de 80% des montants du mois. Derrière, l’Auvergne-Rhône-Alpes arrive en deuxième position avec 32,3M€ en deux opérations, principalement portée par Mantle8 (31M€). La Provence-Alpes-Côte d’Azur totalise 11,1M€ sur deux opérations, notamment grâce à Otrera (9,5M€) et MySunBed (1,6M€). L’Occitanie atteint 9,7M€ en deux opérations, avec VorteX-io (8,5M€) et K-Ren (1,2M€), tandis que les Hauts-de-France cumulent 6,5M€ grâce à Dealinka.
Le Grand Est et la Bretagne ferment la marche avec respectivement 1,5M€ et 0,8M€. Au total, sept régions sont représentées ce mois-ci. La diffusion géographique apparaît donc plus limitée qu’en avril, où onze régions figuraient dans le relevé. Surtout, la concentration en Île-de-France reste très forte, confirmant la difficulté des écosystèmes régionaux à capter une part significative des montants lorsque les plus gros tours se jouent principalement à Paris.