L'informatique quantique revient en force. Après quelques années de relatif effacement médiatique, les annonces majeures s’enchaînent autour de cette technologie de rupture. Dernière en date : la startup Quobly qui lève 115 millions d'euros avec le soutien STMicroelectronics et d'Air Liquide. Un financement supplémentaire d’un milliard d’euros pour le secteur, a aussi été annoncé par Emmanuel Macron le 22 mai 2026, dans le cadre de la stratégie nationale quantique. Une réponse directe à “l'accélération” des États-Unis et de la Chine dans ces technologies critiques qui promettent de révolutionner l’informatique, et avec elle des pans entiers de l’économie, de la cybersécurité à la finance en passant par la chimie et la santé.

Dans cette course de fond, EDF mène depuis plus de six ans des explorations avec les différents acteurs de cet écosystème dont les grands noms, côté startups, sont Pasqal - première licorne française du secteur, suite à sa levée de fonds du printemps 2026 -, Alice&Bob - qui vient d’annoncer l’entrée de Nvidia à son tour de table - ou encore Quandela - membre du consortium récemment réuni par Iliad pour créer une gigafactory d’IA.

"Nous avons étudié toute la chaîne de valeur et regardé où le quantique pouvait avoir du sens", explique Étienne Décossin, responsable du programme Technologies de l'Information de la R&D d'EDF. Objectif : initier des partenariats et des expérimentations pour anticiper les usages de ces technologies, stimuler l’écosystème et défendre la souveraineté européenne sur ces enjeux de long terme.

"Pour un industriel comme EDF, on ne peut pas dire que la technologie quantique soit mature aujourd’hui. Mais nous sommes rentrés dedans au bon moment, pour pouvoir la suivre et accompagner tout un écosystème en structuration. Les grands constructeurs ont une roadmap à horizon 2029/2030 : il faut donc qu'on se prépare à avoir des cas d'usage industriel précis à cet horizon-là”, ajoute-t-il.

Déjà plusieurs cas d’usage en ligne de mire

Le premier champ d’exploration pour le groupe EDF est lié à l'optimisation, afin de résoudre ces problèmes d'équilibre offre/demande, de planification sous contrainte ou de gestion des moyens de production. Par exemple, un cas d'usage serait la gestion d'une flotte de véhicules électriques : comment optimiser un système de pré-réservation de charges sur des bornes, en intégrant la possibilité de stocker de l'énergie dans les voitures et de la réinjecter dans le réseau ? Pour ce type de problématique, avec un très grand nombre de combinaisons possibles, l'informatique quantique pourrait exceller, en permettant de tester de nombreuses possibilités en parallèle, de manière superposée.

Un autre chantier prometteur concerne la science des matériaux. Notamment, parce que dans les centrales nucléaires, EDF doit garantir la sûreté des équipements sur de très longues durées : une modélisation très fine du vieillissement des matériaux est donc nécessaire pour optimiser leur conception et leur entretien. “Le quantique offre une représentation physique différente, plus proche des lois de comportement réelles de ces matériaux”, explique Etienne Décossin. 

Troisième axe, la simulation physique au sens large. Celle-ci nécessite en effet des calculs hautement consommateurs de ressources informatiques. L’espoir est qu'un processeur quantique puisse, à terme, permettre un meilleur compromis entre la complexité des problèmes représentés et le temps de calcul nécessaire. "Les machines sortent des laboratoires. Aujourd'hui, nous sommes déjà capables de faire des tests sur des machines réelles. Des tests qui, aujourd'hui, ne procurent pas encore de réel avantage, mais ils nous permettent de mesurer où sont les limites sur nos cas d'usage."

Un accélérateur potentiel pour la transition énergétique

Sur tous ces sujets, l’informatique quantique pourrait faire la différence et contribuer à réduire l’empreinte carbone d’EDF, faciliter le déploiement des énergies renouvelables à l’échelle du pays et accélérer la transition énergétique. Mais à condition, évidemment, que les technologies quantiques ne soient pas plus énergivores que l’informatique traditionnelle. 

Un enjeu à prendre en compte dès maintenant, même si le quantique ne sera pas mature avant encore quelques années. Sur ce point, le groupe EDF travaille main dans la main avec des startups et le CNRS dans le cadre de la “Quantum Energy Initiative”, dans le but d’évaluer la consommation énergétique des algorithmes quantiques. "Se figurer combien coûte énergétiquement de bout en bout un calcul quantique, c'est un sujet qui se doit d’être intégré dès aujourd’hui par les constructeurs, pour que la technologie ne soit pas rédhibitoire en termes d'énergie consommée. On voit bien les débats actuellement dans le domaine de l'IA…", avertit Etienne Décossin. À bon entendeur…